Après quatre mois de recherches de locaux et de collaborateurs, la Délégation aux industries alimentaires et à l’agro-industrie est enfin en ordre de marche et marque son territoire. Nicolas Forissier entend faire de cette structure légère une «force de proposition au service des entreprises» en reprenant le chantier du PNDIAA (Partenariat national de développement des IAA) ouvert en 2005. Un exercice comparable sera reproduit aussi dans différents domaines de l’agro-industrie comme la chimie du végétal. Et le nouveau Délégué , qui s’offre pour « intervenir partout où il y a le feu », notamment à l’export, veut aussi aborder les questions sociétales posées par l’alimentation.
La Délégation interministérielle aux industries agroalimentaires est maintenant véritablement au travail. Depuis sa création le 30 novembre lorsque le conseil des ministres a nommé au poste de délégué Nicolas Forissier, l’ancien secrétaire d’Etat à l’Agriculture du gouvernement Raffarin, il lui manquait tant des locaux qu’une équipe. Deux préalables aujourd’hui résolus avec l’installation du Délégué et de quelques collaborateurs dans des locaux partagés avec le ministère de l’Industrie et des services du Premier Ministre rue de Bellechasse.
Pour marquer son territoire, Nicolas Forissier a repris son bâton de pèlerin et rencontré beaucoup de monde et même précisé ses intentions à la presse.
Décidé à « se mettre à la manœuvre » partout où se posent des problèmes pour le secteur, le nouveau délégué entend les traiter comme s’il était « le député des industries agroalimentaires ». Son principal atout est de promouvoir une approche interministérielle qui avait disparu depuis vingt-cinq ans pour ce secteur. Et de s’appuyer sur les jalons déjà posés lors de son passage rue de Varenne à travers l’élaboration en 2005 du « Partenariat national de développement des industries agroalimentaires » (PNDIAA).
Pas une administration
Entre autres résultats de cet exercice, le PNDIAA a révélé le côté transversal et donc effectivement interministériel des questions soulevées. Le fait a été pris en compte lors de la formation du gouvernement Villepin puisque c’est à ce moment-là qu’a été instaurée une double tutelle sur les IAA partagée entre le ministère de l’Industrie et celui de l’Agriculture. L’idée a ensuite été poussée plus loin avec la création d’une Délégation interministérielle rattachée aux deux ministres et dont le champ va même au-delà de la première industrie française : son intitulé comporte en effet les industries alimentaires d’une part, mais aussi l’agro-industrie d’autre part.
Nicolas Forissier y insiste, la Délégation se veut « une structure légère, pas une administration supplémentaire ». Elle doit servir de « task force » en prise directe avec les entreprises, un point de repère pour les industriels, un lieu de rencontre et de réflexion, d’écoute et de prospective : les propositions une fois lancées, le délégué aura à cœur d’assurer le suivi de leur mise en œuvre effective. Pour cela, Nicolas Forissier ose croire à la pérennité de l’institution qui pourra subsister demain même avec un autre titulaire.
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Quatre chantiers
Au moment de mettre effectivement son équipe au travail, avec un délégué adjoint, Jacques Teyssier d’Orfeuil, et deux autres collaborateurs pour commencer (Olivier de la Faire et Daniel Aunay), Nicolas Forissier annonce avoir ouvert quatre chantiers principaux. Le premier consiste à reprendre là où il l’avait laissé le travail entrepris dans le cadre du PNDIAA. Il s’agira d’abord de dresser un état des lieux de ce partenariat et de voir comment le poursuivre voire l’infléchir. Car le partenariat ne doit pas être quelque chose de figé, d’ailleurs ce qui a été lancé a souvent pris la forme de tests, ainsi le kit export, les prêts participatifs Oséo ou la campagne de sensibilisation en faveur des métiers de l’agroalimentaire. Il reste à vérifier l’utilité de transformer l’essai sur ces points comme sur d’autres, par exemple pousser plus avant la réflexion pour créer un fonds d’investissement propre aux IAA en synergie avec le monde financier et bancaire. Tout cela va nécessiter la remise sur pied d’un comité national de pilotage du Partenariat dont le Délégué promet la réunion pour bientôt.
Deuxième volet, l’exportation, notamment hors de l’Union européenne. Le délégué se met au service de la stratégie que viennent d’annoncer de concert les ministres de l’Agriculture et du Commerce extérieur : les entreprises qui feront leurs la stratégie et les priorités ciblées du PSEAA (plan sectoriel export agroalimentaire) auront un avocat en la personne du délégué. L’ancien président d’Ubifrance a déjà accompagné, en tant que délégué, les PME dans un certain nombre de salons comme le Foodex au Japon ou Djazagro à Alger en soulignant l’utilité des contacts politiques qu’il peut nouer dans ces marchés cibles. A l’occasion de déplacements, ensuite, au Yémen et aux Emirats arabes unis, il n’a pas manqué de plaider aussi la cause des exportateurs de volailles victimes d’embargos depuis la crise de grippe aviaire (voir encadré).
Le troisième champ d’action de la Délégation va être propre au secteur de l’agro-industrie, mais sans empiéter sur les attributions du coordinateur interministériel pour la biomasse, Claude Roy, qui intervient dans le dossier spécifique des bio-carburants. Mais le domaine est vaste, en particulier dans « la chimie du végétal », et là aussi Nicolas Forissier entend proposer à un comité national de pilotage afin d’identifier les problématiques d’un « Partenariat-bis ».
Enfin, les questions de société qui tournent autour de l’alimentation mériteront son attention : les rapports entre alimentation et comportement, entre aliment et santé « sont tellement anxiogènes», remarque Nicolas Forissier, qu’ils méritent de faire l’objet de propositions, par exemple pour disposer de meilleurs outils de communication, pour mieux écouter les avis du CNA et mieux faire dialoguer les parties en présence (Afssa, PNNS, etc.).