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Sommet de la FAO sur la crise alimentaire Mobilisation sur fond de polémique sur les biocarburants

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Aide aux petits agriculteurs en Afrique, levée des barrières commerciales, mesures de protection sociale sont les orientations mises en avant par l’Onu pour résoudre la crise alimentaire lors de la conférence mondiale sur la sécurité alimentaire de la FAO, qui s’est tenue du 3 au 5 juin à Rome. Ce sommet a été fortement marqué par la controverse sur les biocarburants et les subventions agricoles. Les 193 pays participants semblaient d’accord, quelques heures avant la fin de la conférence pour que la création d’un système d’évaluation de l’impact des biocarburants sur la sécurité alimentaire soit mentionnée dans leur déclaration finale.

Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a dramatisé le 4 juin l’enjeu du sommet de la FAO de Rome en déclarant que le monde ne pouvait pas « se permettre d’échouer » face à la crise alimentaire qui exigera un effort financier de 15 à 20 milliards de dollars par an. Il faut que « le système commercial international fonctionne de façon efficace pour que davantage de denrées soient mises sur le marché et à des prix raisonnables », a-t-il expliqué. M. Ban Ki-moon a rappelé que la production alimentaire devait augmenter de 50 % pour faire face aux besoins d’ici à 2030

Mettre le paquet sur l’agriculture des PVD

Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il fallait « mettre le paquet sur l’agriculture des pays en voie de développement », en plaidant pour l’expansion des « agricultures vivrières locales ». « Il faut aider les pays les plus pauvres à se doter d’agricultures modernes qui permettront la suffisance alimentaire. C’est le seul choix stratégique possible », a affirmé le président français. Selon lui, « il faut doubler la production alimentaire mondiale d’ici à 2050, tout en préservant la planète ».

De son côté, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a stigmatisé les restrictions aux exportations qui « encouragent la flambée des prix et touchent les populations les plus pauvres ». Il faut un appel au niveau international pour supprimer les restrictions et les barrières douanières aux exportations. « Ces contrôles encouragent la flambée des prix et touchent les populations les plus pauvres dans le monde qui luttent pour se nourrir », a-t-il déclaré.

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a souligné qu’il fallait « s’attaquer au problème des subventions qui créent des distorsions » des marchés et donnent un « avantage injuste » à certains pays.

« Les négociations sur la réduction des subventions agricoles et des droits de douane dans le cadre du cycle de Doha peuvent faire partie des réponses à la crise » alimentaire mondiale, a estimé M. Lamy. Plaidant pour une « concurrence plus loyale », il a aussi estimé qu’il était nécessaire d’augmenter « les capacités de production » dans les pays pauvres.

Controverse sur les biocarburants

Le secrétaire d’Etat américain à l’Agriculture Ed Schafer a défendu le 3 juin les biocarburants au sommet de la FAO, estimant qu’ils n’avaient pas un « impact important sur les prix » alimentaires et a « encouragé les pays à lever les barrières commerciales », notamment à l’exportation. Le Brésil, deuxième producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, a également pris la défense des biocarburants, affirmant qu’ils ne sont pour rien dans l’aggravation de la crise alimentaire et peuvent même sortir de l’ornière les pays les plus pauvres.

« Les biocarburants ne sont pas des bandits », a lancé le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva devant un parterre de chefs d’Etat divisés sur la responsabilité des biocarburants dans la flambée des prix de l’alimentation.

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Pour Jacques Diouf, directeur général de la FAO, personne ne comprend que des soutiens de 11 à 12 milliards de dollars en 2006 aient été utilisés pour détourner de la consommation humaine 100 millions de tonnes de céréales pour notamment étancher la soif de carburant des véhicules.

Mme Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture, a rappelé que si l’on ne parvient pas à résoudre le problème du changement climatique, cela aura des effets dramatiques pour l’agriculture et l’élevage au niveau mondial. L’utilisation des biocarburants est l’une des options pour obtenir une réduction des émissions, a-t-elle expliqué en substance. « Nous voulons accélérer le mouvement vers des biocarburants de la deuxième génération mais si nous ne passons par la première génération, nous risquons de ne jamais passer à la seconde génération » (…), a poursuivi la commissaire. « Nous voulons être certains que les biocarburants que nous produisons et que nous importons contribuent de manière substantielle à nos objectifs sur le climat. C’est pourquoi nous voulons développer des critères stricts de durabilité tant en matière de réduction des émissions de CO 2 que de gestion des terres » , a-t-elle indiqué

M. Sarkozy a aussi plaidé pour « le développement des biocarburants de deuxième génération », qui « permettront, sur la même surface agricole, de produire cinq fois plus » de ces produits. Ainsi, « on réservera le maximum d’hectares à la production agricole », a-t-il fait valoir.

M. Ban Ki-moon a souhaité plus de « recherche et d’analyse » sur cette forme d’énergie controversée, afin de mesurer son impact sur les prix. A l’initiative de la FAO, les participants à ce sommet devaient en principe accepter de créer « un système d’évaluation de l’impact des biocarburants sur la sécurité alimentaire ».

La Pac « fait partie des solutions pas du problème »

La Pac « fait partie des solutions » à la crise alimentaire, « pas du problème », a également indiqué dans son discours Mme Fischer Boel, alors que les subventions ont été accusées d’aggraver la crise. Elle a notamment souligné que « les réformes de la politique agricole depuis vingt ans ont permis aux agriculteurs de mieux répondre aux signaux du marché en augmentant la production lorsque les prix augmentent ». Mme Fischer Boel s’est par ailleurs dit « inquiète en ce qui concerne les récentes évolutions des négociations du cycle de Doha ».

Un accord dans le cadre de l’OMC « permettrait d’augmenter les recettes des exportations, de stimuler la production agricole et faciliterait l’accès aux denrées alimentaires », a-t-elle souligné.

Le Copa-Cogeca plaident pour la stabilité des prix en Europe

« En Europe, la Pac a tellement bien réussi à garantir la sécurité alimentaire que les consommateurs ont fini par la tenir pour acquis », a déclaré le secrétaire général des organisations agricoles et coopératives de l’UE, Pekka Pesonen, en marge du sommet de la FAO. « Mais l’UE a maintenant démantelé presque tous les instruments qui ont généré cette stabilité au moment où nous sommes confrontés à une volatilité bien plus grande des prix sur les marchés mondiaux et où des pénuries alimentaires pourraient survenir », a-t-il poursuivi. « Les responsables politiques d’Europe doivent eux aussi refaire de la sécurité alimentaire et de la stabilité leurs principaux objectifs », a conclu M. Pesonen