Dans un avis sur les risques des insecticides néonicotinoïdes pour les abeilles et pollinisateurs, l’Agence nationale de sécurité alimentaire et sanitaire (Anses) a préconisé le 12 janvier un « renforcement des conditions d’utilisation des produits ». Le traitement des semences pour les céréales d’hiver ou en pulvérisation sur vergers et vignes est particulièrement visé.
« L’Anses souligne la pertinence du moratoire européen » sur les néonicotinoïdes, d’après un communiqué, rappelant « qu’en l’absence de mesures de gestion adaptées, (leur) utilisation entraîne de sévères effets négatifs sur les espèces pollinisatrices ». Elle va au-delà et préconise « le renforcement des conditions d’utilisation pour tous les usages où subsiste une incertitude importante ».
La Commission européenne a décidé en 2013 un moratoire visant à interdire l’utilisation des phytos à base de thiaméthoxame, clothianidine, imidaclopride, pour certains usages, dans l’attente de leur réévaluation. Cette mesure conduit à l’interdiction du traitement des semences et des sols pour les cultures attractives pour les abeilles (sauf cultures sous serre et céréales d’hiver) ainsi qu’à l’interdiction des traitements foliaires pour les cultures qui attirent les abeilles (à l’exception des cultures sous serre ou après floraison).
« Forte incertitude »
L’avis de l’Anses du 12 janvier note qu’« il subsiste une forte incertitude concernant certains usages, en particulier le traitement des semences pour les céréales d’hiver ou en pulvérisation sur vergers et vignes. Dans l’attente des résultats des travaux en cours au niveau européen, l’agence préconise le renforcement des conditions d’utilisation pour tous les usages pour lesquels subsiste une incertitude importante ; elle recommande également de ne pas semer de culture attractive pour les polinisateurs à la suite d’une culture traitée par des néonicotinoïdes. »
Le ministère de l’Ecologie a jugé le 12 janvier les restrictions d’usage de semences enrobées « difficiles à mettre en œuvre ». « Le projet de loi sur la biodiversité qui sera examiné les 19, 20 et 21 janvier prochains au Sénat en débattra », ajoute son communiqué.
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« De sévères effets négatifs sur les espèces pollinisatrices. »
Une conférence houleuse le 14 janvier au Sénat
De vifs échanges ont eu lieu le 14 janvier au Sénat lors d’une conférence de presse – débat sur les néonicotinoïdes, organisée par le sénateur Joël Labbé (EELV, Morbihan). Si les responsables « pesticides » Jean Sabench, de la Confédération paysanne, et Claudine Joly, pour France Nature Environnement, ont réclamé l’interdiction des produits, Eugénia Pommaret, directrice générale de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), et Eric Thirouin, vice-président de la FNSEA, ont prôné le dialogue sur le terrain entre agriculteurs et apiculteurs.
Dans un premier acte, les intervenants ont exprimé à tour de rôle leurs positions. Eugénia Pommaret a jugé que « de plus en plus, quand il y a un enjeu sur l’agriculture, on réagit par un empilement » de mesures aboutissant à « l’incohérence de la réglementation ». Et de critiquer une « gestion à la petite semaine », sans mesure d’impact. Pour Claudine Joly, « on fait des déserts verts » avec les néonicotinoïdes, qui par leur neurotoxicité, leur « très large spectre », créraient des ravages chez les espèces non ciblées. Ses propos ont fini par un plaidoyer en faveur d’un « autre type d’agriculture ». Comme pour Jean Sabench, qui s’est fait le défenseur de la lutte intégrée : « Il faut remettre de l’agronomie dans la production » via notamment la diversification et l’allongement des rotations, le décalage des dates de semis, le travail du sol et l’irrigation, la lutte biologique, d’après lui. Problème aux yeux d’Eric Thirouin, l’interdiction des néonicotinoïdes conduit à des impasses techniques. « On a des difficultés sur certaines cultures et au lieu d’un traitement, deux sont nécessaires », a-t-il déclaré, pointant aussi des distorsions entre Etats membres. Conclusion, la FNSEA dit « oui à l’évolution des pratiques agricoles, non à des lois dans la précipitation, juste en France, sans alternatives » en matière de produits.
C’est au second acte, de discussion avec la salle, que le débat s’est enflammé. « Une confusion est entretenue entre danger et exposition », a bondi Eugénia Pommaret, en disant que « les phytos sont les produits les plus encadrés ». « Un tel amalgame fait fi de la réglementation. » Et d’ajouter : « Jeter l’opprobre sur les agences (sanitaires) nous mène droit dans le mur. Le grand public n’y comprend plus rien, à force de discréditer les scientifiques. » Réagissant au débat, le directeur des affaires publiques de Bayer François Thiboust a critiqué l’intervention de deux scientifiques dans la salle, rappelant que « de très nombreux autres n’ont pas la même opinion » défavorable. « Il n’y a pas de résistance aux néonicotinoïdes » chez les insectes, a par ailleurs défendu François Thiboust, soulevant des commentaires autour de lui.