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Industrie Pas n’importe quel blé pour la filière éthanol

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Lors du colloque organisé le 4 avril par le GLCG (Groupe de liaison sur la conservation des grains) sur le bioéthanol, collecteurs, industriels de l’alcool et représentants des fabricants d’aliments ont échangé sur leurs besoins. Un dialogue nécessaire pour ajuster l’offre à la demande.

«Nous ne sommes pas une poubelle ! ». Voilà qui peut résumer les inquiétudes des éthanoliers concernant leur approvisionnement en blé, exprimées lors du colloque sur le bioéthanol organisé le 4 avril par le GLCG (Groupe de liaison sur la conservation des grains), à Paris. Que les céréaliers se le disent : le blé à forte teneur en mycotoxines, insuffisamment riche en amidon ou à trop faible poids spécifique ne partira pas dans les silos des fabricants de biocarburant. « Dans le schéma de fonctionnement de Cristanol dont nous serons fournisseurs, 1 tonne de blé doit fournir en moyenne 3,5 hectolitres d’alcool ou d’éthanol, a signalé Michel Costes, directeur commercial de Champagne céréales. Ce qui nous rend exigeants sur la production. » La coopérative se fixe un objectif de 35 hectolitres d’alcool par hectare. Pour y parvenir, elle mise sur une production de 100 quintaux de blé à l’hectare et un grain capable de fournir un bon rendement en alcool.

Blé de qualité

« Un blé standard pourra être utilisé par Cristanol », a précisé Michel Costes. Il devra avoir une teneur en amidon supérieure à 60 %, résultant d’un choix variétal adéquat (blé hard ou demi-hard), un poids spécifique supérieur à 77 kg/hl, une humidité inférieure à 15 %... Et un faible taux en mycotoxines. Ces substances peuvent gêner l’activité bactériologique lors du processus de fermentation et, en plus, le risque est grand de les voir se concentrer dans les drèches, un coproduit destiné à l’alimentation animale. Or, comme l’a précisé Valérie Bris, responsable technique et scientifique du Snia (Syndicat national des industries de l’alimentation animale), « les drèches de blé constituent pour nous une matière première, et il ne s’agit absolument pas de déchets ». Ces coproduits doivent donc répondre aux spécifications de l’alimentation animale, traduites dans le règlement hygiène et dans les normes de qualité sanitaire. Il s’agit d’un enjeu de taille pour les industriels, puisque les drèches devraient représenter autour de 20 % de leurs revenus.

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Offre différenciée

Pour mieux valoriser ce coproduit, l’équipe de Cristanol a choisi un procédé qui lui permettra de proposer une offre différenciée. « Nous pourrons isoler les gros sons, susceptibles de concentrer les mycotoxines, a expliqué Paul Crédoz, directeur industriel de Cristal union. Cela nous permettra par ailleurs de proposer des drèches à plus forte teneur en protéines, de l’ordre de 35 à 36 %. » L’usine pourra également produire des drèches à faible teneur en protéines, si le choix est fait d’extraire le gluten du blé, un coproduit à forte valeur ajoutée. La variabilité des drèches mises en marché risque d’inciter les fabricants à la prudence : « Un formulateur qui ne connaît pas bien la matière première dont il dispose prendra un maximum de précaution, quitte à perdre de la protéine», a indiqué Maria Vilarino, du service qualité et valorisations d’Arvalis. La place sera d’autant plus difficile à trouver que ces drèches, qui représenteront un petit million de tonnes de produits, vont arriver sur un marché qui ne les attend pas : en 2003, les industriels ont produit 23 Mt d’aliments contre 21,6 Mt en 2006. « Un dialogue sera nécessaire entre producteurs et fabricants d’aliments », a prévenu Valérie Bris. Pour que le produit offert réponde bien aux attentes des utilisateurs.

Il reste encore un peu de temps aux uns et aux autres pour apprendre à se connaître : sur le site de Cristanol, par exemple, la ligne de fabrication dédiée au blé n’entrera en fonction qu’au second semestre 2008.