Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier a annoncé, le 14 avril à Vanves (Hauts-de-Seine), un plan pour développer la formation et l’installation des agriculteurs dans les circuits courts de commercialisation. Les programmes scolaires des lycées agricoles seront davantage adaptés à la vente directe et à la transformation des produits agricoles à la ferme.
Michel Barnier veut développer la formation et l’installation des agriculteurs intéressés par les circuits courts de commercialisation, du producteur au consommateur. Son plan annoncé sur le lieu de vente d’une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) à Vanves, tout près de Paris, « répond à la volonté de développer la part des produits de saison et de proximité dans le double intérêt des consommateurs et des agriculteurs ». Un plan qui « s’intègre dans la politique de l’offre alimentaire sûre, diversifiée et durable » du ministère de l’Agriculture.
Les chambres d’agriculture, qui ont contribué aux réflexions du groupe de travail mis en place sur ce sujet, « se félicitent du contenu des mesures annoncées », car elles confortent « ces formes nouvelles de commercialisation », face à « une demande croissante des consommateurs » et au souhait « de renouer des liens plus directs avec les agriculteurs ».
Les programmes scolaires des lycées agricoles seront « adaptés »
Ce plan de 14 mesures comprend notamment un axe, auquel tient beaucoup le ministre, qui vise à « adapter la formation des agriculteurs de la production à la vente ». « Je vais vous aider pour la formation des jeunes. Nous allons agir auprès des lycées », a-t-il déclaré, s’adressant aux agriculteurs et aux consommateurs de l’Amap de Vanves.
Les programmes scolaires des lycées agricoles seront « adaptés » : un agriculteur qui souhaite s’engager dans la commercialisation directe de ses produits « a besoin d’une formation » associant plusieurs métiers : la production, la vente, voire la transformation des produits, précise un communiqué du ministère.
« Dans ma formation agricole, on m’a appris à être utilisateur de produits phytos et à travailler pour l’agro-alimentaire, mais pas à être paysan », a témoigné Laurent Marbot, maraîcher à Arpajon, un des responsables du réseau Amap d’Ile-de-France, qui s’est entretenu avec Michel Barnier.
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Plutôt dix paysans formés qu’un agrimanager avec dix salariés sans formation
Le type de formation est très différent de celui qui est dispensé actuellement, a détaillé Laurent Marbot : « Il ne s’agit pas de former des agrimanagers seuls au milieu de grandes étendues et qui ont des salariés non qualifiés. Nous préférons que l’on forme dix paysans qualifiés qui produisent pour des consommateurs satisfaits, plutôt qu’un patron avec dix salariés, vendant à une centrale d’achat qui lui refusera les trois-quarts de ses produits en jugeant sur leur aspect ».
Laurent Marbot, 34 ans, est issu de cette agriculture portée par les consommateurs des Amap. Après une enfance passée à Jouy-en-Josas (Yvelines), de père comptable et de mère médecin, il s’est installé il y a moins de deux ans. Il était précédemment inspecteur phytos au Service de la protection des végétaux du ministère de l’Agriculture, avec une formation de BTS en technologies végétales — grandes cultures.
Installation : des consommateurs en manque d’agriculteurs
L’autre volet essentiel du plan de Michel Barnier est l’installation. « Le métier de paysan est moderne et vital », a commenté Michel Barnier, à l’issue de cet entretien avec les paysans et les consommateurs de l’Amap. La priorité du ministère est la construction de références technico-économiques adaptées « pour permettre aux partenaires financiers d’évaluer la viabilité économique des projets ». Le ministère va lancer une étude à cet effet. En outre, il a annoncé la poursuite de la mise en place de « chartes départementales de maîtrise du foncier agricole » en lien avec les collectivités territoriales. Le but est d’éviter le grignotage des terres agricoles, notamment maraîchères, et de faciliter accès au foncier pour les agriculteurs qui veulent s’installer en vue de produire pour les circuits de proximité.
L’accès au foncier, ainsi qu’aux aides publiques et aux prêts bancaires, est un problème majeur pour les agriculteurs souhaitant s’engager dans les circuits courts de commercialisation. Les circuits courts manquent d’agriculteurs pour répondre à la demande des consommateurs. Plus de 150 consommateurs sont sur la liste d’attente dans la seule Amap de Vanves. Pour la région parisienne, le nombre de consommateurs en liste d’attente se compte par milliers, d’après Laurent Marbot. D’où la création d’une « couveuse » d’activité, sorte de pépinière d’entreprise, par l’Amap de Vanves, afin d’aider les jeunes agriculteurs à s’installer. Constituée début mars, elle devrait fournir des terres à déjà deux jeunes agriculteurs candidats.