Abonné

Crédit agricole « Nous sommes prêts à lancer l’assurance récolte au 1er janvier »

- - 8 min

Le 26 octobre, la Fédération du Crédit agricole se retrouve en congrès à Tours. Objectif : définir les grandes lignes d’une stratégie visant à impulser un développement accéléré des caisses régionales. Une manière d’annoncer qu’après trois années de développements majeurs en matière de croissance externe (l’acquisition du Crédit lyonnais) et de capital (la mise en bourse de Crédit agricole SA), l’heure est maintenant au développement de la « banque de détail » en France, c’est-à-dire du réseau des caisses de Crédit agricole. La stratégie vis-à-vis du marché de l’agriculture tient une place de choix dans ces objectifs. La banque verte est, en particulier, « prête à lancer l’assurance récolte au 1er janvier 2005 » si les pouvoirs publics confirment leur intention de soutenir le lancement de ce produit qui doit remplacer à terme la procédure des calamités agricoles. Interview du président et du secrétaire général de la Fédération du Crédit agricole (FNCA) : Jean-Marie Sander et Yves Couturier.

Le titre de votre congrès qui se tient à Tours porte sur le « pacte de développement « des caisses régionales. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Jean-Marie Sander : Chaque congrès est l’occasion de donner une impulsion nouvelle à nos organisations. Ce fut le cas lors du dernier congrès, à Lille, qui a jeté les bases de règles nouvelles en matière de gouvernance. Depuis, nous n’avons cessé de mettre en place ce qu’on avait décidé. Cette année, il s’agit de donner une nouvelle accélération au développement du Crédit agricole en France.

Les résultats financiers du réseau sont pourtant bons en général et constituent même le noyau stable quand les autres activités de la banque deviennent moins profitables, non ?

Yves Couturier : Notre motivation n’est pas uniquement financière, même si les caisses régionales contribuent pour 56 % aux résultats du groupe. L’objectif est stratégique et résulte d’une analyse de nos marchés où il y a des marges de développement considérables résultant de notre proximité avec nos clients. Il y a dix ans, certains pronostiquaient la disparition des guichets, cela ne s’est pas produit et nous avons depuis développé de nouvelles formes de proximité.

Alors comment définissez-vous votre développement pour demain ?

Yves Couturier : Il y a trois types de développements possibles sur lesquels nous allons travailler. Le premier peut se résumer en une stratégie de conquête du milieu urbain. On n’a pas réalisé encore dans les zones urbaines ce qu’on a réussi à faire dans le monde rural. Il ne s’agit pas de quitter le rural pour l’urbain, il s’agit de se développer dans les zones les plus habitées des grandes agglomérations. En deuxième lieu, nous pouvons faire beaucoup mieux sur certains métiers comme l’assurance. Nous sommes en train de réussir dans l’assurance agricole, par exemple. Il n’y a pas de raison qu’on ne réussisse pas aussi dans d’autres domaines et sur d’autres marchés. Enfin, le troisième pôle de développement concerne les activités pour lesquelles l’État, qui était historiquement unique maître d’ouvrage, ne peut plus assumer seul son rôle : il s’agit de la retraite, de la prévoyance, de la dépendance, par exemple, si on parle des services destinés aux personnes. Mais il s’agit aussi de jouer un rôle sur des financements de projets. Un exemple : de plus en plus, lorsqu’il s’agit de construire des gendarmeries, les collectivités font appel à des entreprises privées qui vont concevoir, financer et construire des bâtiments utilisés ensuite par les gendarmes. On peut tout à fait jouer un rôle en tant que financiers dans ce genre de projets.

Vous parlez en premier lieu des zones urbaines. Mais le réseau bancaire n’y est-il pas déjà saturé ?

Jean-Marie Sander : Il est parfois saturé si l’on considère le cœur des grandes agglomérations, où il n’est pas rare de trouver jusqu’à dix agences ou automates bancaires sur moins de 500 mètres de rues. Mais ce n’est pas du tout le cas dans les zones périphériques. Or, c’est là que les gens viennent vivre, de plus en plus, soit qu’ils viennent de la campagne, soit qu’ils quittent le centre-ville.

Pourquoi ne pas avoir une approche commune avec le Crédit lyonnais ?

Jean-Marie Sander: Lors de l’acquisition du Crédit lyonnais, on a fait le choix de garder les deux enseignes en situation de concurrence. On va se développer tous les deux et cela profitera au groupe dans son ensemble.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

assurance récolte
Suivi
Suivre

En ce qui concerne vos nouveaux métiers et notamment l’assurance, où en êtes-vous en ce qui concerne les assurances agricoles ?

Yves Couturier: Après 18 mois d’existence, et bien qu’elles n’aient été lancées simultanément dans toutes les Caisses, nos assurances agricoles comptent déjà 160 000 contrats, et soit 6 % de part de marché. Notre objectif est de 30 % de part de marché après dix ans d’existence. C’est un début très prometteur. On a réussi à faire la preuve de notre compétitivité et de notre qualité dans le traitement des dossiers. Aujourd’hui, l’offre d’assurance agricole existe dans toutes les caisses.

Le lancement de votre assurance récolte est-il pour bientôt ?

Jean-Marie Sander : Nous sommes prêts à lancer les premiers contrats au 1er janvier prochain sous réserve que deux points soient réglés : d’une part le taux de subvention de l’État. Il a annoncé que 10 millions d’euros seraient affectés dans la loi de finances à cet effet, mais il faut encore qu’il nous indique de quelle manière il alimentera le système au fur et à mesure de sa montée en régime ; d’autre part, il faut se mettre d’accord sur le taux de franchise pris en référence pour le soutien. Celui-ci devra se situer aux environs de 20 %, sinon cela ne marchera pas.

Quelle devrait être la participation de l’État sur une année pleine ?

Jean-Marie Sander : Entre 150 et 200 millions d’euros environ, ce qui reviendrait moins cher à l’État que le système actuel de calamités agricoles qui lui a tout de même coûté 600 millions d’euros l’an dernier.

Vous disiez que votre troisième axe de développement concernait les domaines dans lesquels l’Etat ne peut plus agir seul. De quoi s’agit-il et où en êtes-vous ?

Yves Couturier: L’assurance récoltes en est un bon exemple ! Mais s’agissant des particuliers, il s’agit surtout des produits d’assurance santé, de retraite ou de prévoyance. Nous avons réalisé de belles performances dans ces domaines. Sur le Perp, ou plan d’épargne retraite populaire, 36 % des Perp signés l’ont été avec le Crédit agricole. En ce qui concerne la retraite complémentaire en agriculture, nous réalisons une part de marché de 53%. On a aussi une part de 30 % en prévoyance décès et de 40 % en garantie contre les accidents de la vie. Les gens veulent plus de sécurité aujourd’hui, et il est logique qu’ils s’adressent pour cela à leur banquier.

Tous ces développements concernent les personnes privées. En ce qui concerne les entreprises agroalimentaires, votre caractère de banque plus universelle ne vous conduit-il pas à moins privilégier qu’avant les IAA ?

Jean-Marie Sander: Non. L’agroalimentaire reste un des grands secteurs d’intervention pour le Crédit agricole. Mais cette activité est en pleine mutation. Il va y avoir une restructuration des IAA, débouchant sur une économie plus ouverte, tenant compte notamment de l’élargissement de l’Europe. Quand je vois que dans certaines régions, il est possible de trouver encore six ou sept coopératives qui se font concurrence face à un acheteur, je dis que c’est dangereux. Les entreprises doivent se regrouper ou s’associer. On a, en France, deux grands atouts : la diversité de la production et l’importance du marché intérieur. Mais cela n’exonère pas l’industrie agroalimentaire de l’obligation de faire mouvement et de se restructurer et le Crédit agricole sera à ses côtés pour accompagner ce phénomène.