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Commission européenne Phil Hogan, avocat de la simplification de la Pac, approuvé par les eurodéputés

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Le commissaire européen désigné à l'agriculture, Phil Hogan, a passé sans encombre, le 2 octobre, son audition devant la commission compétente du Parlement européen, qui a donc approuvé sa nomination à ce poste. Il a notamment séduit une bonne partie des députés en s'engageant à « réduire le fardeau administratif » de la nouvelle Pac, qu'il veut « simple, efficace et flexible ».

PHIL Hogan, le commissaire européen désigné à l'agriculture et au développement rural, a été approuvé le 2 octobre par la commission compétente du Parlement européen. Celle-ci a dû toutefois procéder à un vote en bonne et due forme, à la demande du groupe de la Gauche unitaire (GUE), alors que l'ex-ministre irlandais de l'environnement avait, peu avant, passé son audition sans encombre. Si l'exécutif présidé par Jean-Claude Juncker reçoit l'aval du Parlement européen lors d'un vote en session plénière prévu le 22 octobre, Phil Hogan succédera le 1er novembre au Roumain Dacian Ciolos.

« En particulier le verdissement »

« Dans les douze premiers mois, nous allons examiner la possibilité de simplifier davantage les paiements directs, en particulier le verdissement, le développement rural, la politique de qualité et le régime des fruits et légumes », avait promis Phil Hogan dans ses réponses écrites aux questions posées par la commission compétente du Parlement européen, avant que celle-ci ne l'auditionne le 2 octobre. Le commissaire désigné à l'agriculture et au développement rural s'était aussi engagé à « contribuer à la révision en 2016 du cadre financier pluriannuel (de l'UE) en identifiant les moyens de centrer davantage la Pac sur l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité ».

« Un de mes engagements, en tant que nouveau commissaire, sera d'examiner toute la législation sur la Pac pour voir ce qui peut être simplifié, sans remettre en question ni l'efficacité de la politique, ni la bonne gestion financière », a répété Phil Hogan lors de son audition par les membres de la commission de l'agriculture et du développement rural du Parlement européen.

Lait, embargo russe

En réponse à de nombreuses questions de députés, le commissaire désigné a affirmé par ailleurs que « l'abolition des quotas laitiers placera l'UE dans une bien meilleure position pour répondre aux signaux du marché et aux défis mondiaux ». Il a admis qu'il y avait « pas mal de volatilité » dans ce secteur, promettant d'« utiliser toutes les mesures de la boîte à outils, et éventuellement des restitutions à l'exportation, même si elles sont très coûteuses ».

À propos de l'embargo russe sur les produits agricoles de l'UE (1), Phil Hogan a rappelé que l'UE a déjà « essayé de stabiliser les marchés et d'aider à réorienter nos exportations vers d'autres pays tiers ». « Je n'hésiterai pas à prendre les mesures nécessaires, a-t-dit. Il faudra voir comment financer tout cela. D'ici mi-octobre nous aurons les estimations de la Commission. La réserve de crise signifie que l'on doit prélever de l'argent sur les paiements directs de tous les agriculteurs. C'est donc un problème qui se pose ».

Autour de l'agriculture, d'autres commissaires auditionnés

Commissaire à la santé et la sécurité alimentaire : les OGM, dossier sensible

Vytenis Andriukaitis, le commissaire désigné à la santé et la sécurité alimentaire, a passé sans trop d'encombres son audition parlementaire, le 30 septembre. Sur la question des OGM, « je prendrai des mesures rapidement. La subsidiarité doit être respectée », et l'exécutif doit chercher à « éviter la confrontation » avec les États membres, a-t-il dit. Dans ses réponses aux questions écrites posées par les députés en préambule de son audition, le chirurgien lituanien, ministre de la santé depuis 2012, avait annoncé que, « durant les six premiers mois » de son mandat, il « examinera la législation applicable à l'autorisation des organismes génétiquement modifiés, comme annoncé par le président élu (Jean-Claude) Juncker dans ses orientations politiques ». Le président de la prochaine Commission « ne considère pas normal qu'en vertu des règles actuelles, la Commission soit juridiquement forcée d'autoriser l'importation et la transformation de nouveaux organismes même lorsqu'une majorité claire d'États membres s'y oppose » (3).

L'organisation écologiste Greenpeace s'est immédiatement réjouie de « l'engagement de Vytenis Andriukaitis de rendre plus démocratiques les décisions sur les cultures génétiquement modifiées ».

Le commissaire désigné a aussi annoncé, devant les parlementaires, qu'il « reviendra sur la question » de l'étiquetage d'origine de la viande dans les plats préparés, car les consommateurs « veulent savoir ». Le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) vient de mener une campagne pour la mise en œuvre d'un tel étiquetage, rappelant que « le scandale de la viande de cheval a ébranlé la confiance des consommateurs dans leur alimentation ».

Commissaire au commerce : feu vert

Après l'avoir auditionnée le 29 septembre, la commission compétente du Parlement européen a donné son feu vert à la nomination de la commissaire suédoise désignée au commerce, Cecilia Malmström. Celle-ci s'est efforcée, devant les députés, d'apporter des garanties sur la position de Bruxelles dans les pourparlers pour un accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis. « Nous devons montrer que nous ne négocions pas un accord en secret dans le dos du public », a-t-elle dit.

La commissaire sortante aux affaires intérieures est toutefois restée ambiguë sur une question sensible : l'inclusion, dans l'accord euro-américain, d'un arbitrage international pouvant permettre aux multinationales de contester en justice des politiques des gouvernements nationaux (4).

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Commissaire à l'environnement : oui, à une condition Le commissaire maltais désigné à l'environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, Karmenu Vella, devrait être confirmé par les eurodéputés sous condition. Cette condition ne tient pas à sa prestation lors de son audition, le 29 septembre, mais à la structure même de la future Commission présidée par Jean-Claude Juncker. Les parlementaires demandent à ce dernier de modifier le portefeuille de son vice-président désigné chargé de l'emploi, de la croissance, des investissements et de la compétitivité, le Finlandais Jyrki Katainen, pour y ajouter la « durabilité environnementale ».

L'organisation écologiste Greenpeace a toutefois considéré que Karmenu Vella « n'a pas réussi à convaincre » lors de son audition au Parlement européen, et n'a pas démontré sa « compréhension de la complexité des questions environnementales ».

Libre-échange, OGM, chaîne alimentaire

Interrogé sur les négociations de libre-échange en cours entre l'UE et les États-Unis (2), Phil Hogan a souligné qu'un accord avec Washington « devra être raisonnable et équilibré et ne devra pas conduire à une pression à la baisse sur nos normes de production ». « J'ai l'intention de maintenir des protections aux frontières pour les secteurs les plus sensibles », a-t-il ajouté, s'engageant aussi à renforcer la protection des indications géographiques.

Sur la question des OGM, le commissaire désigné, se référant à la position du président de la prochaine Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a estimé que, « si les États membres sont contre, cela a autant de poids que les avis scientifiques ».

En réponse à une question sur les pratiques commerciales déloyales dans la chaîne alimentaire, il a reconnu que la concentration au niveau de la distribution pouvait être excessive au détriment des agriculteurs, et s'est déclaré prêt à proposer des instruments juridiques si les initiatives volontaires (code de conduite) ne fonctionnent pas.

Simplification contre « fardeau administratif »

Le commissaire désigné à l'agriculture précisait, dans ses réponses écrites, que, une fois confirmé, il compte demander à ses services de « procéder à un examen complet de la législation de la Pac pour repérer ce qui peut donner à lieu à simplification », ce travail devant aussi porter sur « un contrôle de subsidiarité, afin de déterminer les décisions politiques qu'il serait préférable de laisser au niveau des États membres. ».

« Sur la base de cet examen, poursuit Phil Hogan, j'ai l'intention de présenter, au cours de la première année de mon mandat, une stratégie en faveur de la simplification et de la subsidiarité dans le cadre de la Pac, assortie d'une série d'initiatives concrètes et d'un calendrier réaliste de mise en œuvre ». Selon lui, il s'agira notamment « de réduire la palette des formules proposées et des exemptions, c'est-à-dire des solutions sur mesure », car « de nombreux aspects de la (réforme de la) Pac qui risquent d'être perçus comme un fardeau administratif sont peut-être bien la conséquence directe de la complexité du cadre législatif qui vient d'être décidé ».

Réexamen de la réforme au bout d'un an

Phil Hogan envisage ainsi une « approche en deux étapes », la première devant être « réalisable dans un futur proche », la deuxième portant sur « des initiatives à moyen terme ».

Dans le cadre de la première étape, et « au terme de la première année d'expérience de la réforme, un réexamen visera à établir si la conception de notre stratégie, notamment en matière de paiements directs, lui permet d'être correctement appliquée sur le terrain », précise-t-il. « Si tel n'est pas le cas, je proposerai de modifier nos règles afin de les rendre plus simples et plus efficaces. Bien entendu, l'exercice tiendra compte de l'accord sur le verdissement et de la mesure relative aux surfaces d'intérêt écologique, conformément aux engagements pris par la Commission sortante ». Parallèlement, des examens seront menés et des propositions éventuelles de simplification et d'harmonisation seront présentées en ce qui concerne les indications géographiques et le régime des fruits et légumes.

(1), (2) et (4) Voir même numéro

(3) Voir n° 3457 du 21/07/14