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Bioéconomie Novamont prêt à investir dans une usine de bioplastiques en France

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L'entreprise italienne Novamont, spécialisée dans la chimie du végétal, s'est dite prête, à l'exposition universelle de Milan le 29 mai, à investir dans une usine de bioplastiques en France, dès qu'une loi favorisera les plastiques biosourcés, comme c'est le cas en Italie et bientôt dans certaines grandes villes américaines. Novamont a par ailleurs exposé sa conception de la bioéconomie, axée sur la valorisation des territoires, et non pas sur la seule fabrication de produits biosourcés.

Accompagnant un groupe de journalistes français sur le pavillon de l'Italie, à l'exposition universelle de Milan, où les sacs d'emballage léger, gobelets, couverts, assiettes, sont en plastique biosourcé, le directeur de Novamont-France, Christophe Doukhi de Boissoudy, a indiqué que dès que la loi sera favorable aux bioplastiques, la société investira dans une usine en France, en s'associant avec un partenaire français.

Une usine en France peut-être, aux États-Unis sûrement

Une telle usine utiliserait de l'amidon et des dérivés de l'huile végétale. Elle serait implantée dans un lieu de production des matières premières, a-t-il précisé.

Mais, pour l'instant, les conditions qui prévalent en Italie ne sont pas réunies dans l'Hexagone. Pourtant, l'Italie a appliqué dès le début de 2011 une loi qui est le copier-coller d'une loi française de 2006, dont les décrets d'application ne sont jamais parus, a souligné le directeur de Nova-mont-France, qui est aussi le président du Club Bio-plastiques, association française pour le développement des bioplastiques. Cette loi qui s'applique en Italie interdit les sacs de caisse, sauf s'ils sont biodégradables. De fait, comme les sacs biosourcés sont biodégradables, ils ont l'avantage de la cohérence environnementale sur les sacs biodégradables pétrosourcés, et ils gagnent rapidement des parts de marché.

Novamont compte investir aussi aux États-Unis dans une usine de bioplastiques. Cette fois, ce n'est pas qu'une intention, mais un projet tangible : la construction de l'usine démarrera « au second semestre 2015 », a précisé Christophe Doukhi de Boissoudy. Les conditions y sont favorables, la législation commençant à interdire les sacs en plastique d'origine fossile dans plusieurs grandes villes nord-américaines comme San Francisco, Chicago, Montréal, a-t-il ajouté.

Montée en puissance de la production de Novamont

Pour l'instant, Novamont a une capacité de production de 80 000 tonnes de Mater Bi, sa marque de résine plastique d'origine végétale à environ 40%, selon les produits. La fraction biosourcée est issue principalement d'amidon européen et pour une plus faible part de dérivés d'huile de tournesol. L'amidon est principalement d'origine française. La résine est ensuite vendue aux plasturgistes qui en font des produits finis, tels les sacs de caisse et les gobelets. La production de cette gamme de matières premières est réalisée dans une usine située à Terni, au nord de Rome. Cette usine est devenue insuffisante par rapport à l'extension du marché. Démarrée avec 4 000 tonnes en 1992, la capacité de production de Mater Bi à Terni a atteint 20 000 tonnes en 2000. Puis en 2012, face à l'explosion du marché du fait de la loi sur les sacs de caisse, la capacité de production a été portée à 80 000 tonnes.

Malgré cette montée en puissance de la production, l'entreprise italienne de 257 salariés continue à augmenter sa production, pour réduire la part des composants fossiles, actuellement de 60%. Ainsi, une autre usine de Novamont, située à Porto Torres en Sardaigne, est entrée en service à l'automne 2014, avec une capacité de 80 000 tonnes de constituants biosourcés pour plastifiants, biolubrifiants et additifs pour pneus.

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Novamont développe la culture du chardon en Sardaigne

Cette fois, avec l'usine de Porto Torres, Novamont a voulu affirmer un modèle de bioéconomie très poussé dans l'intégration avec le territoire. Située dans un port, l'usine sarde aurait pu importer de l'huile de tournesol à bas prix et inonder le marché mondial de Mater Bi et d'additifs biosourcés pour la chimie. L'option retenue est le développement d'un nouvel oléagineux, qui peut être cultivé en Sardaigne, le chardon. L'entreprise italienne a présenté l'usine et un champ de chardon dans une visite organisée le 27 mai à Porto Torres pour une délégation de la DG Agri de la Commission européenne.

Cette orientation répond à un souci de fournir l'usine en huile tout en valorisant les terres arides de cette région de Sardaigne où la culture du blé dur décline, et de favoriser une culture peu exigeante en intrants. Novamont met au point cette culture sur 400 hectares, à raison de 1,2 à 1,5 tonne de graines oléagineuses par hectare à 25% d'huile, a indiqué Paolo Sgorbati, ingénieur agronome chez Novamont. Détail significatif : l'usine a été construite sur un site désaffecté de l'ENI (compagnie italienne spécialisée dans l'énergie), afin de contribuer à la réindustrialisation. Novamont a constitué pour cela une société mixte avec l'ENI.

L'huile vient en complément de l'amidon pour produire du bioplastique. Le tourteau est testé sur l'alimentation des moutons pour la fabrication d'un fromage de brebis sarde. La paille, à raison de 15 à18 tonnes par hectare, alimentera en combustible la future usine, quand la culture atteindra 4 000 hectares. Ultérieurement, l'usine devrait traiter la production de 8 000 hectares de chardon. 

États-Unis : plus de 150 réglementations visant à interdire ou taxer les sacs plastiques de caisse

Washington DC, Chicago, Los Angeles, San Francisco, Austin, Dallas, Seattle... Les États-Unis comptent aujourd'hui plus de 150 réglementations locales visant à interdire ou taxer les sacs plastiques de caisse. La toute première initiative du genre date de 2007 : San Francisco avait alors interdit à certains commerces de distribuer des sacs plastiques de caisse à usage unique à leurs clients. La loi a été par la suite étendue, et depuis 2012, plus aucun commerce ne peut donner de sacs plastiques de caisse non réutilisables. Seuls sont autorisés les sacs en plastique compostables, les sacs en papier recyclés et les sacs réutilisables (quelle que soit leur composition), tous trois devant être payants. De nombreuses autres villes californiennes ont suivi cet exemple. Et cette pratique devrait s'étendre à l'État tout entier : une loi adoptée en septembre 2014 banni les sacs plastiques non réutilisable à l'échelle de la Californie. L'interdiction devait prendre effet en juillet 2015, mais ses opposants ont obtenu sa suspension jusqu'à un référendum prévu pour novembre 2016. La réglementation ne favorise pas seulement les sacs biosourcés, même si elle leur fait la part belle. ML

Une conception de la bioéconomie axée sur la valorisation des territoires

Novamont promeut une conception de la bioéconomie axée sur la valorisation des territoires et non pas seulement de la biomasse. Sa directrice générale, Catia Bastioli, a présenté le 28 mai, à Alghero en Sardaigne, devant des journalistes français et britanniques, le modèle de bioéconomie de Novamont, qui doit être compris dans le sens de la régénération des territoires et non pas comme la seule fabrication de bioproduits compétitifs.

La réindustrialisation qu'entreprend Novamont sur le site d'une ancienne raffinerie de l'ENI italienne à Porto Torres en Sardaigne était au centre de sa démonstration. Ce site, appelé Matrica, du nom de la filiale commune créée par Novamont et Versalis (une des nombreuses filiales de l'ENI), vise la reconversion du site de Porto Torres en une bioraffinerie bénéficiant d'une filière agricole intégrée. « Plutôt que cultiver du tournesol sur des terres faciles et irriguées, nous concentrons nos technologies dans des zones critiques : des zones industrielles à l'abandon et des terres arides et pierreuses », a déclaré Catia Bastioli. Cette dernière désapprouve l'implantation en Sardaigne d'entreprises de production de biogaz à partir de maïs-ensilage, cultivé à grand renfort de fertilisants, pesticides et irrigation.