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Perspectives agricoles 2022-2032 : un ralentissement de la croissance de l’UE en vue

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Les paramètres de la productivité agricole européenne entrent « dans une nouvelle phase », prévient Bruxelles dans son rapport annuel sur les perspectives de l’agriculture à moyen terme. Dans les dix prochaines années, la Commission prévoit en effet une stagnation de la production des principales denrées alimentaires du fait, entre autres, du changement climatique, des nouvelles tendances de consommation et des exigences environnementales renforcées (moins de pesticides et d’engrais).

Entre la multiplication des crises (Covid-19, guerre en Ukraine), les événements météorologiques extrêmes, des maladies animales – entraînant de nouvelles incertitudes pour les marchés agricoles et la sécurité alimentaire mondiale – les nouvelles tendances de consommation et les pressions environnementales, la Commission européenne prévoit dans son rapport sur les perspectives agricoles pour 2022-2032 publié le 8 décembre « un ralentissement de la croissance de la production des principaux secteurs agricoles de l’UE » dans les années à venir. Dans l’ensemble, la production devrait stagner, voire légèrement baisser, ce qui devrait être le cas du lait et de la viande. Au cours des dernières décennies, l’UE a été en mesure d’augmenter sa productivité agricole, et donc sa production, grâce en particulier au rôle important joué par les États membres ayant rejoint l’UE après 2004 où les investissements structurels, grâce au financement communautaire, ont stimulé les rendements des cultures et du lait. Mais au cours de la prochaine décennie, « les paramètres clés de la productivité semblent entrer dans une nouvelle phase », souligne la Commission européenne. Ainsi, la croissance du rendement des cultures devrait maintenant ralentir et le niveau de production stagner du fait du changement climatique, d’une moindre utilisation des produits phytosanitaires et des engrais synthétiques, d’un accès limité à aux techniques d’édition génomiques et d’un ralentissement des améliorations génétiques possibles, entrevoit le rapport.

Recul des productions animales

Dans le cas de la production laitière, la croissance robuste depuis l’abolition des quotas de production, « pourrait ralentir considérablement et même devenir légèrement négative, car la réduction du nombre de troupeaux pourrait ne plus être compensée par l’augmentation du rendement ». Une baisse de la production laitière de l’UE de 0,2 % par an est donc prévue d’ici à 2032, mais « cela ne remettra pas en cause la position de l’UE en tant que premier fournisseur mondial de produits laitiers », préviennent les services de la Commission. Pour la viande, le cheptel bovin de l’UE devrait aussi diminuer de 2,8 millions de têtes (-9,1 %). La production de viande de porc devrait, elle, reculer de 1 % par an entre 2022 et 2032, ce qui correspond à une baisse de 2,2 millions de tonnes sur l’ensemble de la période. Seule la production de volaille pourrait connaître une hausse, de 0,2 % par an, mais plus lente qu’au cours de la dernière décennie. Le passage à un régime alimentaire à base de plantes pourrait entraîner une importance croissante des protéines alternatives à la viande, mais la Commission estime qu’elles ne représenteront encore qu’une très petite part de marché.

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Du côté des céréales, en 2032, la production globale de l’UE devrait reculer de 1,1 million de tonnes à 308 millions de tonnes du fait de surfaces en léger recul et de rendements qui plafonnent. Les rendements de l’orge et du blé devraient stagner. En revanche, ceux du maïs pourraient encore augmenter grâce à l’amélioration des rendements dans les pays de l’est de l’UE. Compte tenu de l’extension des surfaces et de l’augmentation des rendements, la production européenne d’oléagineux devrait par contre atteindre 32,9 millions de tonnes en 2032 (contre 30,2 millions de tonnes en 2020-2022). À l’inverse, en raison de la diminution de la superficie de betterave et de la stabilité des rendements, la production de sucre devrait diminuer lentement, passant d’une moyenne de 15,8 millions de tonnes en 2023-2025 à 15,5 millions de tonnes en 2032. Toutefois le recul de la consommation européenne (plus rapide que celui de la production) pourrait offrir des opportunités à l’export.

Le nombre d’agriculteurs continue de fondre

Les agriculteurs européens sont pris dans un cercle vicieux où ils « dépensent de plus en plus d’argent en intrants pour tenter de compenser la baisse de leurs revenus, alors que l’utilisation et le coût croissants de ces intrants y jouent un rôle important », dénonce l’eurodéputé vert Benoît Biteau qui propose une lecture alternative des résultats présentés par la Commission européenne lors de la conférence sur les perspectives agricoles pour 2022-2032 qui s’est tenue les 8 et 9 décembre. Alors que ces perspectives agricoles se concentrent trop sur les indicateurs macroéconomiques, il faut selon lui « mettre en évidence que le statu quo actuel est la principale menace, notamment parce qu’il écrase ceux qui sont essentiels à la souveraineté alimentaire de l’UE : les agriculteurs » dont le nombre ne fait que décroître. Selon les chiffres présentés par la Commission européenne, d’après les données de recensement de 2020, l’UE compte 9,1 millions d’exploitations soit une baisse de 25 % par rapport à 2010. Dans le même temps, le nombre de grandes exploitations (de plus de 100 ha) a augmenté de 14 %. Celles-ci cultivaient environ 50 % de la surface agricole de l’UE. Environ 80 % des exploitations de l’UE sont spécialisées, les grandes cultures représentant un tiers d’entre elles, tandis que les exploitations spécialisées dans l’élevage ont enregistré la plus forte baisse (-40 %).