Il y a des perspectives pour les producteurs mahorais d’Ylang-ylang, estime la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Mayotte. À condition cependant de mettre en œuvre un dispositif de relance de la filière huile essentielle.
« Nous sommes dans une conjoncture porteuse, car l’offre d’huile essentielle d’Ylang-ylang est inférieure à la demande du négoce, ce qui ouvre pour Mayotte des perspectives de relance », affirme la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf) de Mayotte dans une note diffusée le 15 mai. Dans ce contexte, la Daaf propose un plan de relance de cette filière actuellement en « décroissance ». S’il y a effectivement un marché pour l’huile essentielle d’Ylang-ylang, les producteurs mahorais n’ont pour le moment pas su s’y placer, concurrencés par la production de leurs voisins des Comores, où le coût de la main-d’œuvre est inférieur. Pour la Daaf, il y a des solutions pour revitaliser les « 100 hectares de plantation d’ylang encore présents » sur l’île et même atteindre « 150 hectares dans quelques années ». 50 à 75 familles pourraient ainsi « vivre correctement de leur métier d’agriculteur-producteur de fleurs d’ylang ».
Un prix rémunérateur de 4,50 €/kg minimum
Le déclin de la filière découle du prix de l’huile essentielle, pas « suffisamment rémunérateur » pour les producteurs. « Pour relancer la filière, il faut que la culture d’ylang dégage une marge nette […] au moins équivalente au manioc ou à l’arboriculture, soit 2 000 € de marge nette/ha », indique la note. Aujourd’hui, le coût de production au kilo de fleurs est estimé dans une fourchette allant de 3,5 à 4,80 €. Partant du principe qu’une « famille agricole » doit pouvoir « vivre correctement » en cultivant 2 ha d’ylang et que sur 2 ha, ce sont 4 000 kg de fleurs qui peuvent être récoltés chaque année, la Daaf estime que « le prix payé à la fleur devrait être de 4,50 à 5,80 €/kg pour générer la marge nécessaire ». Selon qu’il procède ou non lui-même à sa cueillette, l’agriculteur pourrait retirer un revenu net annuel compris entre 3 500 et 13 000 € par hectare, indique la note.
Diminuer les coûts de production à la distillation
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Il appartient à la filière de mettre en œuvre des outils pour diminuer les coûts de production de l’huile essentielle, rajoute la note. Le poste le plus opportun dans cette optique semble être celui de la distillation. « L’installation d’alambics en série sur un point central de l’île permettrait des gains sur les infrastructures et optimiserait l’efficacité des ouvriers distillateurs », affirme la Daaf qui rappelle cependant qu’une des problématiques réside dans le fait que « la distillation des fleurs doit être réalisée dans un délai de 5 heures après récolte ». Pour contourner cette difficulté, la Daaf suggère de faire « des essais de stockage en chambre froide ».
Augmenter les aides
Ce sont les aides qui doivent enfin venir combler le manque à gagner : les aides surfaciques viendront soutenir les agriculteurs tandis que des aides fléchées sur l’huile essentielle devraient permettre aux distilleries de payer suffisamment les agriculteurs. Selon l’étude, « une structure organisée, capable de gérer rationnellement les flux” matières” et de maximaliser les aides, pourrait acheter les fleurs autour de 2,50 €/kg », bien en au-dessous des 4,50 € préconisés par la Daaf. Il faudrait de fait « faire évoluer l’aide à l’huile essentielle » afin que « la subvention passe de 1,80 à 3,70 € par ”équivalent kg de fleurs” ». Un effort qui paraît nécessaire à la Daaf car la relance de la filière ylang peut encourager l’emploi « dans la distillation et dans la fabrication de produits dérivés » (cosmétiques par exemple), mais également, donner « une image extrêmement positive de la petite agriculture mahoraise ».
La culture d’ylang doit dégager une marge nette au moins équivalente au manioc ou à l’arboriculture