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Publication scientifique Mortalité des abeilles : deux études mettent en cause les insecticides

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Deux études, publiées le 29 mars dans la revue de référence Science, mettent en cause une famille très courante d’insecticides systémiques, les néonicotinoïdes, dans la mortalité accrue des abeilles.

Les néonicotinoïdes, famille d’insecticides mis sur le marché au début des années 1990 dans le monde entier, et devenus les pesticides les plus courants, sont bien une cause identifiée du déclin des abeilles depuis 15 à 20 ans, a révélé la revue Science dans une conférence de presse le 29 mars. Deux études, l’une française, l’autre anglaise, ont conclu que ces produits « handicapent la capacité des abeilles et des bourdons à s’orienter », a résumé Dave Goulson, de l’université de Stirling au Royaume-Uni.
Jusque là, les chercheurs avaient avancé plusieurs causes pour expliquer le déclin des abeilles, dont les pesticides, mais la façon dont ces pesticides agissent n’était pas claire, a rappelé l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), qui publie la revue.

Les abeilles suivies une par une

Mais les chercheurs de l’équipe française ont réussi à clarifier la responsabilité des insecticides en recourant pour la première fois à une technique de suivi des abeilles une par une ! Ils ont recouru à une technique inédite : ils ont équipé 650 abeilles domestiques de micropuces collées sur leur thorax, et les ont lâchées à un kilomètre de leur ruche. Ainsi il était possible de dénombrer les abeilles qui ne revenaient pas à la ruche, du fait de ce phénomène de désorientation.
Les scientifiques administraient à la moitié de ces 650 abeilles une dose quotidienne infime de thiaméthoxam, une substance de la famille des néonicotinoïdes. Cette dose, de 1,34 nanogramme, a été savamment calculée à partir de la dose que les abeilles ingèrent dans leur activité de butinage. En outre, la dose administrée était cinq fois inférieure à la dose létale (dose causant la mort de 50 % d’une population animale donnée).
Le résultat a été net : le taux de disparition d’abeilles chez celles qui ont été intoxiquées est deux à trois fois plus élevé que chez les autres, a signalé Mickaël Henry, chercheur à l’Inra d’Avignon.
La possibilité de marquer les abeilles a été décisive. « Ce ne sont pas les premiers travaux sur l’impact des pesticides sur les abeilles. Des travaux ont démarré il y a près de 20 ans, mais avec une méthode insuffisante. Maintenant nous pouvons identifier les abeilles individuellement, c’est cela qui est novateur », a appuyé Axel Decourtye, responsable du programme de recherche sur la mortalité des abeilles à l’ Association de coordination technique agricole (Acta). Le réseau français des instituts techniques agricoles a été partenaire dans la réalisation de l’étude française, avec l’Inra, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation (Itsap).

Étude anglaise : 85% de reines en moins

L’étude anglaise menée par Peneloppe Whitehorn et Dave Goulson, de l’université de Stirling, a consisté à exposer des colonies de bourdons à de faibles niveaux d’un autre néonicotinoïde, l’imidaclopride. Les doses étaient « comparables à celles auxquelles sont exposés les insectes dans la nature ». Les chercheurs ont placé les colonies dans un terrain clos où les bourdons se sont alimentés pendant six semaines dans des conditions naturelles. Ils ont pesé les nids avec les bourdons eux-mêmes, le miel, la cire, les larves et le pollen pour déterminer la croissance de la colonie.
Il s’avère que les colonies exposées à l’imidaclopride avaient pris moins de poids comparées aux colonies témoins, « ce qui suggère qu’elles s’étaient moins nourries ». À la fin de l’expérience, elles étaient 8 à 12% plus petites en moyenne que les colonies témoins, et elles avaient produit 85% de reines en moins.

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