Les producteurs de vin en AOC s’étaient entendus pour modifier la procédure d’agrément. Les vignerons indépendants satisfaits du décret de réforme s’opposent pourtant à son application sur le terrain. Ils ont interrompu la séance du comité des vins et eaux de vie de l’INAO du 30 mai pour mettre les pieds dans le plat et pointer certaines dérives.
La Confédération des vignerons indépendants de France (CVIF) s’inquiète de l’application sur le terrain de la réforme de la procédure d’agrément pour les vins d’AOC. Environ 80 vignerons indépendants ont donc interrompu les travaux du comité national des vins de l’INAO, le mercredi 30 mai au matin, pour faire entendre leur voix. Déjà, en clôture du congrès des vignerons indépendants le 10 mai, Xavier de Volontat, président du mouvement syndical, avait interpellé les pouvoirs publics à ce sujet. Il estime que la réforme est bonne telle qu’elle est présentée dans l’ordonnance, mais « c’est sur son mode d’application en région que nous sommes en désaccord ». « Il y a un gouffre entre ce que dit le texte et ce qui se passe sur le terrain, il fallait que l’on fasse entendre notre voix », a précisé Agnès Payan, présidente de la fédération du Gard.
Une limite trouble entre syndicats et ODG
Plusieurs points posent problèmes, et notamment la confusion entre les ODG (organisme de défense et de gestion chargés d’élaborer le cahier des charges de l’AOC et de mettre en place le plan de contrôle et d’inspection) et les syndicats de défense des AOC. Les syndicats de défense de chaque appellation vont être reconnus comme ODG. Une cotisation des producteurs sera obligatoire pour gérer les agréments des vins, une autre cotisation facultative couvrira les autres aspects syndicaux. « Nous demandons une séparation juridique, administrative, politique et financière totale »de ces deux structures, a lancé Xavier de Volontat lors de son intervention. Pour Yves Benard, président du comité vin de l’INAO, « si un dérapage, ou un abus de pouvoir est signalé, le comité agira ». « Je m’en porte garant », ajoute-t-il.
Tous les producteurs ne sont pas impliqués dans la réforme
« Attention à ce que la mise en place de l’ODG soit démocratique », s’inquiète également Agnès Payan. Les syndicats regroupent aujourd’hui 60 à 80 % des producteurs d’AOC ; d’ici 2008 (date de mise en application de la réforme) ils devront tous faire partie de l’ODG. « Nous pensons qu’ils devraient dès maintenant être impliqués dans la création de l’ODG puisque ils en dépendront bientôt », poursuit-elle. Yves Benard trouve cette proposition souhaitable sur le fond, mais, explique-t-il, le décret ne le prévoit pas et « je ne peux pas forcer les syndicats à le faire ».
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Les vignerons indépendants dénoncent également la mise en place de cahiers des charges trop administratifs et éloignés du terroir. « L’AOC est avant tout l’expression d’un terroir, il ne faut pas imposer des modes de fabrication aux producteurs, sinon on finira par produire le même vin dans toutes les régions » prévient Michel Issaly, secrétaire général de la CVIF.
Xavier de Volontat a donc appelé le comité à suspendre toute validation de reconnaissance en ODG avant la mise en place d’une commission nationale cahrgée d’évaluer la réforme. C’est le jeudi 31 mai que devaient être déposés les dossiers de demande de reconnaissance en ODG. Deux tiers des 400 appellations de vins françaises ont jusqu’à présents étaient reçues et acceptées par l’INAO. Les 130 (environ) restantes devraient être étudiées le 27 juin. Parmi elles, une trentaine pose problème. « Nous espérons les règler d’ici là », tempère Yves Benard.