Abonné

Scandale Œufs contaminés au fipronil : des eurodéputés dénoncent la lenteur du système d’alerte européen

- - 6 min

L’UE doit améliorer son système de partage et de transmission des informations sur les risques liés à la sécurité alimentaire et sanctionner les producteurs de pesticides frauduleux, estiment les membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen lors d’un premier débat sur les œufs contaminés au fipronil.

Le débat – en présence de la Commission européenne – organisé le 31 août 2017 sur la contamination d’œufs par du fipronil (un insecticide strictement interdit dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire), a offert l’occasion à plusieurs membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen de critiquer l’attitude des autorités nationales qui ont retardé leur signalement au « Système européen d’alerte rapide concernant les denrées alimentaires et les aliments pour animaux » (RASFF, selon l’acronyme anglais). Ils ont fermement appelé à l’amélioration, tant de la vitesse de transmission que du système de partage d’informations entre les États membres et la Commission européenne, cette dernière étant chargée de coordonner les actions de cet outil informatique. Certains eurodéputés ont même réclamé des amendes pour les États membres qui ne partagent pas des informations cruciales en matière de sécurité alimentaire, alors que d’autres ont demandé des sanctions vraiment dissuasives pour les producteurs ou les fournisseurs frauduleux de produits antiparasitaires.

Une fraude qui remonterait à un an déjà

La fraude qui a conduit à la contamination d’œufs par l’insecticide fipronil remonte à septembre 2016 mais n’a été notifiée à la Commission européenne par la Belgique que le 20 juillet 2017 à travers le RASFF, a reconnu le 31 août devant les eurodéputés, Sabine Jülicher, directrice à la DG Sécurité sanitaire de la Commission européenne. La crise n’a donc été rendue publique qu’au début du mois d’août 2017, soit pratiquement un an après les faits. Depuis lors, un total de 34 pays dans le monde, dont 22 pays de l’UE (1), ont importé et consommé des produits à base d’œufs des exploitations où le pesticide interdit a été utilisé. Cela a entraîné le retrait de millions d’œufs et d’aliments transformés à base d’œufs du marché communautaire ainsi que la fermeture de nombreuses exploitations. La fraude a surtout concerné les Pays-Bas et la Belgique où respectivement 258 et 93 élevages ont été bloqués un certain temps par les autorités sanitaires. En Belgique et aux Pays-Bas, les deux dirigeants du fournisseur Poultry Vision et de la société de désinfection ChickFriend ont été emprisonnés. Au cours du débat sur les œufs contaminés au fiprofil, le député PPE français, Michel Dantin, a indiqué qu’il s’agit d’« une escroquerie criminelle qui concerne au premier chef deux membres fondateurs de l’UE et qui a touché également des éleveurs bio ». Il a surtout regretté « la défiance et le manque de coopération entre les États membres » et a réclamé des sanctions contre les fraudeurs. Le député italien d’extrême droite, Marco Zullo, a quant à lui moqué les négociateurs européens qui dans tous les accords commerciaux internationaux « ne manquent pas de vanter les normes élevées de sécurité sanitaires des produits alimentaires européens ». Pour sa part, la députée socialiste espagnole, Clara Aguilera, a déploré le fait que « le système d’alerte européen n’a été activé qu’en juillet 2017, alors que les premiers cas d’œufs contaminés ont été détectés aux Pays-Bas en septembre 2016. Votre système d’alerte ne fonctionne pas ! ». Sa collègue de la Gauche unitaire européenne, Lydia Senra, s’est demandée : « Qu’avez-vous fait du fameux principe de précaution ? Combien de temps les institutions européennes continueront de soutenir l’industrialisation dévastatrice de l’agriculture et la mondialisation des marchés qui sont agents de l’expansion de ce type de crise alimentaire ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
pesticides
Suivi
Suivre

Enquête dans toute l’Union européenne

Dans sa réponse aux nombreuses questions des eurodéputés, Sabine Jülicher a tout d’abord souligné que « la santé publique n’était pas en danger en Europe, dans la mesure où les analyses de risque effectuées ont montré qu’un nombre très restreint d’échantillons d’œufs contaminés au fipronil ont présenté des valeurs qui dépassent légèrement les valeurs maximales permises ». Elle a précisé que tous les œufs soupçonnés de contenir des traces de fipronil ont été retirés du marché grâce au système d’étiquetage et de traçabilité européen, lequel, selon elle, « a bien fonctionné dans la mesure où les entreprises concernées ont pu rappeler les œufs suspectés ». La haute fonctionnaire a expliqué que la DG Santé n’a pas encore tous les détails pour couvrir toutes les facettes du problème et qu’il y avait encore des éléments à clarifier. La Commission européenne va d’ailleurs lancer une enquête dans tous les pays de l’UE pour vérifier l’utilisation de substances illégales sur des poules pondeuses contre le pou rouge, notamment le fipronil et l’amitraze. Selon Sabine Jülicher, « la confiance des consommateurs a été mise à mal et il est nécessaire de faire un suivi de cette affaire et d’établir les responsabilités de chacun dans l’enquête judiciaire qui est en cours. Des sanctions sont prévues dans le droit européen si une personne est reconnue coupable ». Les ministres de l’agriculture de l’UE se réunissent en Conseil informel le 5 septembre à Tallinn (Estonie), pour un premier débat sur les œufs contaminés au fipronil. Une réunion ministérielle, formelle cette fois-ci, est prévue le 26 septembre à Bruxelles. Soit un an après le début de l’affaire du fipronil dans les œufs.

(1) 22 pays de l’UE ont été touchés : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède et Tchéquie. Ainsi que les pays européens non-UE : Liechtenstein, Norvège et Suisse.