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Pomme de terre : l’interdiction d’un anti-germinatif bouleverse le secteur

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La probable suppression d’un anti-germinatif, le CIPC, pourrait bouleverser le secteur de la pomme de terre. S’il faut produire des pommes de terre qui se conservent moins longtemps, une solution peut être d’en étaler davantage les récoltes, en diversifiant les régions de production. C’est l’un des points évoqués par l’Union nationale des producteurs (UNPT), le 21 janvier lors d’une conférence de presse, à deux semaines de son congrès (5 février à Strasbourg).

Les producteurs de pommes de terre anticipent les conséquences d’une éventuelle interdiction du CIPC, un anti-germinatif, et ont évoqué plusieurs solutions, lors d’une conférence de presse de l’UNPT. Une solution serait de produire des pommes de terre un peu partout en France, ce qui modifierait la carte des bassins de production.

Si le CIPC est interdit, les producteurs devront innover : soit pour conserver autrement leurs pommes de terre, soit en allongeant la campagne des récoltes par une répartition plus large de la culture sur le territoire français.

Les deux voies sont à l’étude, tant chez les producteurs que chez les négociants. La voie de la régionalisation de la pomme de terre suppose des variétés adaptées à la précocité de chaque région. Pour l’instant, la majeure partie de la production française est concentrée en Picardie et dans le nord du pays. Mais déjà actuellement, la période des arrachages s’étire d’avril-mai pour la primeur en Bretagne et à Noirmoutier jusqu’à la mi-novembre dans le Nord, en passant par le 20-25 juillet en Beauce. Des producteurs se sont remis à cultiver de la pomme de terre en Ardèche pour la consommation régionale.

La primeur peut se développer localement mais elle ne restera qu’une niche, indique-t-on à l’UNPT. La distribution en effet ne veut pas de pommes de terre dont la peau s’enlève par simple frottement avec la main, parce qu’elles deviennent plus sensibles aux chocs et risquent de noircir.

…mais limitée par la montée en puissance du transformé

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Une répartition de la production de pomme de terre sur l’Hexagone, si elle se produit, sera limitée, car le marché du frais prend une part de plus en plus faible de la production totale. La pomme de terre européenne est de plus en plus utilisée par les industriels (belges principalement) pour la fabrication de frites, exportées en Afrique et en Amérique du Sud, au point d’irriter les industriels nord-américains, qui ont perdu les marchés du Brésil et de Colombie principalement, a signalé Arnaud Delacour, président de l’UNPT.

Les exportateurs belges ont détrôné leurs homologues américains et canadiens parce que le transport leur coûte peu : les cargos partent d’Amérique du Sud pour l’Europe avec de la viande bovine et repartent en retour de fret avec de la frite. Les industriels nord-américains envisagent d’attaquer l’Europe, en utilisant des industriels locaux brésiliens et les Colombiens, a précisé Arnaud Delacour.

Produits alternatifs, variétés plus dormantes, éducation du consommateur

Par ailleurs, les producteurs testent également des méthodes de remplacement du CIPC : le froid dans les bâtiments de stockage, l’huile de menthe, des produits à base d’orange, ainsi qu’une molécule chimique appelée « Dormir »… Ils envisagent aussi des variétés qui ont plus de dormance, donc qui germent moins facilement. L’interdiction du CIPC n’est pas décidée, mais déjà l’Efsa (l’agence européenne de sécurité alimentaire) a donné un avis négatif au produit. Luc Châtelain, secrétaire général de l’UNPT, a estimé à la conférence de presse qu’il est « hors de question que ce soit le maillon du producteur qui paye toutes les demandes sociétales ». Il a soulevé « l’incohérence » de certaines de ces demandes. Par exemple vouloir des pommes de terre au bel aspect visuel mais sans épandage de phytos. « Certains consommateurs veulent des pommes de terre lisses comme des œufs. Il faudra éduquer le consommateur, en lui expliquant que le choix doit être fait : soit un moins bel aspect cosmétique, soit plus de phytos », a indiqué un responsable de l’UNPT.

Froid dans les bâtiments de stockage, huile de menthe, produits à base d’orange