Les producteurs laitiers français ne seront pas à la fête en 2017. Les fondamentaux de marché ne donnent pas de signe d’emballement, excepté pour le beurre qui a déjà atteint un sommet. Les prix payés aux producteurs risquent de rester à l’image de ceux de 2015, soit autour de 310 €-320 €/1 000 l. La collecte laitière européenne devrait, elle, encore progresser.
« Début 2017, l’hypothèse du redressement du prix du lait est loin d’être acquise », écrivait l’Institut de l’élevage (Idele) dans le Tendances de mars. En effet, le printemps pointe le bout du nez avec son pic de collecte habituelle en France et en Europe. Bruxelles dispose encore de 350 000 tonnes de poudre de lait en stock à l’intervention qui ne trouvent pas preneurs. Et, il ne lui reste plus que trois mois pour les remettre sur le marché afin de les vendre à un tarif adéquat. Pour couronner le tout, comme le précise l’Idele, le cheptel français a été préservé comme dans d’autres pays d’Europe, avec donc une capacité de rebond bien présente. En janvier et février, le prix du lait payé au producteur tournait autour de 310 €-315 €/1 000 l. Même Lactalis affichait 310 €/1 000 l. « En mars, le prix est descendu à 303 €/1 000 l », annonçait Michel Costes, président de l’organisation de producteur (OP) Lactalis Rodez (305 €/1 000 l dans d’autres régions couvertes par Lactalis). « Avec la crise, on connaît le point de rupture maintenant : à 270 €/1 000 l en France, les producteurs arrêtent. Six mois à 220 €/1 000 l dans les autres pays européens, les producteurs décrochent », souligne Gilles Durlin, président de l’OP Danone de Bailleul. Il évoque un prix autour de 310 €/1 000 l, voire un peu plus pour mars, mais surtout des « négociations commerciales compliquées ». Danone a trouvé récemment un accord avec ses OP pour globalement réduire la production mais conserver un certain niveau de prix. « En 2017, il faut essayer de mettre des pansements sur les plaies avant de refaire des projets », conseille Gilles Durlin. « On ne sait pas où l’on va, estime Michel Costes. L’inquiétude va porter sur le second semestre ».
Le prix du lait n’incitera pas à produire plus
« La lente reprise du prix du lait est peu incitative et fragilise des élevages sous perfusion des banques », analyse l’Idele. Durant l’hiver, « la production a pâti des stocks fourragers à la fois restreints et de médiocre qualité suite à la sécheresse estivale et automnale », d’où une baisse de la collecte qui irait dans le sens d’une hausse de prix. Par ailleurs, les trésoreries des éleveurs très affectées et le niveau élevé du montant des dettes fournisseurs limite les achats de fourrage et le recours aux concentrés qui permettraient de produire plus. L’Idele note également qu’à « l’échelle nationale, la baisse de production ne résulte que partiellement d’un repli du cheptel, malgré la légère accélération des cessations laitières ». Le cheptel n’est effectivement en repli que de 0,5 % début 2017 par rapport à début 2016, mais il est « sensiblement rajeuni ». L’Idele évoque un potentiel de production « plutôt épargné » pour la France qui pourrait donc réappuyer sur l’accélérateur si besoin. Mais vu les niveaux de prix, les éleveurs ne vont probablement pas s’y risquer. Michel Costes et Gilles Durlin évoquent même des exploitations qui se recyclent vers le lait de chèvre dont certaines parmi les meilleures, techniquement et économiquement parlant.
Une hausse de 0,5 % de la collecte européenne en 2017
Sur le plan européen, l’Idele note que « confrontés à des situations financières dégradées, de nombreux éleveurs pourraient devoir arrêter si le prix du lait plafonnait à son niveau de début 2017. D’autres éleveurs, plus âgés et découragés, peuvent décider d’arrêter l’activité laitière faute de successeur. De plus, la reprise des investissements sera probablement lente et progressive dans la plupart des pays, auquel cas les agrandissements ne compenseraient pas les cessations d’ateliers ». Si les conditions climatiques s’y prêtent, l’Idele prévoit une hausse de la production européenne au deuxième trimestre (+2 à +2,5 %) avec un rebond de l’Irlande (+10 %/2016), de l’Italie et de l’Espagne. Le rebond de la collecte sera probablement plus franc « en Allemagne et au Royaume-Uni qu’en France », anticipe l’institut. Sur l’année 2017, l’Idele prévoit une hausse de la collecte européenne de 0,5 % par rapport à 2016, avec une hausse inférieure à 1 % en Allemagne, France, Danemark et Espagne (+3 à 4 % pour les Iles Britanniques, + à 2 % pour l’Italie et la Pologne). Les Pays-Bas iront, eux, à contre-courant, diminuant leur cheptel et leur production, pour respecter les niveaux de déjection en phosphore (-4 à 5 %/ 2016). Tout cela ne contribuera pas à une hausse des prix en France. Gérard You, chef de service conjoncture laitière à l’Idele, table sur un prix moyen du lait standard (toutes qualités confondues) voisin de celui de 2015 (310-320 €/1 000 l) sur l’année. Mais « le prix des intrants a augmenté », rappelle-t-il.
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350 000 tonnes de stocks de poudre de lait à l’intervention
La Commission européenne conserve près de 350 000 tonnes de poudres de lait dont la durée de vie est limitée à dix-huit mois. Or, le délai arrive à échéance d’ici trois mois et la poudre devrait être réorientée vers le marché de l’alimentation animale. Les appels d’offres faits par la Commission n’ont pour l’heure rien donné, la Commission refusant de vendre à un prix inférieur à celui du marché. Ces stocks qui représentent près de deux mois de production européenne pèseront dans tous les cas sur le marché mondial. Même s’ils sont vendus pour l’alimentation animale, cela représentera toujours un créneau que d’autres poudres de lait ne prendront pas, explique Gérard You, chef de service conjoncture laitière à l’Institut de l’élevage. Gilles Durlin, président de l’OP Danone de Bailleul, se veut plus positif et estime de son côté qu’en évacuant les stocks vers de l’alimentation animale ou de l’aide humanitaire, « on pourra vite gagner quelques euros » sur le prix du lait au producteur.
Le prix du beurre flambe, mais pas le prix payé au producteur
Le prix du beurre a été multiplié par 1,5 en un an, atteignant un niveau jamais atteint (+4 500 €/tonne). Et pourtant, cette hausse ne se traduit pas sur la paye de lait des éleveurs. Les économistes de l’Association permanente des chambres d’agricultures (APCA) en expliquent la raison dans leur note de conjoncture reçue le 6 mars : « Le système français de calcul du prix du lait répercute avec retard et de façon atténuée l’évolution des prix des produits laitiers industriels. De plus, d’autres indicateurs contribuent à la détermination du prix du lait, tels que l’écart de prix avec l’Allemagne. Le prix peut aussi être ajusté par les différents industriels laitiers en fonction des prix pratiqués par leurs concurrents proches ». Les incertitudes des négociations tarifaires ont également joué un rôle, selon eux. Un décrochement est tout-à-fait envisageable sur le marché du beurre, sachant que les industriels, à un certain seuil, arrêtent d’acheter, le beurre étant trop cher, comme le précise l’Institut de l’élevage (Tendances n° 277).