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Peu à peu, une interprofession apicole française prend forme

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Les apiculteurs français sont en train de travailler à la mise en place d’une interprofession. Le 18 janvier, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a annoncé qu’une réunion aura lieu le 1er mars. Il souhaite qu’un accord prenne forme. Du côté des professionnels, prudence et optimisme sont de mise.

« Si vous interrogez trois apiculteurs, vous aurez dix positions différentes », ironise Joël Shiro, président du SPMF (1). La filière apicole française est éclatée : en dix ans, le nombre de syndicats est passé de trois à sept. Ces sept syndicats (SPMF, SNA (2), FFAP (3), Unaf (4), les commissions apicoles des syndicats FNSEA, Confédération paysanne et Coordination rurale) doivent se réunir, le 1er mars, pour créer une interprofession apicole française. « Dans quelques jours, il y aura plus de concret. Ça avance bien. C’est pratiquement bouclé », témoigne Gilles Lanio, président de l’Unaf à propos de la construction d’une interprofession. Le 1er mars, la réunion sera sans doute décisive, mais les syndicats travaillent sur la question depuis de nombreuses années. En outre, dès 2008, le rapport Saddier, du député savoyard du même nom, résumait : « L’apiculture est à chaque fois une passion, mais pour certains un loisir, d’autres un métier. Il y a donc lieu d’organiser de toute urgence “une filière abeille ou apicole” ».

Crainte d’une « ubérisation » de la profession

« Ce qu'il se passe dans la filière apicole, c’est une sorte d'“ubérisation” : “Si j’ai trois ruches, je suis apiculteur professionnel” », s’inquiète un apiculteur proche du dossier. La définition de l’apiculteur professionnel est le point de tension qui mobilise les syndicats. Néanmoins, un consensus est en voie de finalisation. Le seuil de 200 ruches pourrait être retenu pour définir un apiculteur professionnel. « Les apiculteurs qui ont moins de 200 ruches ne seraient pas dans l’instance dirigeante de l’interprofession, précise prudemment Gilles Lanio. Mais cela reste à confirmer, je le répète. Il faut une finalisation ».

Pérenniser la profession

L’enjeu d’un regroupement des professionnels de l’apiculture en France est de taille. En dix ans, la production française a été divisée par trois. Aujourd’hui, la consommation française est en partie couverte par les importations. Pour le ministère de l’Agriculture et pour la filière, la situation ne peut pas durer. « L’interprofession est aussi un moyen de récolter des financements pour le développement de l’apiculture française », explique Gilles Lanio rappelant que les crédits de l’État ne sont pas illimités. Si le défi semble loin d’être relevé, il avance. « Je souhaite qu’il y ait un accord », déclarait pour sa part Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, lors de la présentation du nouveau plan apicole français (voir encadré), le 18 janvier.

(1) Syndicat des producteurs de miel de France

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(2) Syndicat national d’apiculture

(3) Fédération française des apiculteurs professionnels

(4) Union nationale de l’apiculture française

Les tentatives de créer une interprofession apicole ont échoué deux fois : en 1974 puis en 1990 (source : SPMF, 2015)

Le nouveau plan apicole français ne convainc pas les apiculteurs

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a dressé un bilan positif du plan de développement durable de l’apiculture, le 18 janvier. Depuis son lancement en 2013, le plan a vu 72 % des actions préconisées complètement mises en œuvre. Le plan doit se poursuivre autour de quatre axes : la recherche, la santé des colonies, la production apicole et la formation. Pour 2016 et 2017, le budget dédié à l’apiculture se maintient, à 13 M€ par an. Mais les réactions des professionnels sont sans appel. « Le ministre annonce son plan pour boucler la boucle avant de partir… », lance-t-on à l’Unaf (Union nationale des apiculteurs français) qui reproche au ministre sa position sur les néonicotinoïdes. D’autres parlent d'« apiculturophobie » du ministère de l’Agriculture. La Confédération paysanne juge, elle, « incompatible avec les néonicotinoïdes » la durabilité de son plan de développement de l’apiculture, ainsi que sa volonté de développer l’agro-écologie.