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Mutagénèse : les Faucheurs volontaires multiplient leurs actions

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Plusieurs destructions de surfaces de tournesol ont eu lieu cet été dans l’Hérault et l’Aveyron. Une autre action a visé un centre de stockage de phytos dans les Côtes-d’Armor.

Des membres du collectif des Faucheurs volontaires ont détruit des parcelles de tournesol à la Tour-sur-Orb (Hérault) dans la nuit du 31 juillet au 1er août, puis dans l'Aveyron. Le collectif soupçonnait « l’expérimentation de végétaux rendus tolérants aux herbicides », en particulier de variétés obtenues par des méthodes récentes de mutagénèse. Dans son arrêt du 25 juillet, la CJUE estime que les organismes obtenus par mutagénèse relèvent de la directive sur les OGM, à l’exception de certaines méthodes « traditionnellement utilisées pour diverses applications et dont la sécurité est avérée depuis longtemps ». Les membres de Faucheurs volontaires  réclament notamment que le Conseil d’État annule le décret mettant en œuvre l’exemption de la mutagenèse en droit français et que le gouvernement mette en place un moratoire sur ces cultures. Ils avertissent : « Notre action ne va pas s’arrêter là ».

RAGT dit travailler dans la légalité

Après le fauchage dans l'Aveyron, Claude Tabel, président de l’entreprise semencière concernée, RAGT, témoigne de son « incompréhension » et du « traumatisme de ses équipes » après le fauchage de leurs parcelles. « Ils sont venus dénoncer un tournesol rendu résistant aux herbicides ; il y en a 200 000 ha en France. Alors pourquoi venir chez RAGT ? » Et d’ajouter : « Je ne veux surtout pas légitimer ce type d’action, mais le tournesol qu’ils ont fauché n’était même pas résistant aux herbicides. » 

Une partie des surfaces détruites concernait la production de semences tolérantes à l’orobanche, et l’autre, une évaluation de variété tolérante au sclérotinia. Des plantes issues de méthodes traditionnelles, selon RAGT. Pour Claude Tabel, « tout ce que nous faisons est légal ». La CJUE, rappelle-t-il, « a émis un avis après avoir été interrogé par le Conseil d’Etat dans le cadre d’un procès en France, et c’est au Conseil d’Etat qu’il revient désormais de prendre la décision ». De plus, ajoute-t-il, la CJUE précise « que les méthodes utilisées avant la parution de la directive OGM en sont exemptées ».

Interrogé par Agra Presse, le ministère de l’Agriculture n’a pas donné suite. Un membre bien informé du secteur des semences affirme qu’« à peu près aucune des variétés cultivées » n’entrent dans le champ de la directive OGM en tant que plante issue des nouvelles techniques de mutagénèse.

Un site classé Seveso

Le 27 août à Glomel (Côtes d’Armor), une centaine de Faucheurs volontaires ont cette fois occupé un centre de stockage d’engrais et de phytos de Triskalia pour dénoncer leurs effets sur la santé et demander l’arrêt de leur commercialisation, a-t-on appris auprès des organisateurs. Sur ce site classé Seveso « seuil haut », l’objectif était de dénoncer la vente des pesticides par la coopérative, des « produits chimiques nuisibles à l’environnement, à la santé des travailleurs, des paysans et des consommateurs », ont expliqué dans un communiqué les Faucheurs volontaires.

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« Les garanties offertes par les conditions de travail ne sont pas suffisantes pour préserver la santé des salariés », poursuit le communiqué, faisant état de 10 salariés de ce centre malades, dont « cinq sont décédés ». Les manifestants ont tagué des slogans comme « Round up = cancer ». Ils exigent que le gouvernement mette en place un moratoire sur les semis VRTH en cours (colza et tournesol). Ils demandent aussi à la direction de Triskalia de prendre « immédiatement des mesures afin d’arrêter la commercialisation de ces produits ».

Le Conseil d’Etat doit rendre son verdict

La Conf met en garde les producteurs de colza contre les variétés « Clearfield » de BASF

« Nous tenons à vous mettre en garde contre les variétés de colza Clearfield », indique dans une lettre ouverte aux producteurs de colza la Confédération Paysanne le 3 août. Le syndicat estime que cette variété qui « par mutagenèse et autres techniques complexes » a été rendue tolérante à l’Imazamox doit « respecter la réglementation OGM européenne, donc être évaluée et étiquetée OGM ». En semant une de ces variétés brevetées par BASF « vous sèmeriez des OGM et ceci même si votre fournisseur vous affirme qu’elles ont été obtenues par des techniques classiques », prévient le syndicat. La CP réclame, dans un communiqué de presse du 17 août, « la suspension d’autorisation de toutes les cultures de variétés rendues tolérantes aux herbicides ».

La FNSEA redoute une « panne d’innovation variétale »

La FNSEA et ses associations spécialisées de grandes cultures ont mis en garde le 27 juillet contre une « panne d’innovation variétale » suite à l’arrêt de la Cour de justice européenne sur les nouvelles techniques de mutagénèse. Considérées comme transgéniques, les variétés ainsi obtenues doivent aux yeux de la CJUE être soumises aux exigences de la directive OGM qui « les condamnent de fait dans l’UE », selon un communiqué de l’AGPB (blé), l’AGPM (maïs), la CGB (betterave), la Fop (oléoprotéagineux). « Une agriculture en panne d’innovation variétale ne pourra relever l’ampleur des défis climatiques et environnementaux et répondre aux attentes des consommateurs » notamment sur la réduction des pesticides, soulignent les organisations.