La Coordination européenne Via Campesina partage les inquiétudes de la plupart des parties prenantes du secteur agricole concernant le budget et un risque de renationalisation de la Pac. Dans une prise de position sur les propositions de la Commission européenne pour l’après 2020, adressée aux eurodéputés en charge du dossier, l’organisation paysanne plaide notamment pour un plafonnement strict des aides, leur redistribution vers les petites exploitations familiales, et surtout une remise en cause du modèle actuel orienté sur le marché en réintroduisant des outils de régulation du marché et de contrôle de la production afin d’opérer une transition vers des modèles durables de production.
La Coordination européenne Via Campesina a adressé, début septembre, aux députés européens en charge de l’agriculture sa position sur l’avenir de la Pac dans laquelle elle exprime ses vives inquiétudes concernant les coupes budgétaires prévues par la Commission européenne et le risque de renationalisation de cette politique lié à la nouvelle subsidiarité proposée. L’organisation paysanne craint une fragmentation sérieuse de la Pac ainsi qu’un recul dans la réalisation de l’objectif de cohésion. Conséquence : cela va creuser les différences entre les agriculteurs de l’UE, entre les conditions de production et les conditions de travail. Et sur le financement, Via Campesina estime qu’il « est inadmissible de faire peser la plus forte réduction budgétaire sur le deuxième pilier et de diminuer le cofinancement européen, ce qui va pénaliser les zones rurales et les zones défavorisées ».
« La Commission européenne ne semble pas avoir pris conscience de l’importance des défis qui se posent à la planète en termes d’environnement, de changement climatique, d’alimentation, de cohésion sociale et d’emploi, auxquels l’agriculture doit prendre part et opérer une transition vers des modèles durables et des processus d’agroéconomie paysanne », affirme l’organisation dans son analyse détaillée de la proposition de Bruxelles. Regrettant qu’« au lieu de ça, la solution apportée est l’agriculture intelligente, une approche qui conduira au surinvestissement, à l’agrandissement des fermes et à la simplification des pratiques toujours plus poussée ».
Un plafonnement strict
Dans sa position sur la future Pac, Via Campesina demande donc une remise en cause du modèle actuel orienté sur le marché en réintroduisant des outils de régulation du marché et de contrôle de la production : « Les crises du marché ne se résolvent pas avec les aides directes et les assurances. Pour les affronter efficacement, des politiques publiques de régulation, de maîtrise de la production et de stabilisation du marché sont nécessaires (dans le cadre du règlement OCM). À ce titre, l’organisation paysanne s’oppose au financement public des assurances agricoles car elles supposent une privatisation des aides de la Pac, une perte de revenus des agriculteurs et qu’elles ne vont pas apporter de solutions face aux crises ».
Sa position sur la Pac précise également que « les propriétaires de fermes usines, ou d’exploitations menées sous forme de sociétés anonymes qui occupent de vastes terrains, ne devront pas être considérés comme des vrais agriculteurs, mais comme des industriels, qui ne bénéficieront pas des soutiens agricoles ». Des soutiens agricoles qui devront être strictement plafonnés à 60 000 € par exploitation (le nombre de travailleurs à prendre en considération devant être limité).
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Quant au paiement redistributif, un budget minimum alloué à cette majoration devrait être défini (par exemple, 20 % du budget du premier pilier), de même qu’un niveau minimum de montant pour revaloriser les premiers ha (par exemple, 50 €) et un montant maximum d’ha pouvant être revalorisés (par exemple, la moyenne de la surface des exploitations dans l’État membre).
Contre le modèle industriel orienté sur le marché de l’export
Pour les plans stratégiques, Via Campesina se félicite de la proposition de les articuler autour de 9 objectifs structurants (économiques, environnementaux, sociaux). Mais il est capital de partir sur de bonnes bases, affirme l’organisation qui souhaite donc en réécrire certains. Notamment, « l’objectif 2 est rédigé d’une façon très dangereuse qui valorise exclusivement le modèle industriel d’agriculture basé sur la compétitivité, une agriculture orientée sur le marché de l’export, les bas prix, les économies d’échelle, l’agrandissement des fermes alors qu’il faudrait parler d’agricultures viables, rentables sur leurs marchés (locaux, nationaux, européens et parfois internationaux) ». De même, l’objectif 6 visant à « conserver » n’est pas jugé suffisant, « il faut restaurer des habitats et la biodiversité ».
Sur la nouvelle conditionnalité renforcée, Via Campesina propose que soit ajoutée une conditionnalité sociale et voudrait qu’elle incite davantage au recours à des pratiques vertueuses et ne se réduise pas à un contrôle-sanction.
Concernant le développement rural, il est demandé d'établir des priorités, notamment le soutien aux territoires à handicap, la transition des systèmes de production vers l’agroécologie, la dynamisation des marchés locaux et le développement de structures d’organisation de l’offre, adaptées à la petite et moyenne production