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Mathilde Hignet, salariée agricole et députée LFI-Nupes « Notre poids va être nettement plus important »

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À 29 ans, Mathilde Hignet a été élue députée dans sa circonscription d’Ille-et-Vilaine sous l’étiquette La France insoumise-Nupes. Cette salariée agricole a tiré ses convictions de l’expérience de ses parents, installés en agriculture biologique depuis plus de 25 ans, et de ses engagements associatifs. Elle a fait de l’installation des jeunes l’une de ses priorités.

Quel a été votre parcours professionnel et militant, et quelle place y occupe l’agriculture ?

Je suis fille de paysans et ouvrière agricole sur la ferme familiale. Mes parents sont installés en agriculture biologique depuis plus de 25 ans en Ille-et-Vilaine. Mon engagement vient de là. S’installer en bio à l’époque, c’était un acte militant. C’est une ferme à taille humaine de 70 hectares, en agriculture diversifiée. Nous avons des vergers, des cultures de céréales et de pommes de terre. Nous mettons en commun notre production avec d’autres agriculteurs locaux pour les vendre via une plateforme en ligne. Cela participe au développement des circuits courts sur le territoire.

Je souhaite reprendre la ferme familiale. J’ai eu un bac STAV (sciences et technologie de l’agronomie et du vivant) et j’ai fait un certificat de spécialisation « Tourisme vert ». Au lycée, je me suis engagée au sein du MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne). J’ai aussi été salariée de l’association pendant deux ans dans les Côtes-d’Armor. J’ai travaillé au sein du conseil d’administration national sur l’installation des jeunes en agriculture. J’ai également participé aux manifestations contre la Ferme des mille vaches ou l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Je me suis engagée petit à petit dans LFI, grâce à des rencontres.

L’agriculture sera-t-elle votre préoccupation principale en commission des Affaires économiques ?

C’est un sujet qui m’intéresse et que nous avons porté lors de la campagne. L’agriculture fera partie de mes préoccupations, mais il ne faut pas déconnecter ce sujet de tous les autres sujets essentiels du milieu rural : le logement, l’énergie, les transports, le service public, les salaires… Aujourd’hui, des familles doivent faire des choix entre se loger ou s’alimenter : elles vont privilégier le logement et rogner sur l’alimentation, ce qui a forcément un impact sur l’agriculture. Tous les sujets sont liés.

Quels sont vos combats dans le domaine agricole ?

D’abord, l’installation. Il y a trois départs à la retraite pour une installation. Il faut redonner envie aux jeunes de s’installer. Il y a certainement un problème d’adéquation entre les fermes à reprendre – qui sont parfois très grandes – et les projets des jeunes qui veulent s’installer sur des projets alternatifs, de plus petites structures. Cela passe aussi par l’enseignement agricole. Il faut intégrer plus de formations sur l’agriculture agroécologique et la diversité des modèles dans les programmes, au vu des enjeux climatiques. Il faut aussi donner plus de moyens à l’enseignement public agricole.

Ensuite, il y a un changement de vision à avoir sur la Pac qui structure fortement les modèles de production. Le PSN (plan stratégique national, déclinaison française de la future Pac, NDLR) a été retoqué, puis modifié. Nous allons devoir en débattre au sein du Parlement.

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Quelle sera votre attitude vis-à-vis des chantiers parlementaires du gouvernement en matière d’agriculture ?

Le gouvernement parle d’une loi agricole pour 2023. On va regarder les contours et les ambitions du texte. Sans vouloir faire de procès d’intention, le ministre Marc Fesneau – que je ne connais pas encore bien – vient d’une région où les grandes cultures ont un poids important. Je serai attentive à ce que l’élevage ne passe pas à la trappe.

Nous voudrions également que le traité de libre-échange UE/Nouvelle-Zélande soit débattu au Parlement. Il y a eu une proposition dans ce sens. Ce n’est pas possible de signer un traité de libre-échange sans que cela soit débattu dans l’hémicycle.

Et par rapport aux propositions des députés d’autres groupes parlementaires ?

Ma méthode de travail sera d’abord de rencontrer les syndicats agricoles, les structures, les associations, les paysans et les paysannes. Je veux faire un état des lieux de la situation, entendre ce que chacun a à dire, puis voir ce qu’on fait pour améliorer les choses. J’attends de voir les sujets que porteront mes collègues parlementaires dans les mois à venir. Si leurs propositions permettent d’améliorer la vie des paysans, on verra.

Percevez-vous le départ de députés de la majorité présidentielle engagés sur les questions agricoles comme une opportunité pour votre groupe ?

Les politiques agricoles qui ont été portées jusqu’à aujourd’hui ne sont pas satisfaisantes. Les députés LFI sont désormais nettement plus nombreux au sein de la commission des Affaires économiques à porter ces sujets d’agriculture et de rémunération des agriculteurs. Je pense à Aurélie Trouvé et Bénédicte Taurine. Et au-delà des Affaires économiques, il y a des députés comme Loïc Prud’homme dans la commission Développement durable. Notre poids va être nettement plus important.

Vous avez voté contre le projet de loi pouvoir d’achat, adopté en première lecture par l’Assemblée. Quelles mesures défendez-vous dans ce domaine, et particulièrement sur l’alimentaire ?

Ce projet de loi ne va pas dans le bon sens. Il faut augmenter les salaires. De nombreux Français font le choix de réduire leur budget alimentation, en particulier sur les fruits et légumes. Ils se tournent vers des produits moins chers, non bio. Résultat : certains maraîchers ont énormément de fruits et légumes sur les bras. Ne pas vouloir bloquer les prix et augmenter les salaires, ça a un impact sur les producteurs français.

« Il faut redonner envie aux jeunes de s’installer »

« Je serai attentive à ce que l’élevage ne passe pas à la trappe »