À partir de 2015, les régions seront autorités de gestion des aides du second pilier de la Pac. Vice-président de la Région Poitou-Charentes, en charge de l'agriculture et lui-même agriculteur, Benoit Biteau, nous explique ce qui changera dans la région de la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal. « C'est nous qui tenons le stylo », lance-t-il à l'adresse des agriculteurs.
La région Poitou-Charentes va devenir, en 2015, autorité de gestion du second pilier de la nouvelle Pac. Qu'est-ce qui va changer pour les agriculteurs ?
C'est surtout le doublement des fonds européens du second pilier captés par notre région qui ouvre des perspectives intéressantes pour l'orientation des pratiques agricoles. Cela va nous permettre d'être encore plus ambitieux sur nos priorités, qui sont l'élevage, l'agriculture biologique et la protection de la ressource eau. Sur la programmation 2007-2013, les agriculteurs de la région captaient 200 millions d'euros de fonds européens du second pilier, sur des mesures décidées nationalement. Sur 2014-2020, nous allons capter 400 millions d'euros, dont 100 millions d'euros décidés régionalement, avec un budget régional inchangé de 11,5 millions d'euros.
Rappelons en revanche que la Région Poitou-Charentes, Ségolène Royal en tête, avait demandé que les Régions puissent également devenir gestionnaires des 30% de verdissement du premier pilier de la Pac. Cela n'a pas été entendu.
L'Etat reste un partenaire financier important du second pilier de la Pac. Dans quelle mesure vous affranchissez vous des recommandations du ministère de l'Agriculture ?
Nous avons refusé de financer les mesures « bouche-trou », que le ministère appelle les mesures « système », comme l'aide aux céréaliers qui mettent en place des rotations, ou l'aide à l'investissement sur les retenues de substitution (principalement destinées à la culture de maïs, ndlr). Premièrement parce que cela aurait siphonné tout notre budget, et parce que ce serait soutenir un modèle qui pose souci en matière de gestion de la ressource eau.
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Parmi les fonds européens captés par notre région, 200 millions d'euros sont des programmes décidés nationalement, comme les Indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN). Mais 100 millions sont des mesures nationales qui peuvent être déclinées régionalement, comme le soutien à l'agriculture biologique dont nous avons étendu la zone d'éligibilité à toute la Région. Notre soutien aux grandes cultures bio va également passer à 300 euros/ha/an en période de conversion et à 160 euros pour les aides au maintien.
Et 100 millions d'euros sont exclusivement régionales. Nous allons pouvoir renforcer ce que l'on appelait la prime aux races menacées, comme la chèvre Poitevine. Un de nos autres axes forts, c'est la reconquête de la qualité des eaux avec une politique très volontariste sur ce sujet.
Quelles sont les relations qu'entretiennent Ségolène Royal et les agriculteurs de Poitou-Charentes depuis 2004 ?
Ça se passe bien. Nous sommes la seule région de France qui a cessé de financer le fonctionnement des chambres d'agriculture, depuis 2005. Elles nous avaient remis une copie qui ne correspondait pas à notre projet régional. Nous entretenons malgré tout de bonnes relations. Il n'est pas une session de Chambre sans que je sois présent. Nos rapports se font dans une culture de projets. Nous avons par exemple confié à la chambre d'agriculture l'animation et le développement de l'agroforesterie dans la région.
La profession agricole fut aussi notre principal interlocuteur dans l'élaboration de la programmation Feader 2014-2020. Mais ce n'est pas parce que nous les consultons que nous allons reprendre leurs propositions in extenso. Nous ne sommes pas dans la co-gestion avec la profession agricole, mais plutôt dans la co-construction. C'est nous qui tenons le stylo. C'est notre rôle de faire en sorte que la question agricole devienne un sujet de société et non une affaire confinée à un débat agricolo-agricole.