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Pas de virage à la FNSEA, malgré le recul

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Réunie à Grenoble pour son congrès annuel, quelques semaines après son recul historique aux élections des chambres d’agriculture, la FNSEA a réfléchi à son positionnement, sans pour autant acter de virage stratégique. Principale décision prise : la féminisation du réseau.

Hasard du calendrier, les membres de l’assemblée générale de la FNSEA se réunissaient à Grenoble pour son congrès annuel quelques jours seulement après la proclamation définitive des résultats des élections aux chambres d’agriculture, qui ont acté le recul historique du syndicat. Le duo FNSEA-JA est passé, pour la première fois de son histoire, sous la barre symbolique des 50 %. Le résultat a évidemment nourri les discussions, mais sans esclandre. Réunis d’abord à huis clos les 25 et 26 mars notamment pour une séquence de bilan des élections aux chambres d’agriculture, les congressistes ont discuté longuement du positionnement du syndicat, face à la percée d’une Coordination rurale placée sur une ligne plus dure. Ils n’ont toutefois pas acté de virage dans la stratégie du syndicat, ni remis en cause le bilan de l’équipe dirigeante en place.

L’équilibre entre une posture historique de « syndicat constructif » ou de « syndicat de solutions », mais qui ne verserait toutefois pas dans la « cogestion » a traversé les débats, relatent les congressistes en marge de l’évènement. « On restera un syndicat de solution, mais il faut être plus affirmé quand ça ne va pas », indique l’un d’eux. Loin de battre la coulpe lors de son discours de clôture, le président Arnaud Rousseau a d’abord égrainé les causes exogènes qui ont, selon lui, poussé la Coordination rurale : situation économique « difficile », conditions climatiques dégradées, délai de réponse des politiques publiques, orientation « décroissante » des politiques communautaires, et « incertitude géopolitique ».

« Accélérer la transformation »

Si changement il y a, il ne sera pas brutal. Une partie de la journée du 26 mars a été consacrée à la restitution du chantier dit de « transformation » interne du syndicat, lancé il y a trois ans, et au travers duquel la FNSEA entend aujourd’hui apporter des réponses à son recul. Lors de son discours public, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a indiqué que le syndicat avait acté une « accélération » de cette transformation, pour « être plus efficace, et plus combatif » – sans plus de précision.

Sur dix-sept groupes de travail – qui vont de la communication aux ressources humaines, en passant par le financement –, six ont présenté des résultats intermédiaires, à huis clos. Des propositions ont été présentées, qui seront toutefois retravaillées. Le trou de 700 000 à 900 000 euros de subventions publiques lié au recul du syndicat aux élections a été abordé, sans que des mesures d’adaptation précises ne soient actées, expliquent les congressistes.

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Coordination rurale
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Ce sujet des aides publiques s’intègre à la question plus large du financement interne du syndicat, qui comprend les problématiques d’inflation dans les revenus des salariés, ou encore de partage des compétences entre maillons. Retenons que dans un contexte tendu par le résultat des élections, le syndicat a évité de se diviser sur les sujets traditionnellement les plus brûlants (cotisations, aides Pac) ; ils ne manqueront pas de revenir sur la table dans les prochains mois.

Le sujet qui aura finalement retenu le plus l’attention des congressistes, c’est la féminisation ; la FNSEA a adopté, malgré quelques abstentions et votes contre, une motion visant à imposer un pourcentage de 25 % de femmes dans ses instances, y compris régionales et départementales. Un changement de méthode motivé par les obligations en vigueur dans les organisations paritaires, avait expliqué Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, le 18 mars en conférence de presse. Ce plancher sera inscrit dans les statuts, et une clause de revoyure de deux ans a été adoptée. En congrès, le président de la FNSEA a rappelé que de premières dispositions non coercitives avaient été prises en 2019, sans effet jusqu’ici.

Les débats ont porté, non pas sur l’opportunité d’augmenter le nombre de femmes parmi les élus, mais sur les moyens à employer, certains rejetant le principe de l’obligation, ou parfois seulement le terme de quotas. « Il ne s’agit pas de quotas mais d’une démarche positive », expliquent plusieurs congressistes, assurant soutenir la motion. « L’objectif n’est pas d’imposer des quotas, mais d’encourager les femmes à s’engager », assure un autre. Sur 25 élus, le bureau de la FNSEA ne compte qu’une seule femme. Au conseil d’administration, douze femmes siègent parmi les 89 élus. La ferme France compte 26 % de femmes exploitantes selon les chiffres de la MSA de 2021, un chiffre qui stagne depuis les années 2000.

« On restera un syndicat de solution, mais il faut être plus affirmé »