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OMC : l’UE précise ses priorités concernant la sécurité alimentaire

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Dans la perspective de la douzième conférence ministérielle de l’OMC, la Commission européenne a présenté lors du Conseil agricole ses priorités pour assurer la sécurité alimentaire dans le contexte de la guerre en Ukraine. Elle a rappelé l’importance d’éviter les restrictions injustifiées à l’exportation et d’une plus grande transparence sur les stocks. Sur les autres dossiers (soutiens internes, stockage public), aucun résultat notable n’est attendu en raison de trop fortes divergences.

Pour répondre à l’enjeu de la sécurité alimentaire, qui sera au centre des débats lors de la douzième conférence ministérielle de l’OMC (prévue du 12 au 15 juin) en raison de la guerre en Ukraine, la Commission européenne a souligné lors du Conseil agricole du 24 mai l’importance d’éviter les restrictions à l’exportation de denrées alimentaires. Tout en appelant à faire pression pour une plus grande transparence sur les stocks (par exemple en Chine) et à veiller à ce que les achats humanitaires du Programme alimentaire mondial (Pam) soient exemptés de toute restriction à l’exportation.

Lire aussi : « Sécurité alimentaire : plusieurs membres de l’OMC promettent de garder les marchés ouverts »

Devant les ministres de l’Agriculture de l’UE, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a expliqué que « la situation des négociations est aussi difficile qu’en novembre dernier (avant le report de la CM12 pour cause de Covid-19) ». Ajoutant que « les débats ont été rendus plus compliqués suite à l’invasion russe de l’Ukraine et des conséquences sur la sécurité alimentaire mondiale ». Outre ce sujet central, « les membres de l’OMC restent très divisés sur tous les autres dossiers mis sur la table (soutiens internes, stockage public, mécanisme de sauvegarde, NDLR) », a-t-il déclaré. Par ailleurs, suite au blocage d’exportation de blé par l’Inde, Janusz Wojciechowski a souligné le « regain d’intérêt des membres concernant les programmes de stockage public, les partisans (dont l’Inde) tentant d’utiliser l’argument de la crise de la sécurité alimentaire pour faire valoir leurs demandes ». Il prévient qu’« il s’agira très probablement d’une question politique difficile ». Sur ce point, le commissaire a expliqué que « l’UE pense que cela constitue une partie légitime de la réponse aux défis de la sécurité alimentaire », mais alerte sur le fait que « cela ne doit pas conduire à un soutien plus distorsif des échanges ».

Des programmes de travail sur les autres dossiers

À l’occasion de la dernière réunion du comité de l’Agriculture de l’OMC, le 19 mai, la présidente costaricaine Gloria Abraham Peralta a indiqué que la question de la sécurité alimentaire fera l’objet de négociations uniques. Un programme de travail intensif doit permettre « de déboucher sur une déclaration ambitieuse avec des engagements bien identifiés », a-t-elle expliqué. Concernant les autres sujets en discussion, ils seront traités en parallèle dans le cadre de sessions spéciales du comité. Dans la perspective de la CM12, l’objectif serait d’établir des programmes de travail qui serviront pour les négociations post-CM12. À l’heure actuelle, « aucune percée n’a été encore réalisée en raison de fortes divergences », regrette la présidente. Lors du débat, l’UE et les États-Unis ont notamment partagé l’avis des pays exportateurs du groupe de Cairns selon lequel les résultats de la CM12 doivent fixer la bonne direction et ne pas compromettre l’objectif à long terme de la réforme de l’agriculture, qui implique la réduction progressive des subventions ayant des effets de distorsion des échanges et la libéralisation du marché agricole mondial. Par ailleurs, plusieurs membres du groupe de Cairns (le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil, le Costa Rica, l’Argentine, la Thaïlande) ont abaissé leurs ambitions en matière de réduction du soutien interne, affirmant qu’un programme de travail avec des principes directeurs (au lieu de modalités spécifiques) serait suffisant.

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Le stockage public, une question centrale

Concernant le stockage public, les États-Unis, l’UE, le Brésil, le Canada, le Paraguay, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Costa Rica ont reconnu les préoccupations des pays en développement en matière de sécurité alimentaire, mais ont insisté sur le fait que cela ne pouvait pas représenter une solution permanente à la question. De son côté, l’Inde a appelé certains membres à « cesser de demander plus de preuves aux pays en développement pour justifier pourquoi ils ont besoin d’une solution permanente sur le stockage public ». D’autre part, New-Delhi a également déclaré qu’« il n’était pas juste de blâmer la restriction des exportations de blé de l’Inde (actée au nom de la sécurité alimentaire nationale) pour la flambée des prix mondiaux (de 325 à 450 $/t) ». Avant d’ajouter que « les réserves mondiales ne sont pas en pénurie alors que les spéculations de certains négociants sont les véritables responsables de la hausse des prix ». Elle a demandé ainsi aux membres « de collecter les données d’exportation pour les quatre ou cinq derniers mois afin de savoir qui sont les principaux exportateurs de blé et les contractants ».

La prochaine réunion de négociation du comité de l’Agriculture de l’OMC est prévue pour le 1er juin.