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Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne « Nous attendons une parole du ministre sur les fourrages et la méthanisation »

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Les dossiers s’accumulent déjà en cette rentrée pour la Confédération paysanne, des crises sanitaires à la sécheresse en passant par les luttes de longue date pour la régulation de la méthanisation ou en faveur de parcours alternatifs d’installation. Le syndicat prépare les lois à venir sur le revenu, l’installation et l’énergie, en tentant de consolider ses liens avec les parlementaires comme avec l’administration.

Quels sont pour votre syndicat les dossiers prioritaires en cette rentrée ?

Nous allons poursuivre le travail lancé en début d’année. Il y a bien sûr l’enjeu du revenu paysan, qui n’est toujours pas réglé. On nous parle d’une loi Egalim 3, et il y a eu des travaux avec la commission des affaires économiques à l’Assemblée, mais l’inflation rend toujours la situation compliquée dans beaucoup de fermes. Nous lions ces questions de revenu à la sécurité sociale de l’alimentation : on ne peut pas demander d’augmenter les prix des produits agricoles, sans réfléchir à l’accessibilité de l’alimentation. Nous restons aussi vigilants sur l’agrivoltaïsme, la méthanisation, la grippe aviaire, et sur les projets de megabassines en Charentes.

Alors que le sort du chèque alimentaire demeure incertain, des élus vous suivent-ils sur la notion de sécurité sociale de l’alimentation ?

Sans vraiment préciser les contours du dispositif, les députés de la Nupes l’avaient mis dans leur programme. Nous devons continuer d’échanger avec eux, mais aussi avec la députée Sandrine Lefeur [Finistère, LREM, ndlr] qui avait fait un rapport sur la souveraineté et continue de travailler sur ces sujets. Nous avons organisé un colloque à Tours récemment, et nous porterons nos propositions dans les débats autour du chèque inflation, ou même de la nouvelle loi Egalim.

Quelle doit être la réponse du gouvernement après la sécheresse estivale ?

Nous avons profité du Space, à Rennes, pour interpeller le ministre en défendant des aides d’urgence à l’actif. Nous espérons que cette aide ciblera les territoires et les filières les plus en difficulté, notamment l’élevage et le maraîchage, avec des montants entre 4 000 € et 6 000 € par actif. Ce type de dispositif n’est pas tabou : le ministère l’a déjà fait pour la grêle ou le gel, pour des territoires précis. Mais il n’y aura pas de budget pour avoir des aides significatives pour un trop grand nombre de paysans, et il faudra donc cibler rapidement et équitablement les fermes, éventuellement en excluant les grandes cultures et la viticulture.

Concernant l’élevage, nous appelons également à limiter la spéculation sur les fourrages, en encadrant les prix. Nous avons aussi toujours plaidé pour un moratoire sur la méthanisation, qui pose particulièrement problème dans ces périodes de sécheresse. Nous attendons donc sur ce point un signal, une parole du ministre. Pendant des étés comme celui que nous venons de traverser, il n’est pas cohérent de mettre dans les méthaniseurs du maïs ou de la paille, alors que les éleveurs peinent à alimenter leur bétail.

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Qu’attendez-vous des discussions autour du renouvellement des générations annoncées par le président aux Terres de Jim ?

Se rendre aux Terres de Jim pour la deuxième année consécutive, et espérer y parler à l’ensemble du monde agricole nous a paru surprenant. Au téléphone, la veille, le ministre de l’Agriculture m’a cependant confirmé que les discussions seront assez larges, et que tout ne relèvera pas du cadre législatif.

Dans les réflexions que nous commençons à mener, il y a bien sûr l’enjeu foncier. La loi Sempastous n’a toujours rien résolu de ce côté-là. Nous attendons aussi plus de soutiens aux réseaux alternatifs d’installation. La Cour des comptes dans un rapport récent a souligné l’efficience de ces réseaux, et notamment des Adear que nous animons, mais nous restons le parent pauvre des fonds Casdar, qui partent toujours en grande majorité dans les structures de la Coopération agricole et des chambres.

Nous travaillons également sur la fiscalité agricole, qui a une incidence forte pour les jeunes qui s’installent. Et nous discutons avec les autres syndicats sur la formation, et l’attractivité du métier de manière plus générale. La perspective des élections aux chambres, en 2025, pourrait cependant compliquer les échanges.

Comment la planification écologique doit-elle pour vous se traduire dans le secteur agricole ?

Nous devrions prochainement rencontrer le secrétariat général à la Planification écologique, et nous aurons de nombreuses choses à leur souffler. Il y a bien sûr les sujets prioritaires de l’installation et du revenu, mais aussi l’encadrement de la production d’énergie et des marchés agricoles. Car pour nous, la planification écologique sera impossible si l’on continue de tout confier au marché, comme c’est le cas actuellement avec le carbone. Nous avons parallèlement repris contact avec l’Office français de la biodiversité, et nous aurons certainement des choses intéressantes à faire ensemble.

« On ne peut pas augmenter les prix des produits agricoles, sans réfléchir à l’accessibilité »