Malgré un contexte très difficile, la Commission européenne prévoit une amélioration de la situation du secteur de la viande porcine, grâce notamment à une baisse des coûts des intrants, à l’assouplissement des mesures contre le Covid ou encore à une hausse des débouchés à l’export. Des prévisions que ne partagent pas les eurodéputés qui s’alarment de la situation et demandent une aide financière d’urgence.
Devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture, le directeur général adjoint de la DG AGRI, Michael Scannell, a estimé que « la situation du secteur de la viande porcine pourrait s’améliorer grâce au ralentissement de l’inflation des coûts des intrants, à l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et à la perspective de réintégrer certains marchés fermés ». « Cet optimisme ne doit pas laisser entendre, précise-t-il, que nous sous-estimons la gravité des problèmes de ce marché ».
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Malgré la baisse des exportations vers la Chine (qui a su restaurer rapidement son cheptel porcin touché par la peste porcine africaine), la hausse des cas de peste porcine africaine dans l’UE (en Allemagne notamment) et la mise en place des mesures de restrictions liées au Covid, « la production a bien résisté et n’a pas baissé, il s’agit d’un facteur majeur », assure-t-il. Et d’ajouter qu’« il est important de faire confiance aux prévisions de la Banque centrale européenne selon lesquelles la spirale inflationniste actuelle est de nature temporaire » et que cela signifierait « un retour à des tendances de prix plus normales dans le courant de l’année, en particulier pour les prix de l’énergie qui sont le principal prix d’entrée pour les engrais, et qui à leur tour sont le principal coût d’entrée pour l’industrie des aliments pour animaux ». « Il s’agit donc essentiellement du principal instrument qui contribuerait à la reprise du secteur », a-t-il assuré. D’autre part, Michael Scannell a également noté une « évolution encourageante des prix des porcelets qui ont augmenté relativement fortement ces dernières semaines, ce qui indique une certaine confiance ». Le fonctionnaire de la Commission a voulu insister sur les points forts du secteur en notant que « les producteurs de viande porcine avaient traditionnellement été très flexibles, ils ont fait preuve de beaucoup d’innovation pour trouver des marchés d’exportation (Philippines, Corée du Sud, Taïwan et le Vietnam) et nous sommes convaincus que nous assisterons, au fil du temps à un retour cyclique, soit une situation que l’on a l’habitude d’observer ».
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Scepticisme des eurodéputés
Un optimisme qui n’a pas été partagé par les eurodéputés qui ont appelé Bruxelles à octroyer une aide à court terme pour maintenir les producteurs en activité. Herbert Dorfmann (Démocrates-Chrétiens) s’est plaint notamment de « prix historiquement bas et de prix des intrants historiquement élevés ». De son côté, Paolo de Castro (S & D) a estimé qu’« était venu le temps de présenter un paquet de mesures visant spécifiquement à aider un secteur qui est à genoux ». Pour Ulrike Müller (Centristes), « le secteur est dans une crise profonde, de nombreuses fermes ont déjà arrêté leur production alors que d’autres investissent dans des étals plus grands ». Alors que pour Bert-Jan Ruissen (Conservateurs), « le problème est lié également au manque de répartition équitable des coûts dans la chaîne d’approvisionnement. L’augmentation du coût de production est entièrement supportée par les producteurs, et dans le même temps, ils doivent dépenser de l’argent pour les intrants et les améliorations du bien-être ». À cette fin, il appelle Bruxelles « à fournir une aide financière directe qui peut être obtenue par des mesures exceptionnelles dans la réglementation du marché et pour cela, je propose que l’on utilise la marge de manœuvre dont nous disposons dans le budget pour le faire ». Étonné que la Commission européenne n’agisse pas, Alvaro Amaro (Démocrates-Chrétiens) l’a appelée « à activer urgemment un mécanisme de soutien pour éviter la disparition des petits producteurs, une perspective qui ne serait pas conforme à la stratégie de la ferme à la table ».