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Débat à Beauvais sur la brevetabilité du vivant OGM : un débat qui sort de la guerre des tranchées

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Le débat sur la brevetabilité du vivant, qui s’est tenu à l’Institut supérieur agricole de Beauvais (Isab) le 8 décembre, a permis aux intervenants d’émettre des avis plus nuancés qu’à l’acoutumée. Un opposant aux OGM alimentaires reconnaissait les opportunités thérapeutiques, un chercheur critiquait les exploitations mercantiles et le directeur de Biogemma dénonçait les risques des résistances aux herbicides. Un débat intéressant, qui a permis de balayer certaines idées reçues, notamment sur la brevetabilité du vivant

« La plupart des chercheurs sont anti-Monsanto. Ils n’apprécient pas l’exploitation mercantile qu’on fait de leurs découvertes.» Louis-Marie Houdebine, chercheur au Laboratoire de biologie cellulaire et moléculaire de l’Inra, s’exprimait ainsi dans le cadre d’un débat organisé le 8 décembre par l’Institut supérieur agricole de Beauvais (Oise). Pourtant, il ne compte pas vraiment parmi les opposants aux OGM. C’est le même qui disait le même jour que « les OGM sont un beau cadeau qu’on fait à l’agriculture et à l’élevage». Mais la durée du débat (trois heures) et, peut-être, la qualité des intervenants, leur a permis d’éviter l’affrontement stérile et de révéler à l’auditoire que les positions sont plus nuancées qu’on veut parfois le faire croire. Pascal Dacheux, agriculteur bio et vice-président vert du Conseil régional de Picardie, a bien tenu son rôle d’opposant en déclarant que « les OGM sont le fruit d’une technologie qui a vocation à écraser toutes les autres». Mais il affirmait en même temps ne pas vouloir « mélanger le discours sur les médicaments avec le discours alimentaire ». Lui même ancien pharmacien, il reconnaissait que « les médicaments sont soigneusement évalués avant leur commercialisation et, lorsqu’ils sont issus de plantes génétiquement modifiées, cela ne concerne que quelques hectares cultivés sous serre ». Ce qui, regrette-t-il, n’est pas le cas des OGM alimentaires qui posent des problèmes de coexistence.

« La brevetabilité des variétés n’existe qu’aux Etats Unis et au Canada »

Mais les positions les plus intéressantes étaient peut-être celles qui concernaient la brevetabilité du vivant, véritable thème du débat. Michèle Guenneteau, représentante régionale de l’association de consommateur CLCV (Consommation, logement et cadre de vie) s’inquiétait que « les brevets vont permettre à certains de s’arroger des droits sur des plantes pendant 20 ans ». « 18 ans », corrigeait Michel Debrand, directeur général de Biogemma, qui n’a pas manqué de pointer le danger d’une course aux brevets qui profiterait uniquement aux grandes multinationales, au détriment de la filière française. François Thiboust, responsable des relations extérieurs de Bayer Cropscience, a voulu préciser que « la possibilité de breveter des variétés entières n’existe qu’aux Etats-Unis et au Canada. Partout ailleurs, et notamment en Europe, seule la construction génétique est brevetée. On peut parfaitementement utiliser la variété pour le travail de sélection».

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« L’URSS a pris du retard en refusant les brevets »

Michel Debrand, lui, voit dans les brevets « la garantie du progrès technologique. Les pays qui ont refusé les brevets, comme l’URSS à l’époque, ont pris un retard considérable ». Par ailleurs, répondant à ceux qui craignent que l’on ne s’arroge par ce biais des droits sur le vivant, il précisait que l’on « ne brevete pas n’importe quelle séquence génétique. On ne peut le faire que si on démontre qu’elle apporte une propriété particulière, qui n’existait pas dans la plante originelle ». Louis Marie Houdebine, lui, écartait le risque que les brevets ne soient une nouvelle manière de dominer les pays du Sud. « J’ai rencontré des chercheurs du Burkina Faso. Les brevets ne leur posent aucun problème. D’abord, leur pays n’a rien signé. Ensuite, la plupart des brevets actuellement exploités tombent dans cinq ans. Enfin, lorsqu’ils demandent des licences aux firmes, elles leur sont visiblement accordées sans difficulté». Malheureusement, Pascal Dacheux comme Michèle Gueneteau manquaient visiblement de connaissances juridiques pour contrer ces arguments. Reste que Michel Debrand lui même reconnaissait les limites de certaines constructions génétiques, comme la résistance aux herbicides.

Le directeur de Biogemma « ne comprend pas les Américains»

« Nous ne comprenons pas les Américains, qui introduisent la résistance au RoundUp, non seulement dans le soja mais aussi dans le maïs et bientôt la luzerne. Les problèmes de résistances sont inévitables ». Quant aux OGM dits de « seconde génération », qui sont censés apporter un avantage pour le consommateur, notamment en terme de santé, Michel Houdebine a « peur qu’on arrive à un certain charlatanisme. Les problèmes alimentaires viennent de la manière dont on mange, pas de ce que l’on mange ». Comme il le disait lui même joliment, « rien n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir. Tout est gris avec, on l’espère, parfois quelques couleurs».