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Nouveau record d’investissement dans la foodtech à prévoir en 2021

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Dans son dernier rapport, Digital Food Lab propose un tour d’horizon des investissements dans la foodtech européenne en 2020. En plus de l’émergence des protéines alternatives, 2020 aura vu se dessiner une troisième vague de start-up de la foodtech. Et 2021 promet d'être encore une très bonne année pour les investissements dans la foodtech européenne.

Alors qu’on pouvait craindre un ralentissement des investissements dans la foodtech pendant la pandémie de Covid-19, les start-up européennes ont égalé leur performance record de 2019 en levant 2,7 milliards d’euros en 2020. Selon Matthieu Vincent, partner à l’agence de conseil spécialisée dans la foodtech Digital Food Lab, cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas le résultat de quelques grosses levées de fonds : « Ce qui est notable, c’est qu’il y a eu moins de très grosses levées de fonds que les années précédentes. »

L’année 2020 aura notamment vu l’émergence d’une troisième vague de start-up de la foodtech, caractérisée par « une plus grande variété » de l’offre, de la livraison aux protéines alternatives en passant par les cloud kitchen et la robotique. « Mais la vraie différence est que ces start-up lèvent des fonds très importants dès les premiers mois d’activité, ce qui est nouveau en Europe », glisse Matthieu Vincent. Emblématique de cette troisième vague, la start-up britannique de cloud kitchen Karma Kitchen a levé 290 millions d’euros en série A en juillet 2020. La catégorie des cloud kitchen a bénéficié d’une bonne dynamique en 2020, portée par la hausse de la demande des livraisons de repas. Une activité qui pourrait bien se maintenir au-delà de la crise du Covid-19. « Sur les marchés où les restaurants ont déjà rouvert, comme les États-Unis, l’usage continue, remarque Matthieu Vincent, les cloud kitchen sont plutôt une substitution de l’alimentation à la maison que du restaurant. » Cependant, la guerre des prix à laquelle se livrent certains peut mettre en péril le secteur, « c’est pourquoi beaucoup investissent sur leur marque, comme la start-up française Not So Dark qui propose des plats mis au point par des chefs », note Matthieu Vincent.

Bien que le Royaume-Uni domine toujours les investissements européens, les start-up françaises tirent aussi leur épingle du jeu. Elles ont levé 600 millions d’euros en 2020, contre 400 millions en 2019. Un succès porté par le secteur de la protéine d’insectes, qui représente 59 % des fonds levés par les start-up françaises en 2020. « Nous avons une génération de start-up françaises qui commencent à s’internationaliser, ce qui est une très bonne nouvelle, car c’était leur plus grosse faiblesse. »

Les protéines alternatives en croissance

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Alors que les années précédentes faisaient surtout la part belle aux start-up de la livraison et de l’agtech, 2020 a vu une hausse de 245 % des investissements dans la transformation. Une performance portée par l’engouement pour les protéines alternatives, par culture cellulaire, par fermentation ou à base d’insectes. Un secteur qui attire les investissements étrangers, permettant à l’Europe de combler son retard sur le reste du monde.

Parmi les levées importantes de la catégorie figurent le suédois spécialiste du lait végétal Oatly (183 millions d’euros), la start-up néerlandaise de bœuf in vitro Mosa Meat (70,7 millions d’euros) et le britannique spécialiste du simili de viande The Meatless Farm (25,7 millions d’euros). Selon Matthieu Vincent, « le végétal est un marché encore limité en Europe, il y a de la place pour beaucoup de nouveaux acteurs ». Cependant, alors que de nombreuses start-up de protéines alternatives par culture cellulaire ou par fermentation prévoyaient la commercialisation de leurs produits à l’horizon 2021, nombre d’entre elles ont maintenant repoussé cet objectif pour 2023. « Je pense que l’année sera rythmée par ces annonces, prédit Matthieu Vincent. Pour ces entreprises, il s’agit aujourd’hui de passer à la démonstration et de produire en grande quantité. » Peu de chances cependant de voir ces produits sur le marché européen, où l’agriculture cellulaire « n’aura sans doute pas la réglementation la plus favorable », reconnaît-il. D’après lui, les start-up du secteur choisiront plutôt une commercialisation « en Israël, en Chine, aux États-Unis ou à Singapour ».

En 2021, l’Europe semble bien partie pour battre un nouveau record d’investissement dans la foodtech. En effet, sur les quatre premiers mois de l’année, les start-up de livraison de courses ont déjà levé plus de 1,8 milliard d’euros, grâce notamment à d’importantes levées de fonds du finlandais Wolt (441 millions d’euros) et de l’allemand Gorillas (244 millions d’euros). « Ça en dit long sur le potentiel perçu par les investisseurs, résume Matthieu Vincent. Ça laisse présager de nouvelles offres sur ce marché. Je pense qu’en fin d’année on verra des nouvelles annonces de levées de fonds très importantes pour quelques acteurs et aussi sans doute quelques consolidations. »