Abonné

Pratiques œnologiques Mariann Fischer Boel perd la bataille du rosé

- - 4 min

La commissaire européenne à l’agriculture, qui avait fait de l’autorisation du coupage entre vins rouges et blancs l’un des symboles d’une Europe viticole offrant les moyens à ses producteurs de rivaliser à armes égales avec leurs concurrents du Nouveau Monde, a perdu la bataille. Jugeant désormais impossible d’obtenir une majorité qualifiée sur un texte qui ouvrait la porte aux « vins rosis », après la défection de l’Espagne, Mariann Fischer Boel a préféré battre en retraite. Un cadeau contre son gré, assure-t-on dans son entourage, à un ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, sur le départ.

La Commission de Bruxelles a attendu, le 8 juin, le lendemain des élections européennes, pour annoncer son renoncement au projet d’autorisation des mélanges entre vins blancs et rouges pour la fabrication du vin rosé. Une victoire pour Paris qui, après de sérieuses tergiversations et sous la pression de ses viticulteurs, avait fait de ce dossier une véritable affaire nationale.

« Il n’y aura aucun changement aux règles de fabrication de vin rosé », a concédé la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, alors qu’elle s’était, depuis plusieurs mois, montrée inflexible sur cette libéralisation des pratiques œnologiques qui allait, selon elle, permettre aux producteurs européens de rivaliser à armes égales avec leurs concurrents du Nouveau Monde.

Au bout du compte, la fin de l’interdiction générale pour la fabrication de vin de table rosé, réclamée vigoureusement par le Comité des entreprises européennes du vin (CEEV), n’aura pas lieu. « Il est important que nous soyons à l’écoute des producteurs lorsqu’ils sont préoccupés par les changements apportés à la législation. Il était devenu très clair, ces dernières semaines, que la majeure partie de notre secteur du vin pense que la fin de l’interdiction du coupage aurait porté atteinte à l’image du rosé traditionnel », a indiqué la commissaire, assurant, pour expliquer son revirement soudain, être « toujours à l’écoute des bons arguments ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Changement de pied des Espagnols

En fait, Mariann Fischer Boel n’était plus assurée d’obtenir gain de cause lors du vote au niveau des experts européens, prévu le 19 ou le 24 juin prochain. Car, depuis quelques jours, l’Espagne était venue s’ajouter à la France, à l’Italie, à la Grèce et à la Hongrie, fortement mobilisées pour défendre le rosé traditionnel. Pourtant, l’autorisation du coupage faisant l’affaire de certains producteurs de vin blanc de la péninsule ibérique. Ils ont obtenu une compensation concernant la diminution du titre alcoométrique volumique acquis fixé à 2 %.

Le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, a immédiatement salué la décision de la Commission, soulignant qu’il avait travaillé pour « convaincre la Commission de maintenir l’interdiction de coupage et de préserver notre modèle alimentaire ».

De leur côté, les producteurs de vins de qualité se sont dits « très heureux ». « C’est une décision très sensée qui est d’une extrême importance pour notre secteur mais aussi pour tous les consommateurs de rosé à travers l’Union européenne », a lancé Xavier de Volontat, président de l’Association générale de la production viticole française (AGPV). Elle « permettra aux producteurs européens de rosé de continuer à investir dans le développement de leurs vins de grande qualité qui connaissent un fort succès sur le marché », a renchéri, pour sa part, l’Italien Riccardo Ricci Curbastro, président de la Federdoc (Fédération italienne des vins d’appellation d’origine et avec indication géographique). Quant à l’Espagnol Fernando Prieto Ruiz, président de la CECRV (Conferencia Espanola de Consejos Reguladores Vitivinicolas), il s’est dit « extrêmement satisfait » du recul de la Commission car « l’autorisation de coupage de vins blancs et de vins rouges pour produire du vin rosé aurait eu un impact désastreux sur l’image et la réputation des vins rosés européens ». Même tonalité du côté du CEEV pourtant désavoué : l’organisation se félicite du compromis proposé par Mariann Fischer Boel, mais « plaide pour la reconnaissance de la pratique d’assemblage limité à des fins qualitatives ».