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Alimentation Nourrir le monde en 2050 nécessite l’augmentation de 28% de la production

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Nourrir le monde en 2050 ? C’est possible, sans augmentation excessive des rendements ni déforestation répondent les chercheurs de l’Inra et du Cirad. Mais cela suppose une modification profonde des modes d’alimentation dans les pays du nord et une meilleure organisation des filières au sud.

Les dernières conclusions de l’outil prospectif de l’Inra et du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), Agrimonde, montrent qu’il serait possible de nourrir la population mondiale en 2050 en augmentant de 28% « seulement » la production mondiale. Les résultats finaux de cette vaste étude lancée en 2006 ont été présentés le 9 octobre lors d’un colloque scientifique à Montpellier. Les chercheurs estiment qu’au rythme actuel de la croissance économique l’agriculture pourra nourrir le monde au prix d’une dégradation très importante de l’environnement. Par contre en changeant les modes de consommation des pays de l’OCDE, l’agriculture dite à haute valeur environnementale pourrait répondre aux enjeux alimentaires de 2050.

30% de pertes alimentaire dans le monde
« Pour la FAO il faut augmenter la production mondiale de 70% pour nourrir le monde en 2050 ce qui passe principalement par une augmentation des rendements », a expliqué Gérard Matheron, directeur général du Cirad, lors d’une conférence de presse mercredi 7 octobre, « mais selon nous ce n’est pas aussi simple, il n’y a pas que les rendements ». Selon des études récentes prises en compte par l’outil Agrimonde, les pertes alimentaires au niveau mondial s’élèveraient à 30%. Ce chiffre recouvre les pertes au champ et dans les silos pour les pays du sud, et les pertes dans l’industrie et chez les consommateurs au nord. Réduire ces pertes peut constituer un des principaux leviers pour nourrir les 9 milliards d’habitants prévus en 2050. Cela demande d’importants investissements en matière d’infrastructure de stockage, de transport, de transformation industrielle ou encore de santé (lutte contre la suralimentation).

Transformer les pâturages en cultures vivrières
Pour y arriver, les chercheurs de l’Inra et du Cirad posent comme condition que le régime alimentaire mondial s’établisse à 3000 kilocalories par jour dont 500 d’origine animale. Un chiffre très inférieur aux 4000 Kcal ingérés en moyenne dans les pays de l’OCDE actuellement dont plus du quart est d’origine animale. Pour limiter la déforestation, les scientifiques imaginent une diminution des surfaces de pâturage au profit des cultures vivrières. « Mais cela suppose que les règlements internationaux soient pensés dans une optique de sécurité alimentaire et pas seulement de libéralisation », a précisé Marion Guillou, p. -d. g. de l’Inra, car l’Afrique et le Moyen-Orient resteront de toute façon en déficit structurel de production alimentaire et auront besoin des importations. Et d’insister : « Le premier facteur limitant pour nourrir la planète c’est avant tout l’organisation ». Au-delà de l’aide à la décision pour la gouvernance mondiale, ces travaux vont servir à orienter les recherche à venir des deux instituts en matière d’alimentation durable.

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