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Œufs : Seleggt débarque en France, l’ovosexage monte en puissance

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L’implantation en France de la méthode de sexage in ovo Seleggt marque une nouvelle étape dans la montée en puissance de cette technologie. La filière sera au rendez-vous de la fin du broyage des poussins en 2022, assure l’interprofession CNPO

Les premières poules sexées en France avec la méthode Seleggt sont nées le 7 juin au couvoir Novoponte, dans la Sarthe, indique le groupe Respeggt dans un communiqué le même jour. L’entreprise germano-néerlandaise « s’implante dans les Pays de la Loire », alors qu’elle réalisait jusque-là aux Pays-Bas le sexage pour ses clients français Cocorette et Poulehouse. Via un dosage hormonal au neuvième jour d’incubation, la méthode Seleggt détecte le sexe du futur poussin dans l’œuf, permettant d’éviter l’éclosion puis l’élimination des poussins mâles " frères " de pondeuses. L’Hexagone compte déjà 140 000 poules pondeuses sexées avec ce procédé dans le centre de sexage respeggt aux Pays-Bas, d’après le communiqué. S’y ajoutent 12 000 poussins femelles nés le 7 juin dans le couvoir Novoponte, a précisé respeggt à l’AFP. « Dès l’été 2021, Respeggt sera en mesure d’augmenter régulièrement ses capacités de sexage en France pour répondre à la demande », souligne l’entreprise dans son communiqué.

Un demi-milliard d’œufs estampillés Seleggt

La demande en œufs issus de sexage in ovo « augmente rapidement en France », constate Martijn Haarman, co-directeur général du groupe respeggt (joint-venture entre le fabricant de couveuses néerlandais Hacthtech et le distributeur allemand REWE). Mais « les règles d’importation en France de poussins étrangers sont […] extrêmement strictes, explique-t-il dans le communiqué. Pour mieux aider nos clients, il était donc important de s’installer au plus près de chez eux. » D’après le responsable de respeggt, le centre de sexage aux Pays-Bas affiche une capacité de « plus de 100 000 poussins femelles respeggt par semaine ». Le groupe revendique avoir vendu à fin 2020 « un demi-milliard » d’œufs estampillés « Sans tuer de poussins mâles ».

Lire aussi Œufs : la filière chiffre le coût du sexage in ovo à 64 M€ par an

Les acteurs de la filière œufs souhaitant réaliser le sexage in ovo en France disposent désormais de deux solutions : la méthode Seleggt chez Novoponte ou la machine Cheggy du groupe allemand AAT dans le couvoir Hy-Line (Côtes-d’Armor). Le procédé AAT a pour lui le coût (1 € par femelle sexée contre 4 € pour Seleggt) et la cadence (20 000 œufs par heure), ainsi que son caractère non invasif (imagerie hyperspectrale). De son côté, la technologie Seleggt l’emporte en termes de précocité (9e jour d’incubation au lieu du 13e pour AAT) et peut s’appliquer à tous les œufs, bruns comme blancs. Une troisième technologie concoctée par les Néerlandais d’In Ovo a aussi récemment atteint le stade de la commercialisation.

« Tous les couvoirs seront en travaux début 2022 »

Les autres accouveurs français devraient bientôt s’équiper, à l’instar de Lohmann (qui appartient au même groupe que Hy-Line). Son directeur général Vincent Baumier prévoit d’installer une machine Cheggy « fin 2021, début 2022 », puis une deuxième « courant 2022 pour passer à 100 % de sexage in ovo », indique-t-il à Agra Presse.

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L’ancien ministre de l’Agriculture Didier Guillaume avait fixé l’objectif d’arrêter le broyage des poussins d’ici début 2022. À cette date, « l’ensemble des couvoirs français seront en travaux pour passer au sexage in ovo », affirme le secrétaire général du CNPO (interprofession) Maxime Chaumet à Agra Presse. Le basculement à 100 % d’ovosexage ne sera ensuite effectif qu’après une période de transition d’environ 18 mois (durée de vie d’une poule pondeuse), durant laquelle cohabiteront les animaux sexés et les animaux non sexés encore en production.

Tribune de parlementaires

Sur le plan politique, cette montée en puissance de l’ovosexage donne du grain à moudre aux promoteurs du bien-être animal. « Il est essentiel que le gouvernement français tienne son engagement » sur l’interdiction de l’élimination des poussins mâles et des canetons femelles, exigent 24 parlementaires dans une tribune parue sur le site du Monde le 25 mai. Une initiative revendiquée par l’association Vegan Impact sur sa page Facebook.

L’objectif fixé par Didier Guillaume n’a fait l’objet d’aucune traduction législative ou réglementaire à ce jour. « Le doute que laisse planer le gouvernement français sur de futures mesures ralentit l’implantation de nouvelles techniques de sexage », déplorent les signataires (sénateurs, députés et eurodéputés de divers bords politiques). Ils appellent la France à prendre le leadership européen sur le sexage in ovo, « tout en protégeant la filière contre l’importation d’œufs et de poules qui ne respecterait pas les nouvelles normes françaises en matière d’éthique animale ». Selon les technologies utilisées, « le surcoût par œuf serait de 0,3 à 1,5 centime », calculent les parlementaires. « Un prix que beaucoup de consommateurs seraient prêts à payer tant le broyage des poussins est une pratique révoltante. »

Une machine Cheggy chez Lohmann « fin 2021, début 2022 »

Surcoût de 0,3 à 1,5 centime par œuf