Une relative pénurie d’œufs entraîne les cours des œufs à la hausse sur le marché libre. Pour la plupart sous contrat, les éleveurs français en profitent peu. En revanche, des investissements massifs sont réalisés en Tchéquie et Roumanie.
Les cours de l’œuf ont atteint début mars leur niveau d’il y a deux ans, en période d’influenza. C’est le cas pour les œufs coquilles destinés aux grandes surfaces et pour les œufs blancs destinés aux casseries. La flambée est générale à l’Union européenne. Elle a pour cause essentielle des réductions de production, alors que la consommation se porte bien. Interrogé par nos confrères des Marchés, Aymeric Le Lay, chargé d’étude économique à l’Itavi, invoque les conversions des élevages en cages en France et en Espagne, la politique de réduction du cheptel aux Pays-Bas et les réductions de production dues à l’influenza en Pologne et en Italie.
L’élimination des cages aménagées est en cours en France et doit théoriquement s’achever en 2025, conformément aux engagements pris dans de nombreux circuits de distribution. Un bâtiment perd 20 % de capacité de production lorsqu’il passe de la cage au sol, selon une étude de l’Itavi. Il manquerait quelque 2 % d’œufs en France alors que la consommation bat des records, selon Patrice Sort, responsable du négoce des œufs au Gouessant. Ce manque s’exprime dans toutes les catégories d’œufs, « même en bio, alors qu’on en avait trop l’an dernier », regrette Éric Guelaff. président de la section œuf de l’UGPVB (groupements de producteurs de Bretagne) Éric Guelaff.
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L’effet transatlantique
Selon Patrice Sort, la pénurie d’œufs aux États-Unis, conséquence de l’influenza aviaire, entretient une tension de ce côté-ci de l’Atlantique. La flambée est susceptible de s’apaiser quand la production aura repris en Europe et aux États-Unis. Ce que l’opérateur prévoit à moyen terme en Europe, à voir les investissements massifs en cours en Tchéquie et en Roumanie. « L’allemand Pohlmann investit par tranches de 800 000 places de poules en Roumanie », illustre-t-il. Et outre-Atlantique, il croit en la capacité des géants américains de se régénérer rapidement avec le soutien financier d’un milliard de dollars alloué par l’administration de Trump pour éradiquer l’influenza aviaire.
« Les cours sont inédits depuis deux ans et demi », constate Patrice Sort. La situation « remet en question la production organisée », craint Éric Guelaff (UGPVB). Car les éleveurs français sont en grande majorité sous contrat, sur les bases Egalim. Pour autant, seule une minorité d’éleveurs peut s’exposer aux fluctuations de l’aliment et au risque de chute des cours, considère Patrice Sort. Ce dernier souligne que la première nécessité des contrats de production est de permettre aux éleveurs d’investir dans des modes d’élevage alternatifs, notamment de poules au sol ou en plein air, et de rembourser leurs emprunts.