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Pac : les socialistes européens prônent une réforme rapide et profonde 

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Réagissant aux propositions du Parti populaire européen sur l’avenir de la Pac, qui suggère de reporter à 2025 la future réforme, une dizaine d’eurodéputés socialistes estime au contraire qu’il faut revoir de toute urgence cette politique en mettant l’accent sur les pratiques durables et en cessant de sacrifier l’agriculture « sur l’autel du libre-échange ».

« L’agriculture européenne nécessite une approche audacieuse et novatrice ! C’est d’une révolution de notre politique agricole dont nous avons besoin, et ce dès à présent, et non d’un statu quo jusqu’en 2025 », estiment, dans une tribune diffusée le 14 septembre, une dizaine d’eurodéputés socialistes de la commission de l’agriculture dont les Français Éric Andrieu et Jean-Paul Denanot (mais au nombre desquels ne figure pas Paolo De Castro, vice-président de la commission parlementaire compétente), en réaction à la position adoptée le 4 septembre par le Parti populaire européen sur la reforme la future Pac (1).

« La Pac actuelle ne satisfait ni les agriculteurs, ni les organisations environnementales, ni les consommateurs-contribuables ! », écrivent-ils. Aussi, plutôt que se limiter à l’amélioration du fonctionnement des outils existants, la future Pac devrait, dans le contexte climatique et environnemental actuel, procéder à un rapide changement de modèle de développement agricole. Leur proposition insiste particulièrement sur les questions environnementales.

Verdissement et libre-échange

Selon eux, la prochaine Pac doit privilégier les pratiques agricoles qui permettent de stocker davantage de carbone dans les sols, mieux gérer et protéger les ressources en eau et limiter les émissions de protoxyde d’azote, mais aussi faire évoluer les pratiques, afin de promouvoir des modes d’élevages alternatifs valorisant l’herbe, tout en réduisant les émissions de méthane. Et d’ajouter : « Il s’agira de favoriser la diversification des productions et d’encourager les pratiques agronomiques limitant les intrants chimiques. Plus généralement, la nouvelle Pac devra accompagner les agriculteurs dans cette transition vers un modèle durable de développement et économiquement viable ».

La dizaine d’eurodéputés souligne également qu’il est urgent que l’Europe mette en place un vrai plan stratégique de souveraineté et de sécurité alimentaire et qu’elle cesse de sacrifier son agriculture « sur l’autel du libre-échange ».

Justifier le budget

Le Bureau européen de l’environnement (EEB) a de son côté publié un document de réflexion sur l’avenir de la Pac. « Il est urgent de réformer la Pac de manière audacieuse afin de garantir qu’elle repose sur un nouveau contrat entre les agriculteurs et la société. Sans une telle réforme, les dirigeants politiques auront du mal à continuer à justifier la dépense de l’argent des contribuables pour financer le système actuel », prévient l’ONG. Elle demande tout d’abord d’abandonner le système actuel à deux piliers dans lequel les paiements nuisibles du 1er annulent souvent les avantages environnementaux limités apportés par le 2nd. L’EEB propose que la prochaine Pac repose sur quatre axes : des paiements fondés sur les résultats obtenus pour la protection et la mise en valeur de la biodiversité et des écosystèmes ; des aides au développement rural durable pour les régions riches en culture et en nature ; la promotion de la consommation durable et saine pour accroître la cohérence entre la politique de production et les modes de consommation ; et le passage à une agriculture durable pour rendre les exploitations agricoles et les entreprises plus économes en ressources, à faibles émissions de carbone et résilientes.

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Commission européenne
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La Commission européenne présentera fin novembre les grandes lignes sa proposition sur la future Pac suivies en 2018 de propositions législatives.

(1) et (2) Voir n° 3564 du 10/10/16

Le think tank français Momagri dénonce l’attentisme du PPE

« Non-assistance à agriculteurs en danger ? », se demande le think tank français Momagri, réagissant le 11 septembre à la position sur le futur de la Pac arrêtée le 4 septembre par le Parti populaire européen (PPE). Ce dernier propose de reporter à 2025 l’entrée en vigueur d’une politique agricole commune revisitée compte tenu des incertitudes que font peser le Brexit et les prochaines négociations budgétaires de l’UE. « Cette volonté de statu quo interroge d’autant que les situations de crise que connaît un grand nombre d’agriculteurs montrent à l’évidence que le cadre actuel de la Pac n’est pas adapté », estime Momagri, ajoutant que, « par cette annonce inédite, le PPE fait le pari d’une réforme avortée, avant même que la négociation ait pu s’engager ».

Le think tank français, qui préconise l’instauration d’un système d’aides contracycliques, a transmis il y a un an à Bruxelles sa propre proposition de réforme de la Pac pour l’après 2020 (2).

L’eurodéputé Michel Dantin s’est dit, dans un tweet, « étonné par l’avis excessif de Momagri » sur la position du PPE dont il est l’un des artisans.