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Politiques agricoles : la Banque mondiale plaide pour réorienter les soutiens internes vers les technologies vertes

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Face à « l’inefficacité et l’iniquité » des soutiens internes, une étude menée par la Banque mondiale explique qu’il est crucial de réorienter les subventions agricoles pour financer des technologies vertes qui viseraient à améliorer la productivité et à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les systèmes agroalimentaires. Cela passera notamment par une diffusion plus équilibrée des technologies et des ressources financières à l’échelle du globe.

« Le soutien actuel à l’agriculture est un instrument largement contre-productif pour lutter contre le changement climatique et relever les défis liés à la sécurité alimentaire et la nutrition au niveau mondial », souligne un nouveau rapport de la Banque Mondiale en collaboration avec l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) portant sur la Réorientation des politiques et des aides agricoles. Sur les 244 Mrds $ versés annuellement au titre du soutien interne entre 2016 et 2018, les auteurs indiquent qu’« une grande partie profite aux personnes relativement aisées tout en générant une inefficacité et une iniquité importantes en excluant les producteurs des pays en développement ». En effet, ils expliquent que « les nations les plus pauvres disposent d’une marge de manœuvre budgétaire moindre pour fournir un soutien à l’agriculture ». Et d'ajouter que « leurs systèmes nationaux de recherche agricole disposent généralement de moins de ressources pour développer des technologies et des pratiques agricoles durables et à haute productivité adaptées au contexte local ». En parallèle, ils notent que « les agriculteurs et autres producteurs de denrées alimentaires sont aussi confrontés à des obstacles plus importants pour adopter ces pratiques ».

Vers des technologies vertes

Pour remédier à cette situation, l’étude explique qu’il est possible de réaliser des gains importants en réorientant le soutien interne vers des investissements publics qui facilitent l’adoption généralisée de technologies vertes qui amélioreraient la productivité et réduiraient les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les systèmes agroalimentaires. Le solde du soutien interne reviendrait aux contribuables et pourrait être utilisé pour effectuer des transferts sans distorsion aux producteurs et aux autres parties prenantes afin de les dédommager des pertes potentielles dues à la réforme, et pour financer les services de vulgarisation, les infrastructures rurales et d’autres biens et services publics essentiels qui favoriseraient le développement agricole et rural, ajoute l’étude. Aujourd’hui, l’adoption de telles technologies est freinée en raison à la fois d’un manque d’information, à des coûts d’investissement élevés ou à la nécessité d’une recherche adaptative pour répondre à des conditions de production particulières.

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Un avenir prometteur

En revanche, l’étude explique que certaines innovations existent déjà ou sont en train d’émerger et se sont avérées efficaces dans certains contextes. Par exemple, grâce aux pratiques de mouillage et de séchage alternées, des chercheurs ont constaté une réduction de 65 % des émissions de méthane dans la production de riz, avec des économies d’eau substantielles et sans perte de rendement. Des données plus récentes suggèrent même que les réductions des émissions de GES et des coûts associés aux additifs pour l’alimentation du bétail pourraient être sensiblement plus élevées. Sur ce point, elle souligne que des réductions d’émissions de GES de 40 à 98 % et des améliorations du gain de poids entre 42 et 53 % chez les bovins ont été relevées. D’autre part, l’étude avance que des améliorations de l’efficacité de la production animale pour obtenir des réductions de GES sont beaucoup plus prometteuses que les efforts visant à modifier les habitudes de consommation. « Les pays qui choisissent ainsi d’adopter des technologies plus productives et moins polluantes auront tendance à gagner des parts de marché, évitant ainsi les problèmes de fuite de carbone qui affectent les approches basées sur l’utilisation des technologies actuelles », assurent les auteurs.

Néanmoins, ils estiment que « même la meilleure des réformes politiques proposées se heurtera sans aucun doute à des obstacles politiques considérables ». « Il s’agira d’un énorme défi que de vaincre la résistance nationale à la réforme de la politique agricole puisque la plupart des pays ont développé des droits bien établis et des intérêts acquis », assurent-ils. Pour aller au-delà des divergences, leur étude explique qu’il est crucial de procéder à une diffusion plus équilibrée des technologies et des ressources financières afin que les pays puissent récolter des bénéfices de la réforme de la politique agricole et contribuer plus fortement à la résolution des défis mondiaux.

Anabel González, directrice adjointe de l’OMC : « nous encourageons à une réorientation des soutiens internes »

À l’occasion d’un séminaire organisé par la Banque mondiale et l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) le 2 février, Anabel González, directrice générale adjointe de l’OMC, a indiqué que « le règlement agricole de l’OMC est structuré de manière à encourager la transition d’un soutien distorsif sur la production ou le commerce vers un soutien qui ne fausse pas les échanges ». Elle a ajouté que « certains membres de l’OMC ont même pris des mesures dans ce sens en s’orientant vers des programmes environnementaux ». Elle a également souligné « l’importance d’adopter une approche cohérente pour faire en sorte que l’ensemble des politiques commerciales agricoles soient bénéfiques pour la sécurité alimentaire et la durabilité ». Les travaux en cours à l’OMC, précise-t-elle « offrent des possibilités d’y parvenir et d’exploiter la numérisation, d’encourager les investissements et de faciliter l’accès aux technologies vertes sur les marchés agroalimentaires ». Néanmoins, elle prévient que « les défis sont énormes, et ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous serons en mesure d’apporter les réformes nécessaires pour obtenir de meilleurs résultats en matière de commerce agricole ».