Abonné

Forêt-Bois Nicolas Sarkozy veut amplifier l’utilisation du bois dans la construction et l’énergie

- - 5 min

Il n’est « pas normal » d’avoir attendu « si longtemps » pour développer la filière bois, a déclaré le président de la République lors d’un déplacement en Alsace. Présentant un plan d’action en faveur de la valorisation de la forêt française, Nicolas Sarkozy a notamment annoncé la hausse du tarif d’achat de l’électricité issue de la cogénération à partir de bois.

«Le bois, c’est l’économie nouvelle, c’est l’économie de demain ». C’est un véritable plaidoyer en faveur de la filière bois que le président de la République a délivré le 19 mai lors d’un déplacement à Urmatt (Bas-Rhin). « La filière bois, c’est une filière que, d’une certaine façon, on a laissé un peu mourir », a expliqué le chef de l’Etat devant une centaine de salariés de l’entreprise de sciage Siat Braun située à une quarantaine de km de Strasbourg, sur la commune d’Urmatt. « La balance extérieure de la France pour l’ensemble de la filière du bois et de l’ameublement affiche un solde négatif de plus de 6 milliards d’euros en 2008. C’est le deuxième poste de déficit commercial français, après celui de l’énergie », a insisté Nicolas Sarkozy, entouré de Jean-Louis Borloo, Michel Barnier, Chantal Jouanno, Luc Chatel, et Jean Puech auteur d’un récent rapport sur la filière bois dont l’Elysée s’est inspiré pour faire ses propositions. « Notre forêt n’est pas assez exploitée, nos scieries n’ont pas assez de travail », selon le président de la République. Et dans la compétition actuelle, les entreprises françaises font pâle figure. De fait, malgré sa position de premier site de sciage français de résineux, le site de Siat Braun pointe… au 25 e rang européen.

Fonds d’investissement

Le défi est également de taille au plan énergétique. La France va devoir fournir 23% de sa consommation énergétique à partir des énergies renouvelables d’ici 2020, contre 9% aujourd’hui. La filière bois devra à elle seule fournir plus du tiers de l’effort, « soit l’équivalent de l’énergie produite par 6 centrales nucléaires ». Dans les faits, cela se traduira par la nécessité de sortir 21 millions de m 3 de bois supplémentaires d’ici 2020. Dans cette optique, et afin d’améliorer les dispositifs déjà en place, le tarif d’achat de l’électricité produite par des unités de cogénération bois de taille moyenne sera doublé « et si nécessaire » triplé. Ce tarif est actuellement fixé à 50€/MWh. Aucun calendrier n’est toutefois précisé. Par ailleurs, les procédures d’appel d’offre de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour les plus grandes unités de production d’électricité à partir de biomasse seront simplifiées « dans un souci d’une plus grande réactivité » des unités de cogénération bois. Ces appels d’offre seront renouvelés chaque année à date fixe. Enfin, un fonds stratégique d’investissement consacré aux entreprises de la construction en bois et de la valorisation énergétique sera créé. Abondé en majorité par des opérateurs privés (Crédit agricole, Eiffage, ONF, Fonds stratégique d’investissement, filiale de la Caisse des dépôts), ce fonds débloquera une première tranche de 20 millions d’euros dès 2009. Le gouvernement souhaiterait voir ce fonds doté, à terme, de 100 millions d’euros. « Il faut restructurer la filière. Vous ne pouvez rester dans votre coin », a déclaré Nicolas Sarkozy devant les professionnels.

Isoler les maisons avec du bois

Le bois, c’est aussi la construction. Dans ce domaine, la France a une consommation trois fois moindre que les Etats-Unis et cinq fois moindre que la Finlande ou le Japon, a souligné le chef de l’Etat. Afin d’inverser la tendance, le gouvernement entend multiplier par dix le seuil minimum d’utilisation obligatoire de bois dans les constructions neuves en 2010. Autre chantier d’importance, l’isolation thermique à partir de bois : toute réalisation d’une isolation extérieure en bois ne créant ni surface, ni volume habitable sera exemptée de dépôt de permis de construire et soumise à une simple déclaration préalable. Aucune date de mise en application n’est cependant annoncée. Par ailleurs, l’expérimentation d’un marché financier visant à valoriser le stockage de carbone dans les produits en bois sera lancée. Il est demandé à Jean-Louis Borloo et Christine Lagarde de travailler à l’élaboration d’un tel mécanisme que le gouvernement français pourra promouvoir fin 2009 à Copenhague, lors des prochaines négociations internationales sur la convention Climat des Nations Unies.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

électricité
Suivi
Suivre
économie
Suivi
Suivre

Enfin, deux des annonces présidentielles visent à encourager l’exploitation forestière. La première a trait aux aides publiques et aux exonérations fiscales octroyées aux propriétaires forestiers privés. A partir de 2010, ces aides seront « conditionnées à l’exploitation effective de la forêt ». Par ailleurs, l’Office national des forêts (ONF) pourra proposer – dans le respect du droit de la concurrence – un mandat de gestion annuel aux propriétaires privés de forêt non exploitée.

Un comité de suivi des décisions annoncées ce 19 mai sera créé, a déclaré le chef de l’Etat. Associant tous les ministres concernés, il devra faire un bilan d’ici un an.