Malgré une hausse de la consommation au détail, certains secteurs agricoles de l’UE font déjà face à des difficultés liées à l’épidémie de coronavirus avec la baisse des exportations et les problèmes de logistique (transport, main-d’œuvre…). Parmi les filières déjà affectées ou sur le point de l’être : les agrumes espagnols, les produits laitiers, la viande, et le sucre. La Commission européenne assure qu’elle suit de près l’évolution de ces marchés et se tient prête à intervenir si nécessaire.
Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski a fait le point le 25 mars à l’occasion d’un échange en visioconférence avec les ministres de l’UE, sur la situation des différentes filières de l’UE face à l’épidémie de coronavirus.
Les secteurs qui semblent les plus affectés à ce stade sont certains fruits et légumes. La consommation de fruits et légumes frais est pourtant en plein essor ces dernières semaines, constate Bruxelles : l’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas font état d’une augmentation de 40 % et l’Allemagne de 100 %. Et la demande devrait rester forte pendant la période de restriction. Le problème vient des exportations de l’UE (agrumes, kiwis, pommes et poires) – notamment vers la Chine – qui ont ralenti. Principales victimes : les agrumes espagnols – dont les exportations atteignent normalement un pic au printemps – qui disposent de possibilités limitées de réorientation vers d’autres marchés. À cela s’ajoute la faible disponibilité de main-d’œuvre saisonnière et de camions. Le secteur viticole subit pour sa part l’impact du coronavirus mais aussi de l’imposition de droits de douane supplémentaire par les États-Unis depuis le mois d’octobre 2019 et les criantes des conséquences du Brexit (1).
Selon les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), les organisations de producteurs envisagent de réviser leurs programmes opérationnels pour déclencher des mesures de gestion de la crise.
Risque de surproduction laitière
Dans le secteur laitier, il est « à ce stade, trop tôt pour dire à quoi ressemblera le marché dans quelques mois », a indiqué le commissaire européen. Les prix des produits laitiers de base de l’UE sont en légère baisse depuis quelques semaines et l’indice des prix du commerce mondial a également diminué trois fois de suite. Les activités d’exportation sont limitées en raison du manque de conteneurs ce qui affecte les exportations européennes vers toutes les destinations, et pas seulement vers la Chine. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas connaissance de problèmes dans les usines européennes, mais nous resterons vigilants, surtout au moment où l’Europe est sur le point d’atteindre son pic de production », a souligné Janusz Wojciechowski.
Pour le Copa-Cogeca, si le marché des produits laitiers est resté encore relativement calme, il existe déjà plusieurs signes de potentielles perturbations. « Le stockage privé pourrait être nécessaire pour aider à soulager certaines des pressions du marché », estime l’organisation professionnelle.
Mais pour l’European Milk Board (EMB), « la quantité de lait actuellement produite dans les exploitations est souvent trop élevée », la Commission européenne doit donc d’ores et déjà « préparer la mise en œuvre d’un programme de réduction volontaire de la production avec plafonnement », comme cela a été fait lors de la dernière crise laitière.
Menaces sur la viande bovine et le sucre
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour le secteur de la viande, la demande de la vente au détail est actuellement très bonne, par contre celle des services de restauration s’est effondrée. Le commissaire européen se montre vigilant : « La situation peut évoluer rapidement, surtout avec les restrictions de mouvement. En fonction de ces aspects, on peut s’attendre à une forte baisse au cours des prochaines semaines. »
Les exportations intra-européennes restent bonnes notamment vers les États membres d’Europe centrale et orientale qui sont encore peu touchés par le coronavirus. Par contre, les échanges avec l’Italie, gros importateur, sont fortement affectés, en particulier les exportations croates d’animaux vivants.
Le Copa-Cogeca demande donc à la Commission européenne de revoir ses importations de découpes de viande bovine de haute valeur ainsi que l’autorisation de l’utilisation des protéines animales transformées pour les non-ruminants afin de réduire les coûts de production.
Enfin, le Copa-Cogeca alerte sur la situation du secteur du sucre qui « après trois ans de crise continue » doit maintenant faire face au coronavirus. L’organisation agricole appelle donc la Commission à prendre « toutes les mesures exceptionnelles disponibles, telles que les filets de sécurité et l’aide au stockage privé » afin « d’empêcher toute nouvelle défaillance dévastatrice du marché ».
(1) Voir même numéro
La Russie suspend ses exportations de céréales
La Russie a introduit une interdiction temporaire d’exporter tout produit céréalier de 10 jours à partir du 20 mars, selon une lettre de l’agence sanitaire russe Rosselkhoznadzor. Il s’agirait de garantir les réserves du pays face à la pandémie de coronavirus. Les autorités avaient déjà annoncé des mesures pour améliorer l’approvisionnement des commerces en biens de première nécessité, et la mise en place d’un "couloir vert" d’importation sans frais douaniers de ces biens depuis le 13 mars et pour un mois. « L’agriculture est la base de notre sécurité, et pas seulement alimentaire, mais aussi économique et sociale. Nous avons suffisamment de nourriture », a voulu rassurer, le 19 mars, le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine.