Alors que le gouvernement se prépare à réintroduire temporairement les néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave, producteurs et scientifiques ont présenté le 22 septembre deux plans, l’un pour limiter leur impact sur l’environnement, l’autre pour trouver des alternatives à leur utilisation d’ici trois ans.
L’interprofession de la betterave et du sucre (AIBS) indique avoir remis le 22 septembre au ministre de l’Agriculture un plan de transition vers une culture sans néonicotinoïdes « à l’horizon 2024 au plus tard ». Il s’agit de cibler l’usage de ces insecticides, pour lesquels le gouvernement souhaite des dérogations en betterave lors des trois ans à venir, et prévenir leur impact sur les pollinisateurs, selon un communiqué. La filière s’engage sur « la réduction de 25 % de la dose des néonicotinoïdes utilisés en enrobage de semence par rapport à la pratique précédente ». Elle promet aussi de restreindre leur utilisation à « une seule année » par parcelle sur 2021-23, période durant laquelle doit courir cette dérogation, sous réserve du vote de la loi par le Parlement. Le plan prévoit la « mise en place de fermes pilotes en conditions réelles d’exploitation sur 500 hectares dès 2021 (1 000 hectares en 2023), parmi les surfaces conduites sans néonicotinoïdes, afin de démontrer les résultats de la recherche et les innovations ».
Protection des pollinisateurs
Autre point, l’implantation de cultures non mellifères après la betterave. La protection des pollinisateurs passe aussi par « l’implantation de 4 000 ha de nouvelles surfaces de plantes mellifères (luzernes d’été, bandes fleuries, jachères mellifères, etc.) » sur l’ensemble des exploitations betteravières (423 000 ha en 2020) d’ici à 2023, permettant de constituer un habitat pour les abeilles et les insectes auxiliaires. Le plan mise sur l’organisation d’échanges locaux entre agriculteurs et apiculteurs en vue d’« identifier et de promouvoir les pratiques et dispositifs favorables aux abeilles et pollinisateurs ». Par ailleurs, des actions de communication et formation des betteraviers sont prévues pour accélérer la transition vers une culture betteravière sans néonicotinoïdes. Également des travaux sur le terrain visant à renforcer la connaissance de la dynamique d’apparition des pucerons et des jaunisses, développer des outils prédictifs pour diffuser des conseils pertinents et adaptés à la situation de chaque campagne.
Recherche en génétique, biocontrôle et agronomie
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De leur côté, l’Inrae et l’ITB (Institut technique de la betterave) ont indiqué le 22 septembre avoir remis au ministre de l’Agriculture un plan de recherche et innovation « pour trouver des solutions alternatives aux néonicotinoïdes opérationnelles contre la jaunisse de la betterave sucrière ». Y figurent notamment trois pistes en matière de génétique, de biocontrôle et d’agronomie, a souligné en conférence de presse Philippe Mauguin, le p.-d.g. de l’Inrae. Concernant les variétés de betterave, il s’agit d’identifier des sources de résistance à la maladie, nouvelles avec le projet de recherche Aker, ou déjà existantes au catalogue officiel. Cela passe par l’utilisation de techniques de phénotypage à haut débit. Le volet biocontrôle s’appuie sur l’utilisation de prédateurs des pucerons, comme les hyménoptères, et la capacité des plantes à émettre des molécules répulsives. Côté agronomie, il s’agit en particulier d’implanter des bandes de plantes mellifères hébergeant une population d’auxiliaires. De telles surfaces fleuries, autour des parcelles de betteraves, ont aussi l’avantage d’attirer les abeilles qui ont moins envie d’aller butiner les adventices sur les surfaces traitées aux néonicotinoïdes.
Miser sur un « bouquet de solutions »
« En 2023, on aura un bouquet de solutions, probablement pas aussi performant (…) que les néonicotinoïdes, mais avec beaucoup moins d’inconvénients » pour l’environnement, a considéré Philippe Mauguin. Reste à voir les incidences économiques de l’ensemble des évolutions techniques envisagées. Leur niveau de performance conditionne selon lui la réussite du plan, dont un des axes traite précisément de la « transition vers un modèle économique durable ». Ce plan de recherche et innovation bénéficiera d’un financement public additionnel de 7 millions d’euros sur trois ans, pour un montant global supérieur à 20 millions d’euros avec les cofinancements de l’Inrae, de l’ITB et des semenciers. L’effort budgétaire est significatif, comme l’a souligné Julien Denormandie le 23 septembre à l’Assemblée nationale : les 7 M€ accordés pour les trois ans qui viennent sont à comparer aux 700 000 € depuis 2016.
La profession s’engage à implanter des surfaces mellifères