Nicolas Hulot a été nommé, le 17 mai, ministre de la Transition écologique et solidaire du gouvernement d’Edouard Philippe. Ce proche du monde des ONG environnementales est aussi estimé par le monde agricole pour sa qualité d’écoute. Il va devoir en faire usage : néonicotinoïdes, stockage de l’eau, Notre-Dame-des-Landes, nitrates… les dossiers à traiter sont nombreux et souvent sensibles.
« Ce ministère vaut bien mieux que l’appellation environnement, écologie ou développement durable. C’est le ministère du futur, du vivant, de la biodiversité. C’est le ministère de la solidarité », a déclaré Nicolas Hulot, ministre d’État de la Transition écologique et solidaire, lors de la passation de pouvoirs avec l’ancienne ministre Ségolène Royal, le 17 mai. Après avoir refusé cette place proposée par les trois derniers présidents de la République, l’homme de 63 ans a finalement accepté d’être aux manettes de l’environnement pour le quinquennat d’Emmanuel Macron. Il est même ministre d’État, se plaçant comme troisième homme du gouvernement d’Edouard Philippe.
Un homme « à l’écoute »
Le monde agricole n’est pas une terre inconnue pour l’ancien animateur de l’émission Ushuhaï. « Nous avons travaillé ensemble sur le Grenelle de l’environnement et sur deux conférences environnementales », raconte Pascal Férey, secrétaire adjoint de l’APCA (chambres d’agriculture). Pour lui, Nicolas Hulot est une personne « à l’écoute et facile d’approche ». Cette ouverture lui a permis aussi lors de la COP21 de travailler avec les professionnels agricoles lors d’un colloque organisé par Interbev et le Cniel auquel il avait participé. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA se souvient : « Il a mesuré que l’agriculture était en transition ». Il a tenu « un discours équilibré », estime-t-elle.
L’homme de la réconciliation ?
Néanmoins, il subsiste des points de divergences entre les professionnels de l’agriculture et ceux de l’environnement. Christiane Lambert souhaite rencontrer Nicolas Hulot : « Je suis une femme de débat. Nous ne serons pas d’accord sur tout, mais nous pouvons trouver une voie médiane ». Le ministre de la Transition écologique, à écouter les professionnels, pourrait réconcilier agriculture et environnement. Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, se rappelle aussi avoir rencontré Nicolas Hulot, alors ambassadeur pour le climat lors de la COP21, sur une ferme en Auvergne : « Le travail avait été facile et fructueux. »
Il sera « très attentif » à la Pac
Outre sa qualité d’écoute, Nicolas Hulot est qualifié par le directeur de la LPO Allain Bougrain Dubourg de « convaincant et de convaincu ». Il devrait d’ailleurs en user dans les affaires européennes relatives à la transition écologique. Allain Bougrain Dubourg qui s’est entretenu avec Nicolas Hulot le soir de sa nomination, affirme que le ministre sera « très attentif aux négociations sur la Politique agricole commune ». Habituellement, la Pac est surtout dans le giron du ministère de l’Agriculture et de Bercy, mais selon le président de la LPO, Nicolas Hulot entend faire porter la voix du ministère de la Transition écologique et solidaire dans les positionnements français sur la Pac à Bruxelles. Il affirme aussi que le ministre aura une attention particulière à « la cause animale ».
Rassembler sera un défi
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Plusieurs dossiers sont déjà sur le bureau de Nicolas Hulot. Selon Pascal Ferrey, ils sont nombreux : nitrates, stockage de l’eau, définition des cours d’eau, phytos, qualité de l’air, accord climatique, méthanisation, biotechnologies, Agence française de la biodiversité et d’autres encore. Le monde agricole est plutôt en attente sur le travail que va réaliser Nicolas Hulot. Quant aux associations environnementales, elles saluent cette nomination (lire l’encadré). Mais Nicolas Hulot va aussi devoir travailler dans un gouvernement où les divergences sur certains de ses dossiers ne devraient pas lui faciliter la tâche. À titre d’exemple, le Premier ministre Edouard Philippe avait voté contre la loi sur la transition énergétique et contre la loi sur la biodiversité, deux textes portés par l’ancienne ministre Ségolène Royal dont le travail « accompli » a été salué par Nicolas Hulot lors de la passation.
Dès le 18 mai, Nicolas Hulot a recruté Michèle Pappalardo comme directrice de cabinet (lire l’encadré). Le monde agricole doit attendre beaucoup de cette nouvelle équipe. Dans l’immédiat, il va devoir se faire la main avec le dossier Notre-Dame-des-Landes. Jacques Mézard, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a rappelé le 18 mai sur France Info qu’il est favorable au projet, en s’affirmant comme « un homme de droit » et mettant en avant des « décisions de justice qui vont dans le même sens depuis des années ». Le même jour, le chef du gouvernement a annoncé qu’il y aura un « médiateur » pour « étudier l’ensemble des options et, ensuite, prendre une décision qui sera assumée, qui sera claire ». Dans ce contexte, Pascal Canfin, directeur du WWF, a estimé « impensable » la poursuite du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avec Nicolas Hulot au gouvernement. Le principal intéressé n’a pas encore réagi, mais sa position est connue. Il a toujours été opposé à ce projet, mais avait affirmé qu’on ne pouvait pas « ne pas tenir compte » du résultat du référendum de juin dernier favorable à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Pour Nicolas Hulot, rassembler sur des sujets si sensibles sera un véritable défi.
Christiane Lambert : « Nicolas Hulot a mesuré que l’agriculture était en transition. »
Une nomination qui divise
« Pour les chasseurs, c’est la douche froide », réagit Thierry Coste, conseiller politique à la Fédération nationale des chasseurs (FNC), le 17 mai. L’organisation qualifie le nouveau ministre « d’anti-chasseur » et s’inquiète des dossiers comme celui de la police de la nature et de l’Agence française de la biodiversité, à laquelle ils envisageaient d’adhérer. « Mais les conditions ne semblent plus être réunies avec la nomination de N. Hulot », soupire-t-on à la FNC qui va demander un rendez-vous avec le président de la République. Au contraire, pour la Ligue pour les oiseaux, sa nomination est « un signal positif ». Même enthousiasme pour le Syndicat des énergies renouvelables : Jean-Louis Bal, son président, affirme que « cette transition constitue une formidable opportunité de progrès économique, social et sociétal. » Et de nuancer : « Beaucoup a été fait ces dernières années, mais le chantier reste immense ». Quant aux agriculteurs, ils ne souhaitent pas « juger a priori », selon les termes de Pascal Férey, secrétaire adjoint de l’APCA qui ajoute que le ministre de l’Ecologie sera invité à visiter une exploitation agricole en conventionnel. C’est aussi l’idée portée par Philippe Pinta, président de l’AGPB : « On souhaite le rencontrer en lui montrant notre travail concrètement. » Sur le dossier des phytos, il affirme que les céréaliers sont « prêts à des avancées […] mais ne veulent pas d’impasse. »
Michèle Pappalardo, nommée directrice de cabinet de Nicolas Hulot
« Michèle Pappalardo vient d’être nommée directrice de cabinet de Nicolas Hulot », a affirmé Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour les oiseaux, à Agra, le 18 mai. Responsable du Commissariat général au développement durable de 2008 à 2011, elle avait déjà été directrice de cabinet du ministre de l’Environnement Barnier de 1993 à 1995. Familière du ministère du boulevard St-Germain, cette ancienne élève de l’ENA a aussi été présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de 2003 à 2008.