Déjà soupçonnés d'être responsables de la disparition des abeilles, les néonicotinoïdes pourraient également nuire aux populations d'oiseaux et de vers de terre, estime un groupe international de chercheurs qui vient de publier les résultats de ses recherches. Aux Etats-Unis, le gouvernement fédéral demande une réévaluation de ces insecticides.
LES insecticides systémiques tels que les néonicotinoïdes ou le Fipronil, accusés de nuire à la santé des abeilles, auraient également des effets sur les vers de terre et les oiseaux, prévient un panel de 29 chercheurs internationaux réunis dans le cadre d'un groupe de travail spécialisé sur les pesticides systémiques (Task Force on Systemic Pesticides) dont les travaux ont été présentés le 24 juin. Cette évaluation, qui sera publiée en huit articles pendant l'été dans la revue Environmental Science and Pollution research, repose sur l'examen de quelque 800 études parues depuis une vingtaine d'années. Dans leurs conclusions, les auteurs plaident pour « durcir encore la réglementation sur les néonicotinoïdes et le Fipronil », et « commencer à planifier leur suppression progressive à l'échelle mondiale ou, du moins, à formuler des plans visant à réduire fortement leur utilisation dans le monde ». Les néonicotinoïdes et le Fipronil représentent environ 40% du marché mondial des insecticides agricoles.
UNE femme enceinte qui vit près d'une ferme utilisant des pesticides a un risque 66% plus élevé d'avoir un enfant autiste, ont découvert des chercheurs de l'université Davis de Californie, dans une étude publiée le 23 juin par la revue Environmental health perspectives. Les chercheurs montrent que les risques d'autisme sont d'autant plus élevés que le contact avec les pesticides se fait au deuxième et au troisième trimestre de la grossesse. Pour parvenir à ces résultats, les auteurs de l'étude ont confronté des données sur les utilisations de pesticides en Californie aux adresses de 1 000 personnes qui participaient à une étude sur les familles avec des enfants autistes. La recherche examine les liens entre le fait de vivre près d'un lieu où sont utilisés des pesticides et les naissances d'enfants autistes, mais elle n'en déduit pas une relation de cause à effet.
Cette nouvelle analyse montre que de nombreuses espèces animales sont touchées par ces molécules au premier rang desquelles les invertébrés terrestres, comme les vers de terre. Suivent les pollinisateurs (abeilles et papillons) puis les invertébrés aquatiques, comme les gastéropodes d'eau douce et les puces d'eau, les oiseaux, les poissons et les amphibiens. Les chercheurs précisent ne pas avoir de données suffisantes pour déterminer leur impact sur les mammifères et les reptiles, même si un « impact est probable » sur ces derniers.
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Les Etats-Unis s'inquiètent pour leurs abeilles
Aux Etats-Unis, la Maison blanche a demandé à l'Agence de protection de l'environnement (EPA) « d'évaluer l'effet des pesticides, y compris des néonicotinoïdes, sur la santé des abeilles et autres pollinisateurs, et de prendre des mesures le cas échéant » dans les 180 jours. Le décret signé par le président Barack Obama appelle également à la mise en place, dans les six prochains mois, d'une stratégie globale entre les différentes agences gouvernementales pour protéger les pollinisateurs en améliorant leur habitat. Le département américain de l'agriculture (USDA) a également débloqué, le 20 juin, 8 millions de dollars supplémentaires pour un programme mené dans certains Etats du Midwest pour développer de nouveaux habitats pour les abeilles
LE sénateur Joël Labbé (EELV) et le député Germinal Peiro (PS) ont déposé simultanément une proposition de résolution le 19 juin au Sénat et à l'Assemblée nationale, pour « une interdiction de toutes les utilisations des insecticides néonicotinoïdes neurotoxiques », selon un communiqué de l'Unaf (Union nationale de l'apiculture française), le 20 juin. 173 autres parlementaires se sont engagés à leurs côtés. L'Unaf attend une large adoption de la résolution par le Parlement. « Nous comptons sur le ministre de l'Agriculture pour que la France continue d'être moteur sur cette question auprès des autres pays de l'Union », rappelle Olivier Belval, président de l'Unaf.