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Néonicotinoïdes : quelles alternatives demain pour les cultivateurs ?

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Les cultivateurs de betteraves à sucre devront utiliser des alternatives aux néonicotinoïdes. Crédits : © Pexels/Pixabay

  L’interdiction d’utilisation à l’échelle de l’Union européenne des néonicotinoïdes pour lutter contre la jaunisse de la betterave laisse peu de possibilités aux cultivateurs. Toutefois, la recherche explore plusieurs pistes d’alternatives qui pourraient se concrétiser dans les prochaines années.

Alors que la Cour de justice de l’Union européenne vient de recaler la possibilité d’accorder des dérogations à l’interdiction d’utiliser les néonicotinoïdes pour les betteraves à sucre, peu de solutions sont à portée de main à l’heure des semis de printemps prévus en mars. Or les néonicotinoïdes présentaient l’avantage d’être très efficaces en éradiquant le puceron vert vecteur du virus de la jaunisse, et en évitant tout traitement par dispersion puisque la graine était enrobée de néonicotinoïdes avant d’être semée.

Selon l’Institut technique de la betterave (ITB), les cultivateurs peuvent aujourd’hui se tourner vers un insecticide déjà connu, le Teppeki, épandu par aspersion foliaire. Avec toutefois plusieurs inconvénients : « Il faut surveiller de très près le développement des pucerons verts pour intervenir au bon moment, sachant que produit est efficace 12 à 15 jours et qu’il n’est homologué que pour un seul passage », souligne Vincent Laudinat, directeur général de l’ITB. Autre solution : l’insecticide Movento. « Nous allons demander une dérogation pour pouvoir utiliser le Movento pour les betteraves, ce qui n’est pas le cas actuellement », poursuit-il. Les deux produits pourraient être utilisés successivement pour améliorer leur impact. Reste toutefois plusieurs interrogations à lever : les produits seront-ils disponibles sur le marché si la demande augmente fortement, ce qui est envisageable puisque l’interdiction des néonicotinoïdes d’applique à toute l’UE, quel sera le surcoût exact, sachant qu’un passage de Teppeki coûte environ 30 euros par hectare, et environ 40 euros par hectare pour le Movento, et enfin quid des conditions climatiques cette année et de leur influence sur le niveau de développement du puceron vert.

Vers des variétés résistantes

Mais les chercheurs travaillent aussi sur le plus long terme, en explorant d’autres pistes qui s’appuient sur « un triangle compliqué qui comprend la plante, les pucerons et les 4 différents virus que les insectes véhiculent », comme l’explique Christian Huyghe, directeur Agriculture d’Inrae.

« Du fait des 4 virus différents, il est compliqué d’avoir rapidement une offre variétale avec des variétés résistantes simultanément aux 4 virus. Toutefois, grâce aux recherches engagées, on pourrait commencer à disposer en 2025 ou 2026 d’un nombre significatif de variétés résistantes », poursuit-il. « Parmi les difficultés à surmonter : l’existence de réservoirs dans lesquels les virus survivent au cours de l’hiver, soit au sein des repousses qui subsistent dans les champs, soit au sein des betteraves porte-graines semées en août ».

Le biocontrôle est un autre axe de recherche. « Des essais ont été menés en pulvérisant de l’huile de paraffine, ce qui permet de réduire significativement le nombre de pucerons, mais sans atteindre ceux qui restent sous les feuilles des betteraves », explique encore Christian Huyghe.

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Phéromones destinées aux pucerons

« Il est possible d’utiliser des phéromones qui repoussent les pucerons verts ou bien qui attirent les insectes prédateurs de ces pucerons verts », explique Fabienne Maupas, directrice scientifique de l’ITB. Ces lâchers d’œufs de chrysopes qui s’attaquent aux pucerons verts sont inspirés de ce qui se fait déjà en serres ou dans les champs pour le maïs. Selon elle, ces pulvérisations présentent une efficacité non négligeable suite à des essais réalisés dans 65 fermes expérimentales. « Nous allons évaluer ces essais en 2023 dans l’objectif d’obtenir des résultats concrets en 2024 ».

« Il est aussi possible de modifier le paysage olfactif, en apportant des odeurs qui repoussent les pucerons, mais il faut encore vérifier l’efficacité de cette méthode sur de très grandes surfaces », tempère Christian Huyghe.

Quant aux plantes compagnes, c’est également une piste étudiée. « L’avoine rude, l’orge de printemps et la féverole peuvent jouer le rôle de plantes compagnes en modifiant le paysage visuel et olfactif de la parcelle, conduisant à avoir moins de pucerons. Mais il fait faire attention car l’avoine rude et l’orge de printemps peuvent aussi entrer en concurrence avec la betterave. Il faut donc les détruire assez tôt », prévient Christian Huyghe.