Abonné

Néonicotinoïdes : les préconisations de l’Inrae pour les filières fragilisées

- - 5 min

L’Inrae préconise de sécuriser l’accès aux pesticides le temps que les solutions alternatives aux néonicotinoïdes soient complètement opérationnelles pour les filières noisette, pomme, cerise et betterave. De manière générale, l’institut appelle à consolider des approches combinatoires, testées dans des fermes pilotes.

Dans un rapport sur les alternatives chimiques et non chimiques existantes à l’usage des néonicotinoïdes, publié le 28 octobre, l’Inrae conclut que les filières betterave, pomme, cerise noisette et figue sont « fragilisées par le manque de solutions opérationnelles et disponibles » pour lutter contre certains ravageurs, mais « à des degrés divers » et pas dans « la même urgence temporelle ». « Sur la noisette, c’est vrai que c’est là que c’est le plus difficile, mais on a quand même des alternatives qui arrivent », a dit Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inrae lors d’un brief à la presse.

Concernant la noisette, les experts ont identifié une « surutilisation de pyréthrinoïdes » qui « n’est pas durable ». « Des solutions alternatives ont été identifiées mais elles ne sont pas à ce jour opérationnelles », indiquent-ils. Il s’agit des champignons entomopathogènes (biocontrôle), des nématodes entomopathogènes et des chrysopes, pour lutter contre le balanin ; et des parasitoïdes pour lutter contre la punaise diabolique. Des solutions qui pourraient être opérationnelles dans trois à cinq ans, selon le coordinateur du rapport Christian Lannou.

Sécuriser l’accès aux phytos

Dans leur état des lieux, les experts – saisis par le ministère de l’Agriculture le 16 mai – se penchent sur la filière pomme, confrontée à des problèmes de pucerons et à l’anthonome du pommier. Ils estiment « indispensable de favoriser l’accès à un panel suffisant de produits et méthodes de biocontrôle » dont il faut adapter l’application « aux points stratégiques du cycle du puceron », et de mettre en place le « détournement de fourmis ». Ils affirment que sécuriser le cadre réglementaire des produits autorisés (de synthèse ou de biocontrôle) est « nécessaire à court terme » pour que les producteurs aient plus de « visibilité ». Les pomiculteurs ont en effet à leur disposition le spirotétramate (Movento) « qui sera retiré le 31 octobre 2025, la firme n’ayant pas demandé son renouvellement », et l’azadirachtine qui est autorisée par dérogations.

Concernant la filière cerise confrontée à la mouche du cerisier (Drosophila suzukii), des solutions alternatives existent comme l’usage de filets de protection et la technique de l’insecte stérile (TIS). « On a eu l’occasion d’en parler avec la ministre : l’enjeu pour les prochains mois est de faire des lâchers de mâles stériles à une plus grosse échelle, à l’échelle des territoires de production », a indiqué Philippe Mauguin aux journalistes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Drosophila suzukii
Suivi
Suivre
biocontrôle
Suivi
Suivre

Lire aussi : Drosophila suzukii : l’insecte stérile pourrait être déployé « dans 4 à 5 ans »

Cependant, vu les investissements et l’effort de coordination territoriale considérables que ces alternatives impliquent, l’Inrae estime qu’il faut « fiabiliser le court terme ». Comme pour la pomme, il faut « sécuriser » l’accès aux produits de protection efficaces. « La grande faiblesse du programme (de protection type pour la cerise, NDLR) est le statut réglementaire des produits clés : lambda-cyhalothrine soumise à ré-approbation en 2026, cyantaniliprole sous dérogation depuis 2017, spirotétramate retiré du marché fin octobre 2025, spinosad utilisé sous dérogation et susceptible d’être retiré dans les années à venir », indique le rapport.

Approches combinatoires et fermes pilotes

Enfin, concernant la betterave sucrière, les experts observent que des « pistes prometteuses » ont été identifiées (prophylaxie, biocontrôle, variétés résistantes, épidémiosurveillance) mais qu’elles « ne sont pas pleinement opérationnelles et maîtrisées par les producteurs ». En attendant, il « semble incontournable » que les betteraviers aient accès à deux produits utilisés en alternance : le spirotétramate (qui sera retiré du marché fin octobre 2025) et le flonicamide dont l’approbation expire en novembre 2026. « Ils pourraient être complétés ou remplacés à terme par un nouveau produit (Axalion), identifié comme candidat à l’homologation », ajoutent-ils.

De manière générale, pour les différentes filières, l’Inrae recommande de construire « des itinéraires de protection » basés sur « des approches combinatoires » pour produire « des références fiables » pour les agriculteurs. « Il faut les combiner dans des vraies fermes pilotes, à chaque fois que c’est possible. Ca peut être des fermes de référence des instituts techniques, mais c’est encore mieux dans des fermes pilotes : des fermes de référence de producteurs. C’est fait en partie dans le PNRI (plan national de recherche et d’innovation de la betterave, NDLR), il faut le faire dans l’ensemble des filières », a souligné Philippe Mauguin.

LM