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Plus jeune, plus féminine : en congrès, la Conf s’affiche conquérante

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Le congrès de la Confédération paysanne, en Haute-Vienne fin avril, a permis de faire le bilan des mandats de Nicolas Girod, tout en réaffirmant la ligne militante du syndicat. Plus jeunes, plus féminins, le nouveau comité national et le futur secrétariat national visent déjà les élections aux chambres.

Prenant la parole en clôture de son dernier congrès de la Confédération paysanne en tant que porte-parole, le 27 avril en Haute-Vienne, Nicolas Girod retient péniblement une larme. « Après un congrès comme ça, on aurait presque envie de continuer son mandat. » Dans ce bâtiment qui accueille d’habitude le matériel du maraîcher Matthieu Gérardin, transformé en centre de congrès éphémère accueillant 400 personnes, on se lève des chaises en plastique pour applaudir. On devine un peu de fatigue sur les visages, après trois jours de congrès marqués par de longues soirées, mais surtout par des débats sur la ligne du syndicat, et sur le renouvellement des quatre-vingt membres du comité national. Une promotion dans laquelle, se félicite-t-on de toutes parts, la proportion de femme est passée de 30 à 47 %.

« Il y a dix ou quinze ans, ça pouvait être très dur pour les femmes au comité national », admet Nicolas Girod. Entrée à la Confédération paysanne au début des années 2000 comme animatrice, puis adhérente après son installation en Ardèche, Fanny Métrat fait partie de celles qui ont pris du temps avant de sauter le pas pour se présenter au comité national, malgré les multiples sollicitations. « L’équipe sortante a réussi à créer une ambiance bienveillante, et à fédérer autour d’une ligne avec laquelle je me sens vraiment en phase », salue la nouvelle élue.

Ce nouveau comité se réunira ensuite fin mai pour élire le secrétariat national, alors que sept des secrétaires actuels sur les neuf quitteront leur poste. Les élections devraient là aussi marquer une féminisation de l’équipe, alors que seules Véronique Marchesseau et Laurence Marandola devraient rester en place. La première candidatant en tant que secrétaire générale et la seconde en tant que porte-parole. L’autre fait marquant du congrès, note Laurence Marandola, est aussi le renouvellement des militants. Sainte-Soline ou l’A69, confirme-t-elle, sont un lointain écho de mobilisations historiques qui ont « encouragé des jeunes à nous rejoindre ». Entre la créativité des mobilisations, et les messages forts sur le climat ou le monde paysan », « notre vision correspond aux aspirations des jeunes », appuie Fanny Métrat. Et de souligner qu'elle-même avait rejoint la Conf’ après le démontage du McDonald’s de Millau en 1999.

Un syndicat de résistance

Durant les trois jours, les adhérents réunis en ateliers ou en plénière ont pu débattre de la ligne du syndicat, et notamment de l’équilibre à trouver entre les actions et les démarches institutionnelles. Des discussions « historiques » au sein de la Conf’, observe Nicolas Girod. Les adhérents auraient aussi confirmé leur intention de renforcer les « convergences » avec les syndicats de salariés ou les associations de protection de l’environnement. La Conf’ ne s’interdira donc aucune alliance par principe, mais elle ne travaillera qu’avec des organisations qui partagent sa vision de l’agriculture, maintient Nicolas Girod. Le rapprochement avec L214 autour de la ferme des mille vaches, illustre-t-il, s’était vite interrompu « faute d’avoir les mêmes objectifs sur l’élevage ».

D’autres questions restent en suspens, comme les limites à poser autour des mobilisations. « Beaucoup d’organisations, dont la nôtre, ont été mal à l’aise avec ce qui s’est passé avec Sainte-Soline. La répression des forces de l’ordre a entraîné une escalade, et nous devons protéger nos militants si cette doctrine de sécurité reste la même », prévient Nicolas Girod. À l’inverse, sur l’A69, les choses se sont passées beaucoup plus paisiblement, « parce que la préfecture avait mis la police le plus loin possible des manifestants », salue-t-il. « La plupart de nos actions sont joyeuses, et se passent bien, et on voit qu’elles sensibilisent une nouvelle génération aux enjeux du foncier, du partage des ressources », complète Fanny Métrat.

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Autre décision du congrès : renforcer la « mutualisation » entre les antennes départementales. « Nous avons acté de renforcer le soutien aux confédérations départementales les plus en difficulté, en réaffectant certaines lignes budgétaires nationales », précise Nicolas Girod. Le renforcement de l’échelon régional a également été abordé, sans aboutir pour l’heure à la définition d’une organisation précise. « Nous avons treize confédérations régionales, et toutes ont un fonctionnement distinct. Certaines mutualisent les ressources des antennes départementales et d’autres non, les unes ont des salariés mais pas les autres… »

Élections aux chambres en vue

Avec plus de femmes, plus de jeunes, et une ligne de « résistance » réaffirmée autour de l’installation, du revenu et de l’eau, la Confédération paysanne se montre déjà conquérante en vue des élections professionnelles de 2025. « Nous avons l’ambition d’avoir une liste par département, de progresser dans tous les territoires au-delà de 10 % pour obtenir une représentation, et de gagner des chambres », liste Nicolas Girod. Le syndicat, rappelle-t-il, n’a arraché qu’une seule chambre aux dernières élections : celle de Mayotte. Parmi les pistes pour s’imposer plus largement au prochain scrutin, la Conf’ continuera donc de défendre « sa ligne claire », tout en exigeant aussi du ministre une révision du mode de scrutin « avec un élargissement aux cotisants solidaires et une vraie proportionnelle ».

L’enjeu pour le syndicat sera aussi de mobiliser tous les jeunes qui sont accompagnés par les Adear, son réseau d’installation. « Certains s’installent sans la DJA, sans les aides au foncier, et pensent que les chambres ne servent à rien. Nous voulons rappeler que les élections aux chambres sont des élections professionnelles avant tout, et qu’elles permettent d’obtenir des financements, des sièges de représentation, et que tout est lié », confie Nicolas Girod. Alors que la Fadear ne recevrait que 0,1 % des fonds Casdar tout en revendiquant un tiers des installations aidées, son co-président Paul Reder souligne au passage qu’il « continue à mettre la pression » sur le ministre pour rééquilibrer les flux financiers.

Les autres syndicats aussi semblent comprendre que les élections se rapprochent. Et la Coordination rurale (CR), qui détient la chambre de Haute-Vienne, avait décidé de jouer les trouble-fêtes au congrès de la Conf'. Le président de la chambre, et le président de l’antenne départementale de la Haute-Vienne sont venus le 25 avril aux portes de la ferme qui accueillait le congrès pour déposer du fumier. Des tas de branches ont à nouveau été déposés en travers de la route le 27 avril, avec un avis de manifestation en préfecture. « Notre congrès n’a rien d’une zone à défendre : nous étions quatre cent paysans réunis pour travailler autour d’un projet politique », réagit Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne de Haute-Vienne. « La plupart des gens ne s’en sont pas aperçus, puisque nous étions déjà en plein débat », s’amuse Fanny Métrat.

« Il y a 10 ou 15 ans, ça pouvait être très dur pour les femmes au comité national »

« La plupart de nos actions sont joyeuses, créatives, et se passent bien »