Abonné

Politiques agricoles : des soutiens records, l’OCDE appelle à des réformes

- - 4 min

Alors que son rapport annuel d’évaluation des politiques agricoles constate que le soutien total à l’agriculture a atteint des niveaux records entre 2020 et 2022 pour faire face aux graves crises récentes (Covid-19 et guerre en Ukraine), l’OCDE préconise la mise en place d’un programme d’action destiné à améliorer la résilience du secteur agricole de manière durable.

« Des réformes sont nécessaires pour que les aides publiques à l’agriculture et à d’autres secteurs ne nous empêchent pas d’atteindre nos objectifs climatiques mondiaux », a déclaré Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, à l’occasion de la publication du rapport annuel d’évaluation des politiques agricoles, le 30 octobre. Les cinquante-quatre pays étudiés – pays de l’OCDE et de l’UE ainsi que onze grandes économies émergentes – ont consacré en moyenne 851 milliards de dollars par an au soutien à l’agriculture sur la période 2020-2022, soit une augmentation de 2,5 fois depuis la période 2000-2002 même si la progression est plus lente que la production agricole exprimée en valeur (3,6 fois). Parmi les pays soutenant le plus leur agriculture, les auteurs constatent que la Chine a désormais détrôné les grandes économies de l’OCDE avec un soutien agricole représentant 36 % du total, loin devant l’Inde (15 %), les États-Unis (14 %) et l’Union européenne (13 %). L’OCDE souligne que « la prédominance persistante du soutien aux prix du marché dans de nombreux pays, ainsi que d’autres formes de soutien susceptibles de fausser la production et le marché ou spécifiques à un produit, décourage les changements dans les systèmes de production ».

Un programme d’action pour améliorer la résilience du secteur agricole

L’analyse montre qu’après la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine a obligé les pouvoirs publics à mettre en place ou prolonger des mesures d’urgence destinées à aider les producteurs (pour faire face à la hausse des coûts des principaux intrants) et des consommateurs (pour les protéger de la hausse des coûts de l’alimentation). En outre, le rapport recense près de 600 mesures prises dans les cinquante-quatre pays étudiés pour répondre à l’impact grandissant du changement climatique sur la production agricole (phénomènes météorologiques extrêmes comme la sécheresse, les inondations, les canicules et les tempêtes). Toutefois, les auteurs signalent que seulement 39 % de celles-ci étaient orientées « vers des solutions utiles aux exploitants et aux systèmes agricoles ». Ils mettent également en avant la diminution de la part consacrée aux services généraux comme l’innovation, la biosécurité ou les infrastructures, pour atteindre 12,5 % du soutien global en 2020-2022, contre 16 % lors de la période 2000-2002.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

production agricole
Suivi
Suivre

Lire aussi : OCDE : les ministres de l’Agriculture s’engagent sur la durabilité des systèmes agricoles

Pour répondre à ces problématiques et améliorer la résilience du secteur agricole, l’OCDE préconise la mise en place d’un programme d’action en six points : supprimer progressivement les mesures qui entravent les ajustements de la production, telles que le soutien par les prix et d’autres politiques ciblant des produits de base spécifiques qui augmentent la rigidité des systèmes alimentaires ; donner la priorité à l’engagement des pouvoirs publics dans la gestion des risques agricoles en matière d’information, de facilitation et de risques de catastrophes ; investir dans des interventions ciblées soutenant l’adaptation au changement climatique et la transition du secteur vers des systèmes agricoles et alimentaires plus durables et plus résistants ; privilégier les mesures dites « sans regret » qui favorisent la résilience dans un large éventail de circonstances ; renforcer le système de connaissances et d’innovation agricoles et son orientation vers une croissance durable de la productivité ; encourager la fourniture de biens publics, tels que la conservation de la biodiversité ou d’autres services écosystémiques.