Le courrier de François Bayrou à l’OFB est perçu comme « un début de réponse » aux revendications des agents de l’établissement public. L’intersyndicale promet toutefois de porter la question du port de l’arme « discret » au Conseil d’Etat.
« Nous suspendons le mot d’ordre intersyndical et l’appel à la grève prévue le 25 mars », annoncent les syndicats de l’Office français de la biodiversité (OFB) aux agents de l’établissement public dans un mail envoyé le 7 mars, qu’Agra Presse a pu consulter. La grève des missions de police, réunions et formations liées au monde agricole – cœur du mot d’ordre syndical depuis le début du mouvement le 17 janvier – n’ont donc plus cours.
À l’origine de ce changement, un courrier de Matignon au directeur général de l’OFB, daté du 27 février, dans lequel le Premier ministre François Bayrou assure de sa « confiance » et « dénonce les dégradations, menaces et attaques répétées » contre l’établissement public. « Ce courrier du Premier ministre, bien qu’il ait tardé à venir, peut être considéré comme un début de réponse à une partie des revendications », indique l’intersyndicale (SNE-FSU, FO, CGT, Unsa, EFA-CGC) dans son mail.
Les syndicats voient aussi « comme une main tendue » l’engagement de Matignon à reprendre le dialogue social sur l’attractivité des postes des agents de l’OFB : l’amélioration du « quasi-statut de l’environnement », et la mise en place du « service actif pour les inspecteurs de l’environnement » pour améliorer les conditions de retraite. Deux chantiers que l’intersyndicale appelait, dans ses revendications, à démarrer avant le 31 mars.
La CGT-Environnement, circonspecte
Au sein de l’intersyndicale, la CGT-Environnement émet toutefois des réserves sur le soutien de François Bayrou. Dans un communiqué adressé aux agents de l’OFB le 10 février, elle relève que, malgré la demande de l’intersyndicale, François Bayrou ne revient pas sur l’accusation de « faute » proférée à l’égard des inspecteurs de la biodiversité, durant son discours de politique générale le 14 janvier. « Ce courrier évite soigneusement de démentir les attaques malhonnêtes qui ont déclenché l’indignation unanime au sein de l’OFB et contribué au succès de la grève et des manifestations en régions du 31 janvier dernier », regrette la CGT.
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Elle remarque aussi que le Premier ministre « omet » d’évoquer la mission de l’OFB en matière de gestion des sécheresses, de qualité de l’eau, des sols et des pollinisateurs car ces sujets « sont matière à constats d’infraction pouvant déranger le monde agricole ». Enfin, le syndicat estime que François Bayrou « flirte avec l’illégalité » en estimant que « seules les infractions "intentionnelles ou irréparables" devraient être traitées sur le plan judiciaire ». « Rappelons que c’est au Procureur de la République de décider si une infraction doit être traitée par la Justice », lâche le syndicat. Et d’ajouter : « Le fameux "droit à l’erreur" ne devrait pas devenir une excuse systématique des agriculteurs négligents ou de mauvaise foi ».
Pour sortir de cette crise aigüe qui dure depuis plus d’un an, la direction de l’OFB a proposé « dix mesures de sortie de crise », auxquelles François Bayrou dit souscrire. Dix mesures qui seront dévoilées lors d’un déplacement commun des ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique « dans les semaines à venir », a précisé l’OFB à Agra Presse.
En attendant, n’ayant pas eu gain de cause auprès du gouvernement pour annuler la mesure de port « discret » de l’arme de service – notamment par étui "inside", l’intersyndicale va déposer « un recours contentieux devant le Conseil d’Etat ». Ce sera fait « très bientôt » a indiqué Eric Gourdin, secrétaire général du syndicat Unsa Ecologie le 7 mars. Ce recours vise à « l’annulation de la circulaire interministérielle du 3 décembre, qui introduit le port d’arme « discret » pour les contrôles menés par l’OFB dans le domaine agricole » confirme le responsable CGT à l’OFB, Sylvain Michel. Les agents de l’OFB demandent l’annulation de cette mesure sur le port d’arme, depuis le lancement de la grève des contrôles le 17 janvier. Ils considèrent que c’est « une inégalité de traitement des citoyens et inapplicable en pratique », selon la liste de revendications.