Seuls 37 millions € des 125 millions du premier plan d'aide lancé en août pour aider le secteur des fruits et légumes face à l'embargo imposé par la Russie ont finalement été consommés. Les organisations agricoles de l'UE demandent que les fonds restant soient consacrés à la mise en place de nouvelles mesures d'urgence notamment des aides compensatoires aux producteurs laitiers des pays baltes et de Finlande.
LES Etats membres n'ont finalement réclamé que quelque 37,3 millions d'euros sur la première enveloppe de 125 millions d'euros débloquée en août pour venir en aide au secteur des fruits et légumes (1) affecté par l'embargo russe sur les produits agroalimentaires. 26,2 millions ont été consacrés aux pomme et aux poires et 11,1 millions aux autres productions éligibles (choux, carottes concombre, tomates, poivrons, fruits rouges…) pour un total de 70 000 tonnes de fruits et légumes. Bruxelles avait dû suspendre ce plan suite à l'afflux de demandes en provenance de Pologne qui s'élevaient dans un premier temps à 147 millions €. Bruxelles avait demandé aux États membres de mener des contrôles dans chaque exploitation n'appartenant pas à une organisation de producteurs ayant fait une demande d'aide. Après vérification des autorités polonaises, seuls 25,8 millions € ont été finalement demandés. La Commission européenne a par la suite lancé un second plan, mieux ciblé, de 165 millions € (2). Sur les 37,3 millions € finalement notifiés à Bruxelles, dans le cadre du premier plan de soutien au marché, près de la moitié a été consacrée à de la distribution gratuite, 44% à des récoltes en vert et 7% à d'autres usages (comme la méthanisation par exemple).
De nouveaux plans d'aideLe Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE) appelle dans un communiqué à utiliser le montant d'aide restant, estimé à plus de 85 millions d'euros, en janvier prochain, « pour un nouveau régime visant à prévenir un effondrement complet du marché, alors que la saison sera à son apogée et que les volumes de production seront plus élevés ». Par ailleurs, le Copa-Cogeca demande que, dans le secteur laitier, les États membres disposent de flexibilité pour collecter le super-prélèvement auprès des agriculteurs touchés par la crise et d'actualiser le prix d'intervention pour le lait afin de tenir compte de la hausse des coûts de production. Des mesures sont également souhaitées pour les secteurs porcin (notamment pour certains produits spécifiques comme la graisse et les sous-produits) et bovin (pour trouver de nouveaux débouchés, par exemple en Turquie). Dans un courrier adressé le 31 octobre au nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le Copa-Cogeca réclame donc le déblocage d'une aide supplémentaire non issue du budget de la Pac pour financer ces mesures ciblées.
Q uelque trois cents pomiculteurs polonais ont manifesté le 4 novembre à Varsovie à proximité du bureau du Premier ministre pour réclamer des aides nationales et européennes pour leur profession durement touchée par l'embargo russe sur les produits agroalimentaires de l'UE. « Aucun pays au monde ne peut absorber le million de tonnes de pommes polonaises » que la Russie a refusé en réponse aux sanctions européennes, a indiqué le président de l'Union des propriétaires de vergers polonais, Miroslaw Maliszewski. « Il faut trouver des moyens d'utiliser ces pommes d'une autre manière, peut-être en les transformant en biogaz, avec des financements polonais et européens », demande-t-il.
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Dans une lettre à Jean-Claude Juncker, aux vice-présidents de la Commission européenne Kristalina Georgieva (budget) et Jyrki Katainen (emploi) et au commissaire à l'agriculture Phil Hogan, des organisations agricoles baltes et finlandaises demandent, elles, une aide compensatoire d'urgence pour les producteurs laitiers de leurs pays. « Nous avons perdu du jour au lendemain notre principal marché d'exportation. Cela a entraîné une chute spectaculaire du prix de nos produits laitiers, avec des niveaux de prix payé aux producteurs inférieurs aux coûts de production. À chaque litre de lait produit, nous perdons de l'argent, or le lait ne peut pas être stocké en attendant que les prix remontent. Cette situation est littéralement insoutenable, même à court terme », écrivent-elles. Le déblocage d'une telle aide dépend en partie des discussions sur le budget européen pour 2015 et en particulier de la réserve de crise agricole. Un sujet qu'aborderont les ministres de l'agriculture des Vingt-huit réunis le 10 novembre à Bruxelles (3).
(1) Voir n° 3469 du 03/11/2014 (2) Voir n° 3465 du 06/10/2014 (3) Voir même numéro