Abonné

Phytosanitaires : « Sur la bonne voie », veut croire Bruxelles

- - 4 min

La Commission européenne estime que la réduction de l’utilisation des pesticides en vue d’atteindre les objectifs de la stratégie De la ferme à la table est déjà sur la bonne voie. Les professionnels sont plus sceptiques.

À peine lancée, déjà efficace : la Commission européenne se félicite, le 31 mai suite à la publication d’une première mise à jour, « des progrès accomplis dans la réalisation des objectifs fixés en matière de pesticides dans le cadre de la stratégie De la ferme à la table » qui prévoit un objectif de réduction de l’utilisation et du risque des pesticides chimiques de 50 %. Une stratégie adoptée il y a un peu plus d’un an (en mai 2020) mais qui aurait déjà eu des résultats en 2019. Bruxelles constate en effet une réduction de 8 % de l’utilisation et du risque des pesticides chimiques dans l’UE en 2018, et une nouvelle réduction de 5 % en 2019, par rapport à la période de référence 2015-2017. Entre 2011 et 2016, une baisse annuelle de 4 % a déjà été enregistrée. La Commission fait également état d’une réduction de 12 % de l’utilisation de pesticides plus dangereux en 2019. Elle note néanmoins que si l’utilisation des pesticides peut être influencée par des facteurs saisonniers, il s’agit cependant, selon elle, « d’une évolution particulièrement significative étant donné que l’utilisation de ces pesticides avait augmenté depuis 2011. L’année 2019 a donc marqué la première baisse significative de leur utilisation ».

La base de référence choisie pour évaluer ces objectifs sera la moyenne des années 2015, 2016 et 2017 (les trois années les plus récentes à disposition au moment de l’annonce de la stratégie). Et pour mesurer les objectifs, la Commission s’appuie sur les ventes de pesticides depuis 2011 ainsi que sur des indicateurs de risque harmonisés (IRH). Le premier (IRH 1), basé sur les quantités de substances actives contenues dans les pesticides mis sur le marché et sur les propriétés de ces substances (avec une pondération selon les catégories : faible risque, standard, candidats à la substitution, etc.), estime la tendance de l’utilisation et du risque des pesticides. Cet indicateur montre une tendance à la baisse de 17 % de 2011 à 2018. Le second (IRH 2) estime la tendance des risques associés aux autorisations d’urgence des pesticides. Il a enregistré une augmentation de 50 % sur la même période.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Toujours des résistances

Mais quelque treize organisations du secteur agroalimentaire de l’UE – Copa-Cogeca (producteurs), CropLife (phytosanitaires), CIBE (betteraviers)…  – continuent de s’inquiéter de l’impact des objectifs de la stratégie De la ferme à la table concernant l’utilisation des produits chimiques agricoles. Dans une lettre ouverte du 27 mai, elles demandent une nouvelle fois à la Commission de procéder à une évaluation complète des impacts économiques, sociaux et environnementaux cumulés avant de prendre toute décision quant à leur mise en œuvre. Les signataires rappellent que « les producteurs ont moins d’outils à leur disposition pour lutter contre l’évolution des conditions de production ». « Il est donc essentiel, écrivent-ils, de mettre en place un cadre politique qui soutienne les besoins de protection des cultures » notamment de produits phytopharmaceutiques à faible risque et d’autres technologies durables (NBT, outils numériques) qui ne sont souvent pas facilement disponibles du fait de la lenteur des procédures d’autorisation, du manque de reconnaissance mutuelle, ou encore de rapports coût-efficacité élevés.