Le système d’analyse des récoltes de soja mis en place ces dernières semaines par Monsanto et les bourses aux céréales du pays sud-américain ne sera finalement pas reconnu par le gouvernement. Le semencier prétend réclamer de façon rétroactive des royalties sur sa technologie Intacta incorporée au soja.
Pour la première fois, la récolte argentine de soja sera systématiquement analysée par les bourses aux céréales du pays sud-américain, dont celles de Buenos Aires et de Rosario, afin de détecter la présence de la biotechnologie Intacta introduite par transgénèse sur des variétés commercialisées en Argentine par Monsanto depuis deux ans. Ce système mis en place durant l’été austral à tambour battant face à l’échéance de la nouvelle récolte, qui a débuté en mars, est né d’un consensus entre le semencier états-unien et l’aval de la filière constitué par les organismes stockeurs, les exportateurs et les marchés à terme. Baptisé Bolsa Tec, il devait permettre à Monsanto de facturer une taxe auprès des producteurs ne pouvant justifier leur achat de semences certifiées, au titre de la reconnaissance de ses droits de propriété intellectuelle sur la technologie Intacta, ceci malgré le fait que la constitution argentine interdit le brevetage des végétaux.
« Sur les 58 Mt de soja que nous allons récolter cette année, entre 5 et 6 Mt sont issues de variétés Intacta, estime Raúl Dente, de la Fédération des organismes stockeurs d’Argentine. Il s’agit de producteurs qui ont signé un contrat avec Monsanto. Ceux qui ne l’ont pas fait et semé des semences de soja Intacta sans pouvoir justifier leur achat devraient payer, selon Monsanto, un canon de 9,60 dollars par tonne ».
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Mais le ministre de l’Agro-industrie, Ricardo Buryaile, a rendu publique, lundi dernier, lors d’un entretien au journal La Nación, sa position au sujet de ce conflit d’intérêt qui oppose Monsanto aux syndicats de producteurs, dont la Fédération agraire argentine et la Société rurale argentine. Selon lui, le système Bolsa Tec « ne devrait pas être opéré par un privé ». Son chef de cabinet, Guillermo Gribaudo, confirme à Agra Presse que « nous ne reconnaissons pas ce système parce qu’il n’est pas homologué techniquement, ni totalement volontaire comme le prétend Monsanto. Cependant, l’État devrait participer à un système d’analyse similaire dès l’année prochaine, à travers l’Institut national des semences », précise-t-il.
« Pour l’heure, Bolsa Tec n’est rien d’autre qu’un système d’information de privé à privé sur l’usage d’une technologie, explique Raúl Dente. Mais il fonctionne bel et bien et prélude à un système qui englobera toutes les biotechnologies dans le but de rémunérer leurs obtenteurs. La filière entière admet la nécessité de rémunérer la recherche variétale et génétique ».