Five Seasons Ventures, fondé à Paris en 2018, vient de participer comme chef de file à la levée de fonds de 10,1 millions d’euros du fabricant d’alimentation infantile suisse Yamo. Un investissement qui s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de Five Seasons Ventures consistant à cibler les entreprises de la foodtech européenne, basées sur des concepts innovants, avec peu ou pas de concurrence, et adeptes des réseaux sociaux et du e-commerce. Niccolo Manzoni, co-fondateur aux côtés d’Ivan Farneti de Five Seasons Venture, explique les choix récents faits par le fonds en termes d’investissement et sa vision de la foodtech européenne à l’heure des évolutions introduites récemment par la crise sanitaire et de ses conséquences.
Quelles sont les raisons qui vous ont amené à investir dans Yamo ?
Yamo est une entreprise suisse très innovante. Ses fondateurs sont partis du constat que l’offre d’alimentation infantile ne correspondait pas du tout aux attentes des parents d’aujourd’hui : des produits longue conservation où les vitamines et les nutriments ont été détruits par la haute température, peu d’offre 100 % végétale, et des produits bio, certes, mais souvent stérilisés. Et surtout pas d’offre de produits frais. D’où leur idée de créer une gamme de produit d’alimentation infantile pour la tranche de 6 mois à 4 ans, biologiques, sans protéines animales, et surtout frais. Cela a été possible par la technologie de la haute pression à froid, qui permet de préserver les nutriments importants tout en éliminant les bactéries. Ils se sont fait connaître grâce aux réseaux sociaux et à une distribution prioritairement par le e-commerce. Ce qui leur permet maintenant de commencer à être présent dans les magasins Coop en Suisse et bientôt chez Edeka et Rewe.
Quels sont les premiers résultats obtenus par Yamo ?
Nous ne communiquons pas le chiffre d’affaires de l’entreprise qui est aujourd’hui leader sur le marché des aliments frais et biologiques pour les nourrissons et les jeunes enfants en Europe germanophone. Le but de la levée de fonds est d’accompagner Yamo pour supporter les pertes actuelles et préparer l’hyper-croissance qui va intervenir dans une seconde phase.
Quels sont les projets de Yamo après la levée de fonds ?
L’idée consiste à cibler des enfants plus grands comme ceux de 1 à 4 ans à qui s’adresse le nouveau yaourt végétal enrichi en vitamines de Yamo. Les équipes ont aussi le projet de viser les enfants jusqu’à 10 ou 12 ans, y compris en se développant vers d’autres catégories de produits comme les snacks. Nous préparons actuellement le lancement en France en commençant par le e-commerce. Les clients français attendent des produits comme Yamo et ne trouvent pas d’offre similaire. Il y a du baby food bio, mais soit pasteurisé comme Hipp ou Good Goût, soit surgelé comme Yooji.
Qui a participé à cette levée de fonds ?
Five Seasons Ventures est chef de file de la levée de fonds en capital de 10,1 millions d’euros et va donc siéger au conseil d’administration de la société. Les autres investisseurs connaissent bien Yamo pour avoir participé à la première levée de fonds de 2 millions d’euros : Swiss Entrepreneurs Fund, Ringier Digital Ventures et Müller Ventures, qui fait partie du groupe laitier allemand. À l’issue de la levée de fonds, les fondateurs – le p.-d.g. Tobias Gunzenhauser, le directeur des opérations José Amado-Blanco et le directeur technique Luca Michas – sont presque majoritaires. Aucun actionnaire n’est sorti du capital depuis le lancement de Yamo.
Quelle est la thèse d’investissement de Five Seasons Ventures ?
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Avec Ivan Farneti, le co-fondateur, nous avons acquis une solide connaissance du secteur agroalimentaire, notamment lorsque nous étions dans la finance à Londres, avant de fonder Five Seasons Venture. À cette époque, nous avions investi dans des sociétés promises à un bel avenir comme Impossible Foods ou Beyond Meat. Nous sommes vraiment passionnés par la foodtech et sommes persuadés que ce secteur recèle un fort potentiel de développement. Five Seasons Ventures privilégie aujourd’hui toutes les initiatives en faveur de l’alimentation correspondant aux attentes des clients pour la naturalité, le bien-être, le bio et les aliments sur-mesure. La capacité à développer une stratégie orientée vers les réseaux sociaux pour construire une solide base de clients et le e-commerce pour vendre ses produits est un atout décisif. C’est ce qu’attendent aujourd’hui les clients, que ce soit pour l’alimentation des enfants, des adultes et même des animaux domestiques. Et une fois les produits connus par les clients en ligne, c’est plus facile pour convaincre les acheteurs de la grande distribution de les mettre dans leurs magasins.
Le confinement et la crise économique prévue change-t-elle votre politique d’investissement ?
Le confinement a été positif pour nos investissements qui privilégient tous le e-commerce. Ce canal de distribution a été plébiscité par les consommateurs, et nous n’avons pas rencontré de difficulté pendant cette période, bien au contraire. Nous allons donc continuer de privilégier le « direct consumer ».
Reste à savoir comment les consommateurs vont se comporter s’ils ont moins d’argent à dépenser dans les prochains mois. Je pense qu’ils vont tout de même poursuivre leurs achats car il s’agit d’alimentation, un besoin vital, et de produits premium, certes, mais qui restent accessibles à un grand nombre de clients. Le e-commerce a beaucoup séduit les clients et ils vont continuer à faire leurs courses en ligne. Et lors de la crise de 2008, on a vu que les clients n’hésitaient pas à dépenser un peu plus en alimentaire pour se faire plaisir.
Nous regardons aussi de plus près les compléments alimentaires. L’attente pour renforcer ses défenses immunitaires, comme on le voit en cas d’épidémie, est de plus en plus forte.
L’alimentation animale a aussi beaucoup de potentiel pour nous. Les maîtres de chiens et chats sont de plus en plus attentifs à la santé de leurs compagnons, et on constate beaucoup de problèmes d’obésité chez des animaux trop sédentaires et mal nourris. L’alimentation animale saine et sur-mesure est une tendance forte, comme le e-commerce qui est bien adapté à ces produits. Et le secteur est très rentable.
En revanche, nous sommes plus réservés sur la restauration, un secteur auquel nous étions ouverts avant la crise. Les valorisations sont plus faibles aujourd’hui, mais nous ne sommes pas intéressés pour y investir en ce moment.
76 millions d’euros levés par Fives Seasons Ventures
Depuis son lancement à Paris en 2018 par Niccolo Manzoni et Ivan Farneti, Five Seasons Ventures a collecté 76 millions d’euros auprès de BPI France, le Fonds italien d’investissement, Nestlé, un groupe agroalimentaire britannique et une dizaine de family offices européens. Le fonds cible les entreprises de la foodtech européenne qui ont débuté une activité commerciale ou même en phase d’amorçage si le potentiel est exceptionnel. Les prises de participation en capital oscillent entre 2 et 4 millions d’euros pour un premier investissement en coopération avec d’autres investisseurs, mais le fonds affirme pouvoir aller jusqu’à 12 millions d’euros dans chaque société. Le fonds, qui est investi progressivement, a pris des participations dans sept entreprises : le suisse Yamo (alimentation infantile fraîche), le français La Fourche (distribution de produits biologiques en ligne), les allemands YFood (solution de repas liquide ou en barres) et Juste Spices (mélanges d’épices), les britanniques Butternut Box (alimentation sur mesure pour animaux domestiques), This (simili viande) et Tropic Biosciences (biotechnologies) et l’italien Cortilia (livraison à domicile de produits fermiers).