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Mobilisation pour la liberté d’informer sur le secteur agricole breton

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Le 6 avril, plus de 500 personnes se seraient rassemblées pour soutenir la journaliste Morgan Large, spécialiste du secteur agroalimentaire, suite à plusieurs actes de malveillance. Des intimidations qui ne seraient pas rares selon la journaliste et ses soutiens, qui les inscrivent dans un climat plus large de tensions autour du modèle agricole breton.

« On touche à ma famille, et c’est inadmissible », lâche Morgan Large. Plus de 500 personnes se seraient rassemblées à Rostroenen (Côtes-d’Armor), le 6 avril, pour apporter leur soutien à cette journaliste spécialiste du monde agricole officiant sur Radio Kreiz Breizh, France Culture, ou France Inter.

C’est le mercredi 31 mars au matin, que Morgane Large aperçoit un premier boulon sur la route. Après vérification sur ses roues, un second manque à l’appel, qui sera rapporté par un voisin. Le garagiste le lui assure : les boulons ne tombent pas seuls. Morgane Large se souvient alors des aboiements de son chien, et de la sonnerie de portable entendue quelques nuits plus tôt, derrière la maison. « Entre le samedi matin et le mercredi j’ai roulé avec mes enfants, sur la quatre voies. C’est glaçant : quelle menace je représente ? », s’interroge Morgan Large.

« Je peux vous le certifier : il y a des gens sur le terrain qui emploient des méthodes inacceptables, en toute impunité. Il s’agit parfois de francs-tireurs, mais aussi de personnes manipulées », regrette Jean-Marc Thomas, porte-parole régional de la Confédération paysanne. Son syndicat, qui était présent à la mobilisation du 6 avril, serait le seul avoir envoyé un message de soutien à la journaliste. « ll serait juste que les autres représentants agricoles se désolidarisent eux aussi de ces actes voyous », estime Morgane Large.

Série d’intimidations

« Il est plus facile de s’en prendre à une journaliste qu’à un autre agriculteur », soupire Morgan Large. C’est sa courte apparition aux côtés de nombreux autres intervenants dans Bretagne, terre sacrifiée, documentaire diffusé sur France 5 en novembre 2020, qui aurait lancé une série d’actes de malveillance. Appels anonymes, ouverture du portail de ses bêtes, empoisonnement de son chien, serrures forcées dans les locaux de la radio ont culminé jusqu’au dévissage des boulons.

Dans le film, la journaliste dénonce notamment le plan de la région Bretagne visant à relancer la filière poulet de chair. Lancé en 2018, ce plan visant « la reconquête du marché national, en particulier celui de la restauration hors foyer », finance la construction de bâtiments neufs jusqu’à 2000 m2 pour les volailles standards, sous réserve de prévoir « des ouvertures vers des parcours extérieurs ». « On est déjà en surchauffe. La seule voie pour la Bretagne, ça serait de baisser le nombre d’animaux », lance la journaliste à la caméra. Après la diffusion de ces images, rappelle Morgan Large, la FRSEA avait publié sa photo dans un tweet, effacé depuis, « avec une critique virulente du film ».

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« L’agriculture industrielle n’a pas besoin de fonds publics pour se développer », appuie Jean-Marc Thomas, de la Confédération paysanne. Plafonnées à 50 000 € par ferme, les aides du plan volaille ne permettent pas à elles seules de construire les bâtiments, souligne-t-il, mais « elles donnent une caution politique à ce type d’élevage ». La question, selon lui, est plus largement celle du modèle breton : « Si on veut conserver des fermes à taille humaine, il faut aider non seulement l’aviculture mais également l’élevage porcin et laitier. »

La fin d’un roman

Proche de la journaliste Inès Léraud, qui avait fait d’elle le personnage de son podcast paru sur France Culture, Morgan Large aurait été indirectement « punie » à plusieurs reprises pour ses articles et émissions sur le secteur agroalimentaire breton. Plusieurs collectivités lui auraient ainsi fermé leurs portes après des enquêtes sur un abattoir, et certaines auraient même coupé les subventions accordées à Radio Kreiz Breizh. « Les gens ici ont peur de parler des médias. Je casse le roman régional », répète Morgane Large.

Dans les manifestations, souligne-t-elle, les producteurs répètent souvent les mêmes arguments. « Ils disent : “nos produits sont les meilleurs du monde, on entretient le paysage gratuitement.” Mais vous verriez ce qui se passe ici. On parle d’une véritable uniformisation, et de la disparition d’une mosaïque bordée de haies, de cours d’eau ! », s’émeut la journaliste.

Jean-Marc Thomas regrette pour sa part l’angle choisi sur ce sujet dans le documentaire Bretagne, Terre Sacrifiée : « C’est dommage qu’ils n’aient pas mis en avant les gens qui se battent depuis des années pour la prairie et la haie. » Car les efforts des convaincus, soutenus par les MAEC dédiées, commenceraient selon lui à payer. Récemment, et pour la première fois de longue date, la surface de prairie aurait ainsi augmenté à l’échelle régionale. « Paris veut la mort des MAEC, mais ce sont elles qui nous ont permis de préserver notre bocage, qui est essentiel », défend Jean-Marc Thomas.

« Il y a des gens sur le terrain qui emploient des méthodes inacceptables, en toute impunité »

« Les gens ici ont peur de parler des médias. Je casse le roman régional »