Dans le cadre de son objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050, la Commission européenne veut s’attaquer aux émissions de méthane. Dans une stratégie présentée le 14 octobre, elle propose de s’en tenir, dans un premier temps, à mieux mesurer les émissions européennes, notamment du secteur agricole responsable de plus de la moitié d’entre elles, et à diffuser les bonnes pratiques d’atténuation sans se fixer d’objectif chiffré.
La Commission européenne a présenté le 14 octobre sa stratégie pour réduire les émissions de méthane de l’UE, qui ne fixe aucun objectif chiffré notamment pour le secteur agricole, pourtant responsable de plus de la moitié des émissions de méthane d’origine anthropique. Dans un premier temps, la priorité de la stratégie sera d’améliorer la mesure et la déclaration des émissions de méthane grâce à une meilleure collecte de données. D’ici la fin 2021, la Commission dressera un inventaire des meilleures pratiques en matière d’agriculture (gestion des effluents, alimentation animale, production de biogaz) afin de les promouvoir notamment par le biais de la Pac.
Le vice-président de la Commission européenne en charge du Green Deal, Frans Timmermans, promet que cette stratégie « assurera une réduction des émissions dans tous les secteurs, en particulier l’agriculture, l’énergie et les déchets et offrira aussi aux zones rurales des possibilités de produire du biogaz à partir de déchets ». Mais c’est dans le secteur de l’énergie que la Commission estime que l’on peut réduire les émissions le plus rapidement et au moindre coût. Ce nouveau plan fait suite à celui présenté quelques semaines auparavant sur le climat à l’horizon 2030, qui prévoit une révision de la législation sur l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et le secteur forestier (LULUCF) afin d’y intégrer les émissions agricoles de méthane et d’oxyde d’azote avec pour but d’en faire le premier secteur « neutre climatiquement » (1).
Un groupe d’experts
Au cours du premier semestre 2021, la Commission mettra sur pied un groupe d’experts chargé d’analyser les paramètres de mesure des émissions de méthane sur l’ensemble du cycle de vie. Ce groupe se penchera sur le bétail, la gestion du fumier et des aliments pour animaux, les caractéristiques des aliments pour animaux ou encore les nouvelles technologies. Ces experts travailleront également à la mise en place d’une méthodologie d’évaluation du cycle de vie sur les émissions globales des animaux d’élevage. Puis, d’ici fin 2021, la Commission – en coopération avec des experts du secteur et les États membres – dressera un inventaire des bonnes pratiques en matière d’atténuation afin d’en promouvoir une adoption la plus large. Adoption qui sera encouragée dans les plans stratégiques nationaux de la prochaine Pac. Ces actions porteront en particulier sur le méthane provenant de la fermentation entérique, souligne Bruxelles, qui compte beaucoup sur la production de biogaz mais aussi de biomatériaux et de produits biochimiques. « Ces filières peuvent générer des flux de revenus supplémentaires dans les zones rurales tout en évitant des émissions de méthane », assure-t-elle.
Changement de régime alimentaire
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Pour encourager le calcul du bilan carbone au niveau des exploitations agricoles, la Commission fournira également d’ici 2022 « un modèle de navigateur numérique pour le carbone, et des lignes directrices sur les voies communes pour le calcul quantitatif des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre ». Enfin, des recherches seront également financées par le programme de recherche de l’UE Horizon 2021-2024 ciblées sur des solutions technologiques ou naturelles et les facteurs conduisant à des changements de régime alimentaire – sous-entendu une alimentation moins basée sur les produits d’origine animale.
Mais cette stratégie est déjà critiquée par le groupe des Verts au Parlement européen pour qui, faute d’objectifs contraignants et de mesures concrètes, elle « n’est pas à la hauteur » : « Il ne suffit pas d’améliorer la surveillance et la vérification des données relatives aux émissions de méthane ». Et « le plan présenté ne concerne même pas la plus grande source d’émissions de méthane dans l’UE qu’est l’agriculture », déplorent-ils.
Méthane biogène contre méthane fossile
Mais du côté des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), on estime au contraire que le secteur agricole doit être traité différemment : « L’agriculture émet naturellement du méthane biogène, qui a un cycle de vie nettement plus court que le méthane fossile. » Le Copa-Cogeca demande donc à la Commission européenne la participation dans les groupes de travail « de représentants des agriculteurs européens et d’experts directement impliqués dans l’élevage intensif et extensif », qui est essentielle pour « concevoir des mesures de réduction du réalisables et efficaces dans le secteur agricole ». Les organisations agricoles rejettent, enfin, l’idée d’une réduction de l’élevage européen pour lutter contre le changement climatique : c’est une « fausse solution » car le problème se pose à l’échelle mondiale et toute diminution du cheptel de l’UE « entraînerait un déplacement de la production vers d’autres régions du monde et une réduction des zones de pâturage ».
(1) Voir n° 3758 du 21/09/2020