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Pesticides : un usage géographiquement lié au risque de cancer du pancréas

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Les travaux d’une équipe française, publiés dans la revue European Journal of Epidemiology, établissent un lien entre l’usage local des pesticides et le risque de cancer du pancréas en France, où l’incidence progresse rapidement.

Repéré par le quotidien Le Monde, un article publié dans la revue European Journal of Epidemiology fin novembre a établi pour la première fois, en France, un lien entre la répartition géographique du risque de contracter le cancer du pancréas et l’utilisation locale des pesticides. À noter que l’Hexagone est l’un des pays où l’incidence du cancer du pancréas progresse deux à trois fois plus rapidement que dans la plupart des pays européens, et le quatrième pays le plus touché au monde, après l’Uruguay, la Hongrie et le Japon, en valeur absolue.

« Or, aucun des facteurs de risque connus pour ce cancer, en particulier l’obésité, le diabète et le tabagisme, ne permet d’expliquer cette singularité française », précise le gastro-entérologue et épidémiologiste Mathias Brugel, coauteur des travaux, interrogé par Le Monde (article payant). Alors que l’usage des pesticides y est « l’un des plus intenses au monde », l’équipe a voulu « tester l’hypothèse d’un lien entre l’usage de ces produits et l’incidence locale de la maladie », souligne Mathias Brugel.

Une distribution géographique inégale

Pour ce faire, les chercheurs ont croisé les informations de deux bases de données au cours de la décennie 2011-2021. La première, celle du Programme de médicalisation des systèmes d’information, permet d’obtenir le nombre de cas incidents de cancers diagnostiqués à une échelle géographique plus précise que le code postal; la seconde rassemble les volumes de ventes de pesticides, substance par substance, à l’échelle d’une commune.

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Résultat : la distribution géographique du risque sur le territoire métropolitain est inégale. L’article constate ainsi un risque plus élevé autour du bassin parisien, en Bourgogne, dans le centre de la France et sur l’arc méditerranéen, avec des zones de sur-risque dans le Sud-Ouest. Par ailleurs, il note une association statistiquement significative entre la quantité de substances appliquées par unité de surface et le risque de contracter un cancer du pancréas. L’ampleur de l’effet mis en évidence est « faible, mais statistiquement robuste », précise l’article. Pour une augmentation de 2,6 kg de pesticides utilisés à l’hectare, le risque relatif de cancer pancréatique augmente ainsi en moyenne de 1,3 %.

Outre les quantités cumulées, les chercheurs ont identifié trois pesticides dont l’usage est localement associé à un léger sur-risque : le glyphosate, le mancozèbe et le soufre en pulvérisation. Les chercheurs insistent toutefois sur le fait que ces trois substances ne sont pas nécessairement en cause, leur association avec la maladie pouvant être le résultat d’usage concomitant avec d’autres des quelque 300 produits autorisés, qui n’ont pas tous été analysés individuellement.

La France est le quatrième pays le plus touché au monde