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Election présidentielle Marine Le Pen veut « rendre le pouvoir aux agriculteurs »

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La candidate du Front national à la présidentielle estime que l’agriculture est arrivée « au bout d’un système » et veut rendre aux agriculteurs « non seulement leurs revenus, mais également leur liberté », celle notamment de fixer les prix face à la grande distribution. Ce retour à la liberté passera aussi par la nationalisation de la Pac, selon Marine Le Pen qui, à l’occasion d’une rencontre avec la presse, a répondu notamment aux questions d’AgraPresse. Suite des interviews consacrées à l’élection présidentielle.

Quelles sont vos propositions pour rendre l’agriculture plus compétitive ?
En rentrant dans ce Salon de l’agriculture, j’ai dit qu’il fallait ouvrir les cahiers de doléances. Parce que la réalité est que l’agriculture française est aujourd’hui confrontée à des problèmes récurrents. Alors, effectivement, de temps en temps, ça s’améliore un peu, mais pas au point de permettre à M. Le Maire de se réjouir de l’augmentation des revenus des agriculteurs, puisque ces revenus sont effectivement plus hauts, mais plus haut que le plus bas qui n’ait jamais existé depuis la fin de la guerre. Toutes les filières ont des difficultés, toutes, sans exception. Et l’immense majorité de ces difficultés sont liées aux injonctions de l’OMC auxquelles se soumettent l’UMP et le gouvernement, et qui consistent à la dérégulation de l’agriculture, la mise en concurrence déloyale, l’absence de protection de nos filières, la soumission de nos filières à des prix qui sont fixés par les marchés. Ce qui est un véritable scandale puisqu’en réalité les marchés de matière première sont des marchés dont les prix sont fixés sur les excédents et sur la spéculation. Aujourd’hui, entre la grande distribution et la dérégulation imposée par l’Union européenne, les agriculteurs sont dans une situation qui est extrêmement inquiétante. Alors, quand on a fait ce constat là, on sait exactement ce qu’il faut faire : il faut les protéger contre la grande distribution qui achète les produits à un prix dérisoire et les revend en faisant une marge complètement indigne. Si on veut préserver une agriculture en France, on devra trouver des réponses, et des réponses d’autorité.

Est-ce à dire qu’il faut fermer les frontières ?
Non, on ne ferme pas les frontières. Le problème n’est pas là. Le problème est que d’abord il faut arrêter de se soumettre au traité européen qui nous oblige encore une fois à nous soumettre à la concurrence déloyale. Ensuite, il faut permettre aux organisations de producteurs et d’éleveurs de fixer avec les interprofessions les prix. Et ne pas autoriser ces prix à être fixés par le marché. Ceci permettra de donner aux agriculteurs un revenu correct. Parce qu’aujourd’hui, le revenu des agriculteurs est extrêmement bas, et les retraites sont extrêmement basses. Aujourd’hui, non seulement le gouvernement a supprimé aux agriculteurs des revenus corrects, mais ils sont en train de leur supprimer leur liberté. Le gouvernement, avec de l’aide de l’OMC et de l’Union européenne, pousse à de l’hyperconcentration. C’est une absurdité. On prend comme modèle des kolkhozes ultra-libéraux ukrainiens, qui ont remplacé les kolkhozes communistes ukrainiens. Ça n’est pas cela que nous voulons. Nous voulons la défense des exploitations familiales, pas seulement parce qu’elles sont synonymes de qualité et de sécurité, mais aussi parce qu’elles sont synonymes de liberté. Or, moi, je veux rendre aux agriculteurs non seulement leurs revenus, mais également leur liberté. Notamment leur liberté dans le cadre de la fixation des prix, ce qui n’est plus possible compte tenu de la prison dans laquelle on les a enfermés. Les producteurs de fruits et de légumes ont des problèmes, les producteurs de viande ont des problèmes, l’élevage de montagne a des problèmes... Y’a-t-il un seul secteur dans lequel les choses se portent bien ? Si il y en a qui se porte bien, c’est la grande distribution. Elle, elle se porte bien.

Comment empêcherez-vous les industries agroalimentaires d’importer des produits à bas prix?
Je mettrai en place un protectionnisme économique, c’est-à-dire des protections intelligentes aux frontières qui vont faire que les produits français vont être compétitifs par rapport aux produits qui sont importés. Et puis j’attire l’attention quand même des consommateurs. Parce que les importations de produits à tout va, c’est aussi un danger sanitaire. Il faut maintenant le dire : on ne peut pas dans le même temps refuser les OGM et importer massivement du soja argentin, du soja brésilien pour nourrir nos bêtes. Ça n’a évidemment ni queue, ni tête. Et on ne sait pas en réalité dans quelles conditions est élevée une grande partie des produits qui sont importés. Alors, il va falloir de la qualité, mais pour ça il faut la reconnaître en mettant à plat tout ce qui concerne les labels et arrêter de permettre à un certain nombre d’industriels d’utiliser des labels terroirs. La grande mode était de faire du green-washing, maintenant on fait du terroir-washing. Tout le monde fait du terroir, mais on s’aperçoit que ce ne sont pas du tout des produits du terroir, ce sont des produits bassement industriels. Donc rendons au terroir sa qualité. Il faut rendre le pouvoir à nos agriculteurs. Et pour ça, il va falloir en retirer aux distributeurs.

Vous ne craignez pas que le consommateur paye très cher votre système si ce sont les producteurs agricoles qui fixent les prix sans que le marché n’intervienne ?
Non pas du tout, parce que les producteurs ne sont pas fous. Ils sont pas cupides. Ils veulent juste vivre correctement. Mais ils ne peuvent pas produire à perte. Ça n’est pas possible. On ne peut pas continuer à obliger les agriculteurs à être les seuls qui vendent à perte. Et surtout lorsque l’on sait que cela fait trente ans que l’on accorde des subventions massives et que depuis trente ans le prix de la matière première baisse, et qu’en revanche la marge de la grande distribution augmente. On voit bien qu’on est là au bout du système. Alors il faut plus de transparence, plus de démocratie aussi dans le fonctionnement syndical. Et il faut remettre les organisations de producteurs à leur place.

N’avez-vous le sentiment d’avoir perdu des points auprès des producteurs de viande avec la polémique sur le halal ?
Absolument pas. Non, absolument pas. Seulement voilà, ils savent très bien qu’il y a un problème et ils n’ont pas tellement envie que l’on mette le doigt dessus. Parce que mettre le doigt sur le problème et le rendre public et en informer les Français, c’est obligatoirement accélérer l’obligation de trouver des solutions et d’ailleurs, ils ont eux-même accéléré les obligations. Moi je ne suis pas en accord avec les solutions qu’ils proposent, j’en ai d’autres. Mais quoi qu’il en soit, les bouchers d’Île-de-France qui m’ont reçue, eux, sont parfaitement d’accord avec moi. Ils plaident pour la transparence pour les consommateurs, ils plaident pour la qualité, ils plaident pour la possibilité pour les éleveurs de pouvoir avoir des abattoirs et des bêtes qui ne soient pas tuées selon des rites religieux. La liberté et la transparence et le lien de confiance entre les bouchers et la population, c’est évidemment extrêmement important pour la filière.

Vous êtes toujours en faveur de la sortie de la Pac ?
Je suis pour la nationalisation de la Pac, c’est-à-dire que, plutôt que l’argent passe par Bruxelles pour être redistribué par des technocrates, eh bien qu’il soit directement distribué par le gouvernement français pour aider notre agriculture.

Prévoyez-vous de baisser le coût du travail qui est l’un des problèmes majeurs de l’agriculture ?
Nous avons notamment prévu une caisse de compensation de la dette paysanne, parce qu’il faut sortir aussi les paysans de la prison... La dette, c’est le seul truc qu’on leur a laissé, les revenus, ils ne les ont plus, la liberté non plus, mais la dette, ils l’ont toujours. Et nous prévoyons aussi l’exonération sur cinq ans des entreprises agricoles de 33% des charges. C’est une affaire de 5 milliards sur 5 ans. Eh bien j’assume cet effort pour l’agriculture.

Que pensez-vous faire pour les retraités agricoles qui souhaiteraient voir s’aligner leur pension sur celle du régime général ?
J’ai chiffré dans mon programme la revalorisation, dans un premier temps, de toutes les retraites des agriculteurs et des agricultrices à au moins 85% du Smic. Le problème est que si on ne relance pas l’agriculture française, ça veut dire que les paysans ne peuvent plus vendre leur ferme, puisqu’il n’y a plus personne pour les acheter. Leur patrimoine est aussi dévalué. Et par conséquent ce qui correspondait à un complément de retraite – qui était le patrimoine qu’ils avaient réussi à constituer –, évidemment est en train de fondre également, donc ils se retrouvent dans des situations difficiles. En refusant de défendre les exploitations familiales, et en poussant à l’hyperconcentration, le gouvernement est en train de mettre en place les conditions d’un plan social, sauvage et massif dans l’agriculture.

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